Un produit sanguin fait augmenter... la mortalité

Un produit largement utilisé en soins intensifs pour maintenir la pression... (Photothèque Le Soleil)

Agrandir

Photothèque Le Soleil

Partager

(Québec) Un produit largement utilisé en soins intensifs pour maintenir la pression sanguine augmenterait la mortalité des patients au lieu de la diminuer, a établi une étude publiée mardi sur le site du prestigieux Journal of the American Medical Association, et à laquelle un chercheur de l'Université Laval a participé.

Le produit en question s'appelle hydroxyéthylamidon (HEA), et est administré aux gens dont la pression sanguine a chuté, par exemple parce qu'ils ont perdu beaucoup de sang. À proprement parler, le HEA ne remplace pas le sang - il ne peut pas transporter d'oxygène -, mais on s'en sert pour occuper du volume dans les vaisseaux et ainsi maintenir la pression sanguine, explique Dr Alexis Turgeon-Fournier, intensiviste au CHU et coauteur de l'étude.

«C'est utilisé tous les jours dans les hôpitaux. [...] C'est apparu sur le marché il y a environ 20 ans, tout de suite après le scandale du sang contaminé, à un moment où on cherchait des alternatives aux transfusions de sang. Donc c'était un très bon moment pour ce genre de produit», dit-il.

À cause de ce contexte, le HEA a bénéficié d'une approbation accélérée, et il tombait sous le sens qu'en rétablissant la pression sanguine, on améliorait la survie des patients aux soins intensifs.

Or, la méta-analyse publiée mardi et dirigée par Ryan Zarychanski, de l'Université du Manitoba, conclut plutôt le contraire.

Rassemblant des données sur plus de 10 000 patients qui ont dû être réanimés, elle montre que l'«amidon» augmente la mortalité par 9 % comparé à d'autres produits - dont, notons-le, de la simple eau salée.

La substance accroît également les chances d'insuffisance rénale par 27 %, ce qui peut expliquer une partie de la surmortalité, dit Dr Turgeon-Fournier, mais pas toute. Ses causes demeurent mal comprises.

Résultats contradictoires

Jusqu'à maintenant, explique-t-il, les études sur l'efficacité avaient donné des résultats contradictoires, mais on continuait à s'en servir parce que le HEA faisait bel et bien ce qu'on attendait de lui, c'est-à-dire soutenir la pression sanguine. «Mais ce n'est pas parce que c'est bon pour votre but à court terme [la pression] que ça l'est pour le but à long terme, qui est la survie du patient», fait remarquer le médecin.

Ce qui a servi de point de départ à la méta-analyse, dit-il, fut la révélation en 2011 que de nombreux articles favorables au HEA écrits par un chercheur allemand allaient être retirés des archives médicales parce que leur auteur avait commis diverses fautes scientifiques - absence d'approbation d'un comité d'éthique et données falsifiées.

En outre, plusieurs gros essais cliniques ont été publiés en 2012, ce qui ajoutait beaucoup de nouvelles données.

Les autorités sanitaires américaines et européennes examinent actuellement ces résultats, mais pour le Dr Turgeon-Fournier, il apparaît clair que pour les gens très mal en point, qui ont besoin de transfusion et de réanimation, les HEA ne devraient plus être utilisés.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer