Mégahôpital de Québec: deux architectes craignent les fausses économies

Raynald Saint-Hilaire et Éric Pelletier, de la firme... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Raynald Saint-Hilaire et Éric Pelletier, de la firme d'architectes Lemay, insistent sur le fait que le gouvernement ne doit pas chercher à économiser de l'argent dans les aménagements du futur hôpital.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Les rumeurs - bien qu'elles aient été démenties - d'une réduction du budget de 1,7 à 1,4 milliard $ du nouvel hôpital sur le site de l'Enfant-Jésus ont soulevé des craintes que le gouvernement privilégie le court terme. Une telle approche pourrait avoir un effet à la hausse sur les dépenses de fonctionnement.

Avant même que ces rumeurs ne soient connues, deux architectes de Québec, Raynald Saint-Hilaire et Éric Pelletier, de la firme Lemay, intéressés par la conception du projet de ce qu'ils appellent l'hôpital du futur ont communiqué leurs appréhensions au cours d'une entrevue au Soleil.

À leur avis, le gouvernement Couillard ferait une erreur en voulant épargner sur les aménagements du nouvel hôpital. Ils croient que les économies qui pourraient être réalisées sur le béton seront fort probablement perdues - et même davantage - par des séjours plus longs des patients et un absentéisme et un taux de roulement plus élevés du personnel soignant. À tout le moins, ils y voient un risque important qu'on rate une belle occasion de bien faire les choses.

«Avec le nouvel hôpital, il y a moyen de faire des gains importants, des économies, avec le type de bâtisse, un aménagement judicieux. On dit que l'argent doit être mis dans les soins et non dans le béton. Mais si le béton peut aider à sauver de l'argent, la façon de faire du béton devient alors importante», a fait valoir Raynald Saint-Hilaire, qui a une trentaine d'années d'expérience dans la conception d'hôpitaux, de CHSLD, de centres de réadaptation.

Son collègue Éric Pelletier croit qu'il faut investir un peu plus et avoir un effet sur la réduction des hospitalisations, la consommation de médicaments, et aussi sur de la rétention du personnel. Il est convaincu que les choix architecturaux et d'aménagement pourraient réduire les coûts de fonctionnement du nouvel hôpital de 10 %.

«Dans le commercial, on sait qu'il y a des impacts sur l'achalandage si on investit un peu plus dans l'aménagement. Si on fait une nouvelle bibliothèque de la bonne façon, cela peut amener un accroissement de clientèle. Dans le cas d'un hôpital, il est possible de faire des aménagements pour avoir des séjours plus courts des patients», a-t-il soutenu.

La firme Lemay qui a des bureaux à Montréal, à Toronto, en Algérie, au Costa Rica a une très bonne expérience de l'aménagement d'hôpitaux. Elle a été associée de près aux projets des grands hôpitaux du Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM), du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), de celui pour enfants Sainte--Justine. La firme a également préparé le concept principal du projet d'agrandissement de L'Hôtel-Dieu de Québec. Ce projet a été abandonné l'an dernier au profit de celui de l'Enfant-Jésus.

Moins d'anxiété

M. Saint-Hilaire a donné l'exemple d'une nouvelle unité de soins dans un hôpital de Chicago pour illustrer l'impact d'un bon aménagement sur la consommation de médicaments. «D'un côté, les chambres donnaient sur un jardin et de l'autre, les chambres donnaient sur un stationnement. Pendant deux ans, ils ont compilé des statistiques sur les médicaments, la durée d'hospitalisation. Les résultats ont été que les patients du côté jardin ont eu une diminution de 22 % de médicaments et de 6,4 % de leur temps d'hospitalisation», a-t-il dit.

À son avis, cette étude vient confirmer que l'ajout d'une vue sur des jardins, des toits verts, des perspectives ont un effet sur les patients et les coûts de fonctionnement d'un hôpital. «Tu ne peux pas faire autrement que de réaliser que l'architecture a une valeur ajoutée dans un nouvel hôpital ou l'hôpital du futur. C'est quelque chose qu'on devra prendre en considération dans la conception du projet à Québec», a souligné l'architecte.

Il croit qu'un aménagement bien pensé des chambres peut réduire le niveau d'anxiété des patients. «Après une opération, il y a toujours un stress. Selon des études, le fait d'avoir des vues, de l'ensoleillement, réduit le taux d'anxiété. La personne pèse moins souvent sur le bouton pour demander de l'aide. Le personnel est moins sollicité pour des raisons d'anxiété. Il peut plus faire son travail d'accompagnement», a avancé M. Saint-Hilaire.

Par ailleurs, il déplore la tendance dans certains pays à miser avant tout sur la technologie dans les chambres des nouveaux hôpitaux. «Malheureusement, les résultats de la recherche en Europe portent toujours sur la technologie avec des murs tactiles, des écrans partout. Ç'a un côté assez froid. Le côté humain y a perdu son sens. La technologie l'emporte», a-t-il observé.

À son avis, le concept du nouvel hôpital devra tenir compte aussi de la présence de patients de plus en plus âgés. «Il y aura probablement de longs corridors. Il faudra prévoir davantage d'endroits pour s'asseoir», a suggéré M. Saint-Hilaire.

En outre, l'architecte voit dans un meilleur environnement de travail des occasions de réduire les coûts de main-d'oeuvre en diminuant le roulement de personnel. «Au lieu de faire des postes de travail sans fenêtre dans le milieu d'une unité, que les employés soient entassés les uns sur les autres, si on créait un meilleur espace de travail, avec une meilleure ventilation, de l'ensoleillement, on réduirait le taux de roulement et les coûts. Le processus pour remplacer une infirmière peut coûter jusqu'à 25000 $ avec l'affichage du poste, les entrevues et le personnel engagé temporairement. Ça commence à faire de l'argent», a-t-il affirmé.

Par ailleurs, on ne peut ignorer l'effet qu'aura le nouvel immeuble sur le quartier environnant. «C'est un méga-investissement pour la région. C'est un quartier qui est touché. Il faut prévoir des liens avec le quartier. Tant qu'à investir, investissons pour contribuer au quartier et au bien-être des citoyens», a dit Éric Pelletier.

Plus de lumière pour moins de douleur

La firme Lemay se réfère à des études pour démontrer l'importance de faire les bons choix architecturaux dans un nouvel hôpital pour avoir un effet positif sur les soins, le bien-être des patients et du personnel. Ainsi, selon une étude de 2006 du Center of Health Desigh des États-Unis, trois heures de lumière naturelle par jour réduit la pression artérielle et le stress des patients. En plus, un meilleur aménagement de l'hôpital permet de réduire le taux de roulement du personnel de 3,4 %. Une autre étude de 2011 du ministère américain de la Santé conclut que des locaux bien aménagés permettent de réduire de 25 % le stress au travail et de 40 % le risque d'erreurs médicales. De plus, la durée de l'hospitalisation est diminuée de 6,5 %. Par ailleurs, une recherche du département de chronobiologie de Lyon, en France, montre qu'il est possible de réduire de 50 % le risque d'accident dans un nouvel hôpital et de diminuer la médication de 22 %. On a conclu également que la lumière naturelle atténue la douleur dans une proportion de 22 %. 

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