Un nouveau partage des tâches entre les infirmières et les médecins de l'UMF qui permet aux infirmières d'effectuer plus de tâches a amené les médecins à suivre beaucoup plus de femmes. Le suivi de grossesse commun infirmières-médecins à la clinique du chemin de la Canardière - un projet unique au Québec - vient de se voir décerner le Prix innovation clinique de l'année par l'Ordre des infirmières du Québec.
«Avant les changements, avec une équipe de quatre médecins en moyenne, c'était très difficile de faire plus que 150 à 175 suivis de grossesse par année. Tandis que maintenant, avec une plus grande implication des infirmières, on est quatre encore et on roule au moins à 250 suivis de grossesse», a indiqué le Dr Martin Clément de l'UMF.
L'infirmière clinicienne Nicole Beaudin, qui a élaboré le nouveau modèle de fonctionnement avec sa collègue Christiane Roy, croit que l'approche de suivi commun a éliminé les délais d'attente pour plusieurs femmes enceintes. Elle est également persuadée que le modèle pourrait s'appliquer à d'autres patients rejoignant ce que plusieurs politiciens ont dit sans que ce soit vraiment mis en application pour régler la pénurie de médecins.
«Il y a des femmes enceintes qui n'ont pas de médecin de famille. On voit ça régulièrement. On voit des femmes qui ont cinq mois de fait et qui n'ont pas encore vu un médecin. Avant de venir ici, elles avaient appelé à trois, quatre places, pour se faire dire qu'ils ne prenaient pas d'autres patientes. Nous, on ne refuse jamais des patientes enceintes. On n'est jamais complet», a-t-elle dit.
En faisant plus de suivis de grossesse, les médecins sont loin d'être exténués. Même qu'ils trouvent la situation moins exigeante et qu'il leur est plus facile de s'absenter sans avoir à reporter des rendez-vous.
«Avant, il y avait un problème pratico-pratique sur le terrain qui était très difficile à régler, très stressant. C'était le cas si tu avais trois ou quatre patients cédulés et que tu devais annuler ces rendez-vous parce qu'il fallait que tu sois à la salle d'accouchement et que tu devais par la suite replacer ces patients dans un horaire déjà plein. C'est plus facile maintenant avec le travail d'équipe avec les infirmières», a expliqué le médecin.
Selon le Dr Clément, qui pratique la médecine depuis 21 ans, il est clair que les nouvelles tâches confiées aux infirmières permettent d'améliorer l'accès à un médecin de famille à plusieurs femmes enceintes qui n'en avaient pas.
«Il y a maintenant plus de rendez-vous de femmes enceintes par semaine à l'UMF. On est capable de suivre toutes les femmes enceintes qui sont inscrites dans notre groupe de médecine familiale et de suivre les patientes d'autres médecins de famille du coin ou celles qui n'en ont pas», a-t-il souligné.
En 24 heures
Une femme enceinte qui veut être suivie par un médecin du GMF Maizerets sera rappelée par une infirmière dans les 24 à 48 heures. «On a un questionnaire d'une quinzaine de minutes. On va leur donner leur date d'accouchement. Si c'est une patiente qui n'a jamais été suivie ici, on l'attribue à un médecin à tour de rôle selon les disponibilités des médecins», a indiqué Mme Beaudin.
«Si elle n'a pas commencé ses vitamines prénatales, si elle a des nausées, on va faire les prescriptions. Les médecins nous ont tous signé des prescriptions en blanc. On prescrit ce dont elles ont besoin. Si elles ont besoin d'un retrait préventif, on les invite à passer en même temps qu'elles viendront chercher leur prescription pour remplir le formulaire du retrait. Ça se fait ici même et c'est faxé automatiquement à la CSST [Commission de la santé et de la sécurité du travail]. Elles ont une réponse dans les 24 à 48 heures de jours ouvrables», a-t-elle poursuivi.
Par la suite, c'est le médecin qui fixe les dates de rendez-vous des suivis. Il peut y avoir une quinzaine de rencontres avant l'accouchement.
«Les infirmières peuvent voir des femmes lors du suivi de grossesse sans la présence du médecin. Je ne verrai pas une femme qui attend des jumeaux ou une femme qui prend des médicaments pour une dépression, qui fait de l'anxiété chronique. Les patientes à risque sont vues uniquement par un médecin. On va voir toutes les grossesses sans facteur de risque», a précisé l'infirmière.
«Lorsque l'on voit une femme enceinte, il y a toujours un médecin d'obstétrique sur place pour intervenir si on a besoin. On fait la visite de façon autonome. On a été formé pour faire les examens gynécologiques. S'il y avait un risque, on demande à un médecin sur place dans son bureau de venir voir la patiente. C'est très sécuritaire», a-t-elle continué.
Ouverture d'esprit
Selon Mme Beaudin, la plus grande implication des infirmières ne serait pas possible sans le concours des médecins bien qu'il ne s'agisse pas d'actes délégués, mais d'actes pour lesquels les infirmières ont été formées.
«Ce qu'on fait, ce sont des choses qui entrent dans nos tâches. Après ça, tout ce que ça prenait, c'est l'ouverture d'esprit des médecins pour qu'ils acceptent qu'on voie leurs patientes ponctuellement.»
Aujourd'hui, près de deux ans après les débuts de la nouvelle approche, le Dr Clément ne reviendrait pas en arrière. «Au contraire, si on regarde l'évolution des prochaines années, ce sera plutôt de bonifier cette façon de travailler que l'on montre aux médecins résidents», a-t-il affirmé.