Coqueluche: dilemme entre deux vaccins

L'ancien vaccin, fait de bactéries entières, avait l'inconvénient... (Photothèque Le Soleil)

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L'ancien vaccin, fait de bactéries entières, avait l'inconvénient de provoquer des effets secondaires indésirables, telle une forte fièvre.

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(Québec) D'après une étude parue dans le dernier numéro de la revue savante Pediatrics, le vaccin contre la coqueluche utilisé en Amérique du Nord depuis une quinzaine d'années protège presque six fois moins bien que l'ancien type de vaccin. Et comme ce dernier provoquait par ailleurs d'importants effets secondaires, cela place les autorités sanitaires devant un dilemme cornélien...

«On se trouve devant un choix douloureux, parce qu'il n'y a pas de solution idéale. Pour le moment, les comités scientifiques sur la vaccination n'ont pas tranché cette question-là, ni au Canada, ni aux États-Unis», dit le Dr Gaston De Serres, infectiologue à l'Institut national de santé publique du Québec.

La coqueluche est causée par une bactérie (Bordetella pertussis) qui infecte les voies respiratoires et provoque une toux violente pouvant durer deux mois. Jusqu'aux années 90, la plupart des pays du monde, dont le Québec et le Canada, immunisaient leurs populations avec des vaccins dits «entiers» - c'est-à-dire fabriqués à partir de bactéries entières, bien que mortes. Ces vaccins fonctionnaient très bien, mais avaient l'inconvénient de provoquer fréquemment des symptômes indésirables, comme une fièvre plus ou moins forte.

Il y a une quinzaine d'années, donc, tout ce beau monde a adopté un autre type de vaccin, dit acellulaire, ne contenant que des parties de bactéries, comme des protéines.

Or, plusieurs éclosions de coqueluche ont touché différentes parties du monde ces dernières années. Les épisodes les plus graves ont d'ailleurs frappé des parties du monde très dispersées, comme l'Australie (en 2011-2012), la Californie (2010-2011) et le Nouveau-Brunswick (2012).

Dans une étude publiée la semaine passée dans Pediatrics, une équipe du Kaiser Permanente Vaccine Study Center, à Oakland, a examiné l'éclosion californienne et comparé la fréquence de la maladie chez les enfants de 10 à 17 ans qui avaient reçu l'un ou l'autre des deux types de vaccin - car un certain nombre ont continué à recevoir l'ancien. Résultat: ceux qui ont reçu la version acellulaire ont 5,6 fois plus de chance d'attraper la coqueluche que ceux qui ont reçu l'«ancien» vaccin, fait à partir de bactéries entières.

Comme il s'agit d'un vaccin qui demande plusieurs rappels, les chercheurs ont aussi pu constater que ceux qui avaient reçu un mélange des deux types de vaccin tombaient entre les deux extrêmes (3,8 fois plus vulnérables à la maladie), ce qui démontre un effet de dose.

Hypothèse des doses défectueuses

D'après Dr De Serres, cela confirme la conclusion d'une autre étude, australienne celle-là et parue l'an dernier, et le fait que les mêmes résultats aient été obtenus à deux endroits aussi éloignés, dans des contextes que l'on devine assez différents, ajoute du «poids», pour ainsi dire, à l'hypothèse du vaccin plus ou moins défectueux.

Pourtant, le vaccin actuel a été testé et retesté, ce qui a permis d'établir qu'il protège bien contre la coqueluche, ayant une efficacité de 85 %. Mais ces mesures de l'efficacité ne concernent que le court terme, explique Dr De Serres, si bien qu'à plus long terme, la protection peut diminuer significativement. D'ailleurs, il a été démontré que l'incidence de la coqueluche varie selon l'âge des enfants, augmentant année après année après l'âge du dernier rappel, puis chutant lorsqu'une cohorte atteint l'âge d'un autre rappel.

Une étude récente, poursuit Dr De Serres, a montré un taux de protection de 98 % pour le vaccin acellulaire dans les 12 premiers mois suivant l'injection, taux qui chutait toutefois à 71 % après cinq ans. L'épidémiologiste souligne cependant qu'à l'heure actuelle, plusieurs études sur cette question demeurent contradictoires.

N'empêche que d'un point de vue de santé publique, les questions posées sont particulièrement épineuses. Doit-on garder le vaccin actuel, malgré ses défauts? Si oui, est-il réaliste de faire des rappels aux cinq ans pour tout le monde, même les adultes? Sinon, les effets secondaires effrayeront-ils une portion significative des gens à vacciner?

«Ce qui s'est passé depuis 2010 aux États-Unis, en Australie et au Nouveau-Brunswick soulève d'énormes questions», concède Dr De Serres.

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