Des cancéreux de Québec et de l'Est traités à Montréal

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En 2019, on prévoit que 2000 personnes devront faire la navette entre Québec ou l'Est-du-Québec et Montréal dans l'espoir que leurs tumeurs puissent être éliminées.

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(Québec) En plus d'encaisser le choc d'un diagnostic de cancer, des centaines de personnes de Québec et de l'Est-du-Québec devront composer avec l'idée de devoir se rendre à Montréal pour y subir des traitements de radiothérapie, et ce, pour un bon nombre d'années. La possibilité de traitements aux États-Unis pouvant s'étendre sur six semaines a même été évoquée.

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Le centre de radiothérapie de l'Hôtel-Dieu de Québec, qui fonctionne déjà au-delà de ses capacités, ne sera tout simplement pas en mesure de faire face à l'augmentation, bien que prévisible, du nombre de personnes qui auront besoin de traitements de radiothérapie.

En 2019, on prévoit que 2000 personnes devront faire la navette entre Québec ou l'Est-du-Québec et la métropole dans l'espoir que leurs tumeurs cancéreuses puissent être éliminées. Cette année, on s'attend à ce que 600 personnes malades acceptent d'avoir des traitements à Montréal ou dans d'autres régions. Cette année, environ 4000 personnes seront traitées à Québec.

Au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Québec dont fait partie l'Hôtel-Dieu, on se refuse toutefois à parler d'une crise et d'un manque de services aux personnes souffrant d'un cancer.

«On n'est pas dans une crise, mais on est dans une situation où il faut consolider nos soins, nos services. Il faut aussi que les projets d'ajouter des appareils de radiothérapie à l'Hôtel-Dieu et un nouveau centre à Lévis démarrent. C'est pour ça que ces projets à Québec et Lévis sont la priorité numéro un du ministère de la Santé et des agences régionales. Ce sont nos radio-oncologues qui vont aider Lévis à se développer», a affirmé mardi au Soleil le directeur général adjoint du CHU, Denis Bouchard.

Ces projets pourraient toutefois être ralentis en raison des fonds limités du ministère de la Santé. La semaine dernière, le ministre de la Santé, Réjean Hébert, a indiqué que la grande partie des fonds ont été alloués par le gouvernement précédent pour les grands hôpitaux de Montréal pour les trois prochaines années.

On prévoit diriger des patients vers les centres de radiothérapie du Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM) et du Centre universitaire de santé de McGill (CUSM). «Avec l'ouverture des nouveaux centres radiothérapie à Laval et à l'hôpital Charles-LeMoyne, il y a des capacités à Montréal pour accueillir des patients de Québec», a indiqué M. Bouchard.

Les patients cancéreux de Québec ne seront pas obligés de se rendre à Montréal. Par le passé, lorsque des appareils de radiothérapie ont été remplacés, environ 20 % des patients avaient refusé un traitement dans la métropole ou à Sherbrooke. «C'est sur une base volontaire. On n'enverra pas quelqu'un contre son gré. La clientèle qui refuse sera traitée ici», a-t-il assuré.

On compte inciter un bon nombre de patients qui résident dans le Bas-du-Fleuve, en Gaspésie et au Saguenay-Lac-St-Jean à se faire traiter à Rimouski et à Saguenay. «On n'est pas dans le même contexte d'il y a une quinzaine d'années, où on devait envoyer des patients aux États-Unis. Depuis, des centres ont été ouverts à Rimouski, Saguenay», a souligné M. Bouchard. À l'époque, la première ministre, Pauline Marois, était ministre de la Santé.

Lévis brouille les cartes

L'agrandissement du centre de radiothérapie à l'Hôtel-Dieu de Québec et la construction d'un nouveau centre à Lévis ont fait l'objet d'études depuis 13 ans. En 2000, le Conseil québécois de lutte contre le cancer avait recommandé l'ouverture d'un centre de radio-oncologie à Lévis. Dans sa planification, l'Hôtel-Dieu de Québec avait tenu compte d'un nouveau centre à Lévis pour y traiter la majeure partie des 1100 patients en provenance de la région Chaudière-Appalaches.

«En 1999-2000, la Direction de lutte contre le cancer avait une proposition pour de nouveaux centres à l'hôpital Charles-LeMoyne, à Laval et à Lévis. Ceux de Charles-LeMoyne et de Laval ont été réalisés et pas celui de Lévis. Au CHU, on avait fait notre planification en fonction de Lévis. À l'heure où on se parle, Lévis devrait être fonctionnel», a affirmé M. Bouchard.

Il y a trois ans, une lettre adressée au ministère de la Santé indiquait que «le CHUQ a atteint sa capacité maximale de traitement via les accélérateurs linéaires en fonction du nombre d'appareils à sa disposition». Il faut prévoir une période de six ans pour compléter l'installation de nouveaux appareils de radiothérapie ou ouvrir un nouveau centre.

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Les patients pris en otages

«Je trouve ça vraiment aberrant. Ça n'a pas de bon sens. C'est un manque de planification à quelque part qui va faire en sorte que ce sont les patients qui vont payer pour», a commenté, mardi, la présidente de la Coalition priorité cancer, Nathalie Rodrigue, devant la possibilité que des centaines de patients cancéreux de Québec et de l'Est-du-Québec devront se rendre à Montréal pour des traitements de radiothérapie.

À son avis, il était pourtant facile de prévoir les besoins pour de nouveaux appareils de radiothérapie à Québec. «Ce n'est pas nouveau. On sait que les taux de cancer augmentent et que la population vieillit. Donc, la capacité de traitement devrait suivre. Je suis étonnée», a-t-elle ajouté.

Selon Mme Rodrigue, le manque d'appareils de traitement dans la région de Québec revient à prendre les patients en otages. «Les personnes qui reçoivent un diagnostic de cancer vivent dans la peur. Elles sont émotives», a-t-elle souligné.«impacts financiers»

Une des premières conséquences d'un diagnostic de cancer pour plusieurs personnes est la perte de revenus. «Si la personne malade est traitée dans sa ville, elle peut continuer à aller travailler. Ce n'est pas le cas s'il faut qu'elle passe cinq semaines à cinq jours par semaine à avoir des traitements de radiothérapie ailleurs. Il y a plein d'impacts financiers. Une personne qui a le cancer s'appauvrit. Sa famille aussi», a-t-elle déploré. D'autre part, elle croit que le transfert à Montréal de centaines de patients de Québec et de l'Est-du-Québec causera d'autres problèmes.

«Il va y avoir un problème d'engorgement soit dans les hôtelleries dont celle de la Fondation québécoise du cancer. Ça va créer une pression sur les centres de radiothérapie», a-t-elle dit.

La présidente de la Coalition priorité cancer estime que les décideurs gouvernementaux ne tiennent pas suffisamment compte de l'opinion des personnes malades quant à l'impact des décisions sur les soins.

«Si on dit qu'on veut que le patient soit au centre des décisions, il faudrait qu'on commence à le faire. Il est important que dans tous les comités de planification, il y ait aussi des patients pour orienter les décisions. Souvent, les décisions sont prises par des médecins en fonction des médecins et non en fonction des patients», a-t-elle avancé.

Depuis 2007, les prévisions d'augmentations de patients en radiothérapie réalisées par l'Hôtel-Dieu de Québec se sont confirmées jusqu'à maintenant.

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