Les jeunes de la rue: guérir les maux de l'âme

Le Dr Maxime Amar offre des consultations une... (Photo Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Le Dr Maxime Amar offre des consultations une fois par semaine à La Maison Dauphine. «Il faut essayer de voir ce que cache le symptôme d'un jeune. S'il a des problèmes de gestion de stress parce qu'il fait un retour aux études, ce n'est pas une pilule qui va régler ça.»

Photo Le Soleil, Pascal Ratthé

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(Québec) Une fois par semaine, le Dr Maxime Amar monte la côte de la rue d'Auteuil pour soigner les problèmes de santé des jeunes de la Maison Dauphine. Et, plus important à ses yeux, les maux de leur âme. «C'est eux qui ont la plus haute souffrance morale et c'est eux qu'on rejette partout», dénonce-t-il haut et fort.

Médecin d'urgence rattaché à l'Institut universitaire de cardiologie et pneumologie de Québec et au CRSSS de la Vieille-Capitale, le Dr Amar ne met pas de gants blancs lorsqu'il parle du regard de la société sur cette clientèle marginalisée. Il défend ses jeunes patients avec la foi du charbonnier, les accepte comme ils sont, «avec leurs tatous, leurs jeans déchirés et leur veste à clous».

«Nous, on a une petite névrose liée à notre enfance et on se plaint. Eux, ils doivent trimballer dans chaque main deux grosses valises qu'ils ne peuvent pas poser. Ils ont tout notre mérite de vivre avec ça...» lance-t-il au Soleil, à l'issue d'un après-midi de consultations.

En raison de leur mode de vie précaire et instable, la santé des jeunes de la rue est chancelante. Problèmes respiratoires, hépatite C, infections transmises sexuellement comptent parmi les problèmes les plus fréquents. À l'occasion, une adolescente lui annonce qu'elle est enceinte (la Maison Dauphine dispose d'un programme spécial pour ces jeunes filles). Mais pour le Dr Amar, le plus inquiétant demeure les répercussions de la consommation de drogues : psychose, anxiété, irritabilité, insomnie, dépression...

«Bien faire les choses»

Pour avoir trop vu de jeunes toxicomanes aboutir à l'urgence des hôpitaux, en pleine crise, sans qu'on sache trop quoi en faire, le médecin croit qu'il est primordial d'agir en amont. «Ils se gèlent parce que la vie leur est insupportable. Après, ça devient de la dépendance. L'idée, ce n'est pas d'excuser, mais de comprendre», lance-t-il, déplorant au passage la criminalisation galopante des cas de maladie mentale.

Le jeune toxicomane n'a pas à chercher loin pour trouver de quoi geler son mal de vivre. La drogue et les médicaments d'ordonnance sont facilement disponibles «dans la pharmacie de la rue» avec une facilité déconcertante, observe-t-il. «Si le jeune veut un psychotrope, il va l'obtenir dans la journée. Mais pour le contrôle de la qualité, ce n'est pas extraordinaire, on s'entend...»

Ses consultations, dans une pièce de la Maison Dauphine, se déroulent le plus souvent sur fond de musique lourde, gracieuseté de jeunes qui «jamment» dans le local d'à côté. Qu'importe, en collaboration avec l'infirmière Évelyne Lavergne, le médecin de 57 ans prend «le temps de bien faire les choses».

«J'accueille le jeune, je lui souris, je l'écoute. Il n'y a rien de miraculeux là-dedans. Il n'a pas l'habitude vu qu'il se fait accueillir partout avec une brique et un fanal. Juste ça, c'est une façon pour lui de reconstruire son estime de soi. Il devient plus actif dans son traitement. Si tu en aides un, ta job fait du sens. «Le toxicomane est le pire juge de lui-même, poursuit-il. Il n'a pas besoin des autres pour avoir une piètre opinion de lui. Même s'il vit deux ou trois rechutes avant de s'en sortir, ça n'en fait pas un pas bon pour autant. Il y a quand même une démarche positive derrière ça.»

Le Dr Amar refuse toutefois de verser dans la victimisation. Ses jeunes patients doivent aussi contribuer à leur reprise en main. «Je ne suis pas le bon docteur Welby, toujours paternaliste. Je ne veux pas diminuer la responsabilité du jeune, ni en faire une victime à l'extrême.»

Reste que pour lui, la société gagnerait à considérer ces jeunes comme des «humains à part entière», plutôt que de les regarder avec dédain, voire les ignorer complètement. «Pensez-vous qu'ils sont fiers de quêter? Ça prend du guts pour aller s'asseoir par terre, à la sortie d'une épicerie, avec son verre de styrofoam. Juste pour ça, ils méritent un minimum d'empathie.»

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