Pénurie de médicaments dans les hôpitaux: risques de plus pour les patients

Quand un médicament est déclaré indisponible, des équipes... (Photothèque Le Soleil)

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Quand un médicament est déclaré indisponible, des équipes doiventrapidement trouver un traitement de rechange. Certainsmaladessubissent les conséquences d'erreurs commises lorsque les traitements sont modifiés lors des pénuries.

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(Québec) «Dites-vous que si les procédures de sécurité de l'aviation se mettaient à changer aux semaines, on ajouterait du risque dans le système.» Dans les hôpitaux, c'est courant; chaque changement de traitement, parce qu'un médicament n'est plus disponible, chambarde les procédures des équipes de soins. Parfois, le patient écope.

Passionné, Patrick Boudreault s'agite dans son fauteuil pour bien expliquer au Soleil la situation. Pharmacien-chef adjoint au Centre hospitalier universitaire de Québec (CHU), il recourt aux avions pour que nous nous imaginions bien les turbulences engendrées par les pénuries de médicaments.

Gérer les approvisionnements de «molécules» pour cinq gros pavillons de la capitale fait partie intégrante de son quotidien. CHUL, l'Enfant-Jésus, L'Hôtel-Dieu, Saint-Sacrement et Saint-François d'Assise; beaucoup de comprimés, beaucoup de fioles, beaucoup de produits forts divers qui sont prescrits et administrés par des milliers de travailleurs de la santé se promenant entre les cinq pavillons du CHU.

Il l'admet, certains malades subissent les conséquences des erreurs commises parce que les traitements sont modifiés lors des pénuries. Selon le dernier bilan annuel du CHU, les erreurs de médicament représentent jusqu'à 50 % des milliers d'incidents et d'accidents recensés chaque an. «C'est sûr que les rapports d'incidents-accidents, il y en a. On veut toujours s'améliorer. On les regarde, on les analyse. Et ça fait en sorte que le circuit du médicament, il est revu. [...] Ce qu'on veut, c'est qu'au bout, le patient ne subisse pas de préjudices.»

Pour minimiser les risques, il faut que le personnel soignant dispose des mêmes traitements, dans les mêmes bouteilles, à la même concentration, peu importe où il se trouve au CHU... De plus en plus difficile, se désole Patrick Boudreault en entrevue avec Le Soleil dans son bureau du Vieux-Québec. Les fabricants annoncent souvent un «b.o.»; le médicament est back order, indisponible.

Une mécanique s'enclenche automatiquement. Des équipes du CHU doivent trouver un traitement alternatif et l'offrir rapidement dans toutes les unités de soins concernées. «On gère les deniers publics, on gère l'argent du monde. À un moment donné ça coûte de l'argent de vivre des crises. Et puis s'il y avait des préjudices aux patients au bout, ça coûterait des sous, ça aussi», fait-il remarquer.

M. Boudreault pense qu'il faudrait contraindre l'industrie à avertir qu'un produit sera manquant. «Ce qui nous manque souvent, c'est le temps pour réagir.» Il en appelle à la responsabilité sociale des entreprises. «Si vous ne vouliez pas traiter des patients, vous aviez juste à faire des vis et des boulons. Mais vous avez choisi d'entrer dans une business en santé, il y a des patients au bout. Vous n'êtes pas dans une industrie ordinaire.» Un produit manquant à l'épicerie du coin, ce n'est pas très grave, avance-t-il. «En hôpital, ce n'est pas la même affaire.»

Un manque qui cause une grande perturbation

Difficile à imaginer pour les non-initiés, mais depuis le malade qui a besoin d'un médicament jusqu'à la prise dudit médicament par ce même patient, il y a 50 étapes! «À chaque étape, il y a des risques.» Des risques décuplés par les pénuries de traitements.

Au CHU de Québec, au début de la chaîne, un des quelque 1000 prescripteurs remplit une ordonnance. Elle est ensuite envoyée dans le système, un pharmacien parmi les centaines de l'établissement l'analyse, un assistant technique prépare le médicament, ailleurs, une des 4000 infirmières le reçoit... Cinquante étapes «pour que le patient ait le bon médicament à la bonne dose».

La tempête

Puis, un matin, le téléphone de Patrick Boudreault, pharmacien-chef adjoint, sonne. Un fabricant de médicaments l'informe d'un «b.o.», d'une rupture de stock. Ça, c'est quand l'entreprise l'avertit, ce qui lui donne du temps pour réagir. Souvent, le téléphone ne sonne pas. Il ne reçoit qu'un fax répondant négativement à une commande.

Peu importe, un «b.o.» déclenche une tempête. Vérification des stocks restants; appels dans d'autres hôpitaux du pays dans l'espoir qu'ils vendent une partie de leur trésor; contact avec d'autres industriels du médicament. Tout pour en trouver, même s'il faut le faire venir en autobus, en taxi...

Si c'est un échec? On essaie de trouver la même molécule, mais dans une concentration différente. Si c'est impossible? Il faut réunir des experts pour identifier une «molécule» alternative dont les effets se rapprochent le plus possible de l'original. On imagine le défi quand il est question de médicaments «critiques» pour l'anesthésie ou pour maintenir en vie un accidenté aux soins intensifs. Puis il faut commander le nouveau produit, le distribuer dans les hôpitaux, dans les unités de soins, avertir tout le monde du changement... «C'est fou!»

Du Gravol 50 % du temps...

Un exemple frappant: un antinauséant populaire (Gravol). Des centaines de doses par jour au CHU. «Il y en a partout, partout, partout.» Sauf que le fabricant a déjà annoncé qu'il ne pourrait répondre qu'à 50 % des commandes. Une rupture à long terme. «Essayez de dire aux docteurs: "Pouvez-vous utiliser du Gravol 50 % du temps"! Ou commencer à dire: "Le CHUL et L'Hôtel-Dieu vont prendre le Gravol, mais pas les autres hôpitaux"», explique Patrick Boudreault.

Cette fois-là, il y avait le même médicament disponible, mais dans un dosage cinq fois plus puissant. Un comité-conseil de médecins est consulté pour approuver la substitution. On achète. Après, une équipe est déployée. Il faut avertir tous les employés susceptibles de toucher au Gravol de la commutation, il faut modifier tous les dossiers des patients qui en prennent, il faut changer toutes les ordonnances, il faut changer tous les protocoles d'administration du médicament, il faut apposer des étiquettes fluorescentes sur toutes les bouteilles du médicament pour éviter les erreurs...

Et il faut faire le tour de toutes les unités de soins qui utilisent ce traitement pour changer les médicaments dans les pharmacies. Plus de 80 unités au CHU. «J'ai une escouade qui passe partout.»

«Je ne veux pas mettre les gens en danger, ni les patients ni les prestataires de soins. [...] C'est bien huilé. C'est cadencé, c'est un pas cadencé. Il faut que les bonnes personnes soient avisées au bon moment.»

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