Aide médicale à mourir: la Maison Michel-Sarrazin dit non

Le Dr Michel L'Heureux devant l'oeuvre du sculpteur... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Le Dr Michel L'Heureux devant l'oeuvre du sculpteur Marc Fugère intitulée Sonder l'inconnu. L'oeuvre munie d'un heurtoir a été réalisée pour les 25 ans de la Maison Michel-Sarrazin.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) La Maison Michel-Sarrazin demeure imperturbable devant la vague d'appuis à l'aide médicale à mourir qui ne semble pas diminuer. La maison de soins palliatifs de Québec n'offrira pas ce service même si le projet de loi 52 pour permettre d'abréger la vie de mourants est adopté par l'Assemblée nationale.

«L'aide médicale à mourir n'est pas un soin palliatif. C'est de l'euthanasie. C'est notre position historique et on ne changera pas bien qu'on s'attend d'avoir des pressions», a affirmé le directeur général de l'établissement, le Dr Michel L'Heureux, dans une entrevue au Soleil.

Depuis 28 ans, la Maison Michel-Sarazin est considérée comme le leader dans le développement des soins palliatifs au Québec. Elle compte 15 lits. Depuis quelques années, un bon nombre d'hôpitaux ont des lits de soins palliatifs dans la région. Au total, il y en a 90.

En plus de recevoir des mourants - près de 8000 jusqu'à maintenant -, l'établissement donne de la formation au personnel soignant. Les soins palliatifs visent à soulager la douleur - dans la mesure du possible - par la médication et l'accompagnement. Ils ne hâtent pas ni ne retardent le décès.

La Maison qui est voisine du Domaine Cataraqui dans le secteur de Sillery n'est pas la seule à refuser de donner l'aide médicale à mourir. Lors de la commission parlementaire, la grande majorité des maisons de soins palliatifs ont exprimé qu'elles n'offriraient pas ce service. Celles dont on ne connaît pas la position n'avaient pas répondu à un sondage sur la question, mais il y a fort à parier qu'elles ne sont pas favorables à la mesure.

L'application de l'aide médicale à mourir sera rendue encore plus difficile si les médecins de soins palliatifs dans les hôpitaux refusent de poser cet acte pour des raisons de conscience comme le permet le projet de loi.

«Les mots sont forts, j'en conviens, mais l'euthanasie est une blessure mortelle que l'on inflige aux valeurs et à la philosophie des soins palliatifs qui ont été développés au cours des 50 dernières années. Ça va court-circuiter le développement des soins palliatifs», a dit le Dr L'Heureux.

Placées devant un choix?

On craint que les personnes soient placées devant le choix entre les soins palliatifs et l'aide médicale à mourir ou l'euthanasie. On s'attend à ce que plusieurs optent pour en finir au plus tôt même si on leur a donné la possibilité d'avoir des soins palliatifs, à l'exemple de ce qu'on a connu ces dix dernières années en Belgique où l'euthanasie a été légalisée.

«Tranquillement, le glissement va s'opérer. Ça plaît plus à l'esprit de choisir le moment de sa mort, d'éviter les souffrances, de considérer que l'agonie est un temps futile, alors que l'agonie est un temps de préparation au deuil», a avancé le Dr L'Heureux. En plus d'être futiles, certains pourraient dire que les soins palliatifs sont même «cruels» étant donné qu'un nombre restreint de mourants souffriront malgré tout l'arsenal de médicaments pour apaiser la douleur.

Le directeur général de la Maison Michel-Sarrazin croit que la tentation sera forte d'imposer l'aide médicale à mourir dans les maisons de soins palliatifs récalcitrantes par une réduction ou une limitation de l'aide gouvernementale pour leur fonctionnement. Les propos des députés entendus à la commission parlementaire allaient toutefois dans le sens contraire. Ils n'ont cependant pas dissipé toutes les inquiétudes compte tenu des pressions qui pourraient venir de groupes partisans de l'aide médicale à mourir. De plus, on craint que des donateurs privés puissent demander que leur maison de soins palliatifs soit plus ouverte à l'euthanasie.

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Euthanasie : les critères trop flous, dit un médecin

Alors que la mesure devait être exceptionnelle à ses débuts, l'euthanasie est maintenant davantage pratiquée en Belgique, plus de dix ans après sa légalisation.

«On nous a dit qu'il y aurait une croissance lente des cas d'euthanasie au Québec avec l'aide médicale à mourir, que ce serait des cas exceptionnels à l'image de la Belgique. Or, ces dernières années, on a noté des augmentations de 17 et 26 % par année en Belgique. Ce n'est plus une croissance lente. Ce n'est plus des cas exceptionnels. Ça double à tous les quatre ans», a soutenu le Dr Michel L'Heureux.

Hausse de l'utilisation

Selon des données qu'il a obtenues, il y aurait eu 1432 euthanasies en Belgique en 2012 comparativement à 495 en 2007 et 235 en 2003. Ces chiffres sont inclus dans le mémoire de la Maison Michel-Sarrazin présenté en commission parlementaire.

«Au début, c'était pour les cas en phase terminale. Là, on est rendu que des gens qui anticipent des souffrances ou qui sont âgés et qui disent que leur vie est accomplie peuvent obtenir l'euthanasie. On appelle ça une dérive. Les critères sont trop flous. En plus, les personnes chargées d'appliquer la loi en Belgique sont des militants de l'euthanasie», a soutenu le Dr L'Heureux.

Il craint que cette même dérive se produise au Québec compte tenu des critères flous et sujets à interprétation contenus dans le projet de loi 52. Sans cautionner l'aide médicale à mourir, la Maison Michel-Sarrazin recommande de dissocier les soins palliatifs de l'euthanasie. On demande également de resserrer les critères d'accès à l'aide médicale à mourir.

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Projet d'agrandissement de 4 millions $

La Maison Michel-Sarrazin prévoit agrandir ses installations d'ici la fin de 2015 ou le début de 2016. Le coût du projet est évalué sommairement à 4 millions $. «On veut accroître notre rôle pour soutenir ceux qui font des soins à domicile. L'avenir est pour les soins palliatifs à domicile. On ne veut pas grossir pour grossir. On aura un lit de plus pour du répit et de la gestion des symptômes. On est en train de travailler nos plans», a-t-il indiqué. La réalisation du projet est en lien avec la campagne de financement qui vise à amasser 25 millions $ sur cinq ans. Cette campagne servira principalement à couvrir les frais de fonctionnement de la Maison qui peut aussi compter sur l'aide de nombreux bénévoles. La campagne est présidée par le président de l'Industrielle Alliance, Yvon Charest.

La dernière piqûre

Il est faux de prétendre qu'une piqûre de morphine entraîne la mort dans un épisode de soins palliatifs. «Beaucoup de gens pensent que quand on est rendu à la morphine, on fait mourir la personne plus vite. C'est faux. C'est un mythe de dire que la morphine fait mourir», a affirmé le Dr Michel L'Heureux. «On peut toujours faire une association entre un moment d'une injection prévue dans l'horaire des médicaments et le décès survenu dans les minutes suivantes, ce n'est pas l'injection qui l'a causée, c'est la mort naturelle. Ça peut arriver dans certains cas s'il y a eu surdosage. Les erreurs, ça peut exister, mais l'intention n'était pas de provoquer le décès», a-t-il ajouté.

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