Les victimes silencieuses des militaires souffrants

Élizabeth Dallaire, femme de l'ex-général Roméo Dallaire, fait... (Image tirée du film Soldiers' Children : the Voices of Children in Military Families Living with Post Traumatic Stress Disorder)

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Élizabeth Dallaire, femme de l'ex-général Roméo Dallaire, fait partie des ambassadrices de la documentariste Laura Sky, qui souhaitait étudier la souffrance que vivent les rejetons de militaires aux prises avec un trouble de stress post-traumatique.

Image tirée du film Soldiers' Children : the Voices of Children in Military Families Living with Post Traumatic Stress Disorder

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(Québec) Les militaires atteints d'un trouble de stress post-traumatique sont fréquemment au centre de l'attention. Mais leur mal-être fait aussi des victimes collatérales. La documentariste canadienne Laura Sky a braqué ses projecteurs sur l'une d'entre elles : les enfants.

Invisibles, mais bien présents. Et très souffrants aussi. C'est ce que Mme Sky a découvert en allant à la rencontre des rejetons de militaires souffrant de stress post-traumatique au cours des mois de tournage de Soldiers' Children : the Voices of Children in Military Families Living with Post Traumatic Stress Disorder.

Plusieurs ont accepté de se livrer à la caméra. Certains papas aussi ont témoigné. Les récits sont crève-coeur, mais porteurs d'espoir : oui, c'est difficile. Extrêmement difficile. Mais l'amour n'a jamais fait défaut, ni d'un côté ni de l'autre.

«Jusqu'à la quatrième année, je croyais que nous étions une famille forte», raconte par exemple Patricia, 15 ans, la voix étranglée. Lorsqu'on lui demande de décrire ce que représente pour elle le trouble de stress post-traumatique, elle dit ceci : «Sa maladie, c'est comme des montagnes russes : on sait jamais à quoi s'attendre.» Puis, son aînée Jessica et elle décrivent comment elles réagissent lorsque leur père sombre. Alors que l'une s'enferme dans sa bulle, l'autre a tendance à trouver réconfort auprès de sa mère.

Patricia évoque ses difficultés à séparer l'école de la maison et Jessica, 18 ans, sa volonté ferme à ce que rien de ce qui se passe avec sa famille ne transparaisse avec ses amis. Louis Le Conte est très conscient de ce qu'il fait vivre à ses filles chéries. «Les personnes qui souffrent le plus sont mes proches», admet-il, bouleversé. M. Le Conte dit avoir eu très honte, d'autant plus qu'il a toujours voulu être un «père fort». «La maladie a tout changé dans ma vie», constate-t-il, impuissant. 

«Ce n'est pas sa faute»

Le sentiment habite aussi Luc, qui se désole de voir que Sam, âgé d'une dizaine d'années, a développé certains de ses comportements. «Il perd patience très vite et se referme sur lui-même», évoque-t-il. Malgré certaines difficultés de comportement, son fils a compris avec le temps que son père ne demeurera pas mal en point pour le restant de ses jours. «Il va éventuellement guérir. Et ce n'est pas sa faute du tout», affirme-t-il, très réaliste pour son jeune âge.

C'est d'ailleurs un des constats de Laura Sky. «Les enfants apprennent énormément dans cette épreuve, notamment sur le processus de guérison.» Leur lucidité et leur empathie à l'égard de leur père l'a plus d'une fois renversée. «Ils méritent notre attention», plaide la documentariste qui croit notamment que les communautés dans lesquelles ils vivent doivent être sensibilisées à leur réalité. «Mais pas notre pitié!» renchérit celle qui évoque des services inégaux au pays pour soutenir les familles. Avec son centre de la famille, Valcartier est ce qu'elle a vu de mieux (voir l'autre texte).

Un chapitre de son documentaire y a d'ailleurs été filmé, où l'on aperçoit l'une de ses ambassadrices, Élizabeth Dallaire, femme de l'ex-général Roméo Dallaire. Soldiers' Children: the Voices of Children in Military Families Living with Post Traumatic Stress Disorder sera projeté jeudi à Valcartier.

Un programme destiné aux familles

E=MC³. Non, Einstein n'a pas réinventé sa formule. Mais le Centre de la famille de Valcatier l'a un peu modifiée pour baptiser son programme destiné aux familles dont un des membres souffre d'une blessure de stress opérationnel. 

Novateur, «Ensemble (E) pour mieux comprendre (C). Papa, maman, enfant (3)» a été repris un peu partout au Canada.

«Il y a une dizaine d'années, on s'est rendu compte qu'il y avait beaucoup de services pour les militaires, mais pas pour leurs familles», explique l'une des cofondatrices du programme, la travailleuse sociale Nadia Kohler. Deux volets ont été développés, l'un pour les 4 à 6 ans et l'autre pour les 7 à 12 ans.

Un livre mettant en scène deux bébés girafes, «Lulu et Lili ne comprenaient pas la blessure de leur papa!», conçu entièrement à Valcartier, aide les plus petits à mieux saisir que même s'il n'a pas de bandage apparent, leur père souffre comme s'il avait la jambe cassée.

«Il faut faire beaucoup de prévention avec les enfants et le plus tôt possible. Plus ils vont comprendre tôt ce qui se passe, le moins cela va les affecter à long terme», souligne Mme Kohler. 

S'il n'y a pas de «truc miracle» pour atténuer les impacts de la maladie chez les proches, la travailleuse sociale propose des stratégies. «Il faut trouver un équilibre, c'est la clé.»

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