Pénurie de médicaments jusque dans les pharmacies

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La pénurie de médicaments force les quelque 1900 pharmaciens du Québec à substituer le produit manquant ou à cuisiner eux-mêmes le médicament en attendant d'en recevoir.

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(Québec) Les pénuries de médicaments affectent grandement les établissements de santé du Québec, qui doivent déployer des efforts considérables pour dénicher des traitements, parfois essentiels, pour soigner les malades. La problématique dépasse cependant les murs hospitaliers: les quelque 1900 pharmaciens ayant pignon sur rue manquent d'une panoplie de produits prescrits par nos médecins.

«On a ces problèmes-là en officine aussi. [...] Ce sont des situations qui sont fréquentes», fait remarquer le président de l'Ordre des pharmaciens du Québec, Bertrand Bolduc. Les pénuries de médicaments sont d'ailleurs au coeur des débats de la présente tournée nationale de l'organisation : «C'est un des thèmes principaux dont on parle avec nos membres partout au Québec. Ce n'est pas un petit dossier. Tout le monde est touché par ça. Tout le monde partout.»

Bien sûr, les pharmaciens communautaires ne disposent pas de tous les médicaments de pointe des hôpitaux, remarque-t-il. «Par exemple, ils ne vendent pas beaucoup de produits injectables, par la nature de leurs activités. Mais même au niveau des comprimés et des crèmes, gels, onguents, dès fois on a des ruptures aussi.»

Souvent, les pharmaciens réussiront à substituer le produit manquant. D'autres fois, il cuisinera lui-même le médicament en attendant d'en recevoir. «Ça a l'air moins grave de dire à un adolescent de 14 ans que son produit pour son acné est en back order, mais c'est parce que vous n'êtes pas l'adolescent avec les boutons dans le visage. C'est aussi important pour cette personne-là de continuer son traitement qui fonctionne.»

«Et quand j'ai 1900 pharmacies qui cherchent du stock, c'est 1900 pharmacies qui ne font pas leur travail habituel qui est de prendre soin des gens, donner de bons conseils, faire des suivis, prendre en charge... Ce sont des gens qui courent après du stock, ce qui ne fait pas de sens.»

C'est Bertrand Bolduc qui a contacté Le Soleil après avoir lu notre dossier de la fin de semaine au sujet des pénuries de médicaments. «On est très heureux que vous en parliez. J'espère que vos articles vont permettre d'améliorer la prise de conscience.» On y expliquait que des centaines de médicaments sont en pénurie au Québec, au Canada, chaque année. Ils sont «b.o.» pour back order, indisponibles. Les pharmaceutiques ne les livrent pas, souvent durant plusieurs mois. 

Chaque rupture d'approvisionnement déclenche une tempête dans les hôpitaux qui doivent trouver une solution en toute vitesse. «La plupart du temps, ça fonctionne. Les gens s'accommodent, changent de traitement, adaptent, ils cherchent du stock ailleurs... mais, clairement, des fois, on a de plus gros problèmes.» 

Parfois, des patients paient de leur santé, soit parce que la nouvelle molécule est moins efficace, soit parce que le personnel des établissements de santé commet des erreurs parce que les produits, les posologies, les ordonnances sont modifiés régulièrement. 

«Transparence»

La solution? «La transparence», évalue M. Bolduc. Il faut que les sociétés pharmaceutiques dénoncent à l'avance des ruptures de stock. «L'industrie dit qu'elle travaille là-dessus [...] mais ça ne bouge pas vite», juge M. Bolduc. 

«Lorsqu'on le sait d'avance, on peut mieux gérer et on n'est pas en mode panique chaque fois qu'il y a quelque chose qui se passe.» Sinon, 1900 pharmacies communautaires et une centaine d'établissements de santé gèrent les crises en même temps, gèrent les pénuries en même temps, cherchent un médicament en même temps. 

La transparence, c'est aussi savoir où est fabriqué un comprimé! «Un médicament, on ne sait jamais où c'est fait. On n'a aucune idée. On ne sait pas à qui on a affaire.» On ne peut donc décider d'exclure un fabricant dont l'usine en Chine ou en Inde est souvent sanctionnée par les inspecteurs puisqu'on ne sait pas quels traitements y sont confectionnés...

Quant au gouvernement québécois, le président de l'OPQ se réjouit qu'un comité s'occupant des pénuries de médicaments ait été pérennisé. Il croit toutefois qu'il faudrait aller plus loin pour instaurer un véritable centre d'information capable d'avertir tous les pharmaciens du Québec rapidement lorsqu'un médicament manque.

Système d'appel d'offres

Aussi, comme l'observait le vérificateur général du Québec, Michel Samson, dimanche dans Le Soleil, il faudrait briser le moule du sacro-saint système d'appel d'offres qui oblige à donner le contrat au plus bas soumissionnaire, selon M. Bolduc. Pour les médicaments, ce modèle favorise les pénuries. 

Si une entreprise gagne un contrat de trois ans pour un traitement, les autres pharmaceutiques arrêteront de fabriquer ce produit parce qu'il n'y a pas de marché pour elles, confirme le président de l'OPQ. La solution existe : des contrats donnés à deux entreprises. Celle qui offre le meilleur prix obtient 60 % de la commande, l'autre le reste. Si une ne livre pas, l'autre prend le relais.

«C'est sûr qu'on va payer un petit peu plus cher en moyenne», convient Bertrand Bolduc. Mais il y a un prix à payer toujours moins cher. Ça nous occasionne plus de problèmes que si on avait payé un peu plus cher. Le médicament, ce n'est pas des ordinateurs, ce n'est pas des bottes de travailleurs, ce n'est pas des bas de laine; ça justifie des règles un peu différentes.»

Nous avons demandé une entrevue au ministre de la Santé, Gaétan Barrette, au sujet des pénuries de médicaments. Au moment d'envoyer cet article, il ne nous avait pas rappelés.

Explosion des retraits de médicaments

Êtes-vous confiants lorsque vous prenez un médicament ou qu'on vous l'injecte à l'hôpital? Le National Post publiait lundi un article fort intéressant au sujet des traitements vendus au pays: le nombre de rappels et d'alertes concernant des médicaments «défectueux» a explosé, passant de 42 en 2005 à 143 l'an dernier, plus de trois fois plus.

Souvent, ces drogues sont retirées des tablettes parce qu'elles se dégradent plus vite que prévu ou parce qu'elles sont contaminées. «Si vous injectez quelque chose qui n'est pas stérile, ça peut être mortel», avertit un des auteurs de l'étude, Imti Choonara, pharmacien à l'Université de Nottingham.

«La plupart des professionnels de la santé ne sont pas conscients du problème. J'imagine que la plupart des gens n'en sont pas conscients.» 

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