Robin Williams: un décès «très exceptionnel» chez les bipolaires

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En plus de souffrir de troubles bipolaires, Robin Williams luttait contre une dépendance à l'alcool et à la drogue.

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(Québec) Le geste posé par Robin Williams, qui s'est enlevé la vie chez lui lundi, en Californie, est rare chez les personnes bipolaires, selon une psychiatre de l'Institut universitaire de santé mentale de Québec.

«C'est très exceptionnel ce qui est arrivé. Malheureusement, on a des cas au Québec même si le taux de suicide a diminué ces dernières années avec des bonnes pratiques en prévention du suicide», a commenté, mardi, au Soleil, la Dre Marie-Josée Filteau.

Il semble que c'est la consommation excessive d'alcool et de drogues qui aurait conduit la célébrité à s'enlever la vie. «Ce qui rend les gens hautement à risque de suicide, c'est quand il y a une comorbidité avec l'abus de substances. Ça désinhibe les gens. Ils sont plus à risque de faire un passage à l'acte impulsif», a-t-elle expliqué.

«En phase dépressive, les bipolaires pensent au suicide, mais leurs convictions religieuses, l'espoir du traitement, font qu'ils ne vont pas se suicider. C'est peut-être 10 % qui vont finir par le faire, ce qui est énorme, mais heureusement, ce n'est pas la majorité», a ajouté la Dre Filteau.

Il y a aussi la peine aux proches que pourrait causer un suicide qui peut freiner l'élan pour s'enlever la vie. «Quand nos patients se sentent un fardeau, on leur dit qu'ils sont bien moins un fardeau que s'ils s'enlèvent la vie. Un suicide fait tellement de ravages dans la famille. Devant cela, très rapidement, plusieurs vont mettre de côté le suicide parce qu'ils ne veulent pas faire souffrir leurs proches», a-t-elle souligné.

Selon la Dre Filteau, il y a de l'espoir pour les maniacodépressifs. La médication et un meilleur dosage des médicaments sont des moyens efficaces aujourd'hui pour traiter la maladie. «Il y a d'autres solutions. Les gens peuvent appeler au Centre de prévention du suicide. À Québec, il y a aussi un centre de crise avec de l'aide 24 heures sur 24 avec des gens qui se rendent au domicile au besoin», a indiqué la psychiatre.

Habitudes de vie

En plus de la médication, on recommande aux bipolaires d'avoir de bonnes habitudes de vie par une meilleure alimentation et de faire de l'exercice. «En plus d'utiliser à bon escient des médicaments stabilisateurs de l'humeur, faire de l'exercice est central. C'est à la fois anti-inflammatoire et antidépresseur. En plus, ça diminue l'anxiété et le risque d'obésité dû au traitement. Ça aide à rétablir les troubles de mémoire, de concentration», a affirmé la Dre Filteau.

De plus en plus, on tend à penser qu'il y a une composante inflammatoire à la bipolarité. «On commence à s'intéresser à ça dans la dépression et même à tester des médicaments anti-inflammatoires comme antidépresseurs», a-t-elle dit.

De 2 à 3 % de la population serait bipolaire, soit avec des épisodes d'euphorie suivis de phases dépressives. «Un maniacodépressif, c'est souvent une personne enjouée quand il n'est pas en dépression, drôle, avec un potentiel de créativité, avec beaucoup d'imagination, un gros travailleur efficace. Puis tout à coup arrive une cassure dans le fonctionnement», a-t-elle expliqué.

«En quelques jours, les gens commencent à se sentir fatigués, à trop dormir ou pas assez. Ils se traînent, n'ont pas de concentration. Ils sont tristes et irritables. Du jour au lendemain, c'est comme si le ciel s'obscurcissait et qu'ils n'avaient plus confiance en eux. Tout leur apparaît une montagne», a-t-elle poursuivi.

Chez les cas les plus sévères, certains vont avoir des projets démesurés et devront être hospitalisés. «Ils vont dépenser des milliers de dollars. Un va vouloir rencontrer le président des États-Unis. Des fois, ils veulent sauver le monde, régler la guerre. Certains ne dorment pas du tout. D'autres vont rouler à 200 km à l'heure», a dit la psychiatre.

Ceux dont la sévérité de la maladie est moins grande se considèrent comme tout à fait normaux. «Leurs projets ne sont pas si flyés. Ils peuvent épuiser leur entourage, mais ce n'est pas assez pour que les proches décident d'appeler la police ou faire des démarches pour faire hospitaliser la personne», a-t-elle avancé.

«Ces gens avec une bipolarité moins sévère sont souffrants plus longtemps. Leur maladie n'est pas diagnostiquée avant 35 ou 40 ans alors que ça fait longtemps que ça dure. Or, le pic d'apparition de la maladie se situe entre 16 et 25 ans.»

Les acteurs Jim Carrey, Catherine Zeta-Jones, Carrie Fisher (la princesse Leia dans Star Wars) et le chanteur Sting sont des artistes ayant un trouble bipolaire.

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