Légionellose: la source pourrait provenir de la haute ville

Martin Auger, dont l'expertise est reconnue dans son... (Photo Le Soleil, Erick Labbé)

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Martin Auger, dont l'expertise est reconnue dans son domaine, identifie les eaux vertes et stagnantes dans l'immense trou creusé pour l'agrandissement du Musée national des beaux-arts du Québec comme une des sources potentielles de contamination.

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(Québec) La source de l'épidémie de légionellose serait en haute ville, plus précisément près de l'intersection de la Grande Allée et de l'avenue Wolfe-Montcalm, selon un expert en santé du travail et en ventilation.

Martin Auger, de la firme ABI Environnement, tire cette conclusion après avoir analysé les vents et la météo à Québec de juin à septembre. Les journées avec pluie et brouillard et celles avec un couvert nuageux n'ont pas été retenues. Elles sont moins propices à la propagation des bactéries dans l'air, a-t-il expliqué.

Ce sont les journées avec des vents du sud-est, du sud et du sud-ouest qui étaient les plus susceptibles de bien propager la légionelle, à son avis. D'où l'hypothèse d'une source au sud des secteurs de Saint-Roch et de Saint-Sauveur. «On a recherché les journées avec des vents moyens avec direction constante», a-t-il précisé dans une note transmise à la Direction régionale de santé publique.

M. Auger, dont l'expertise est reconnue dans son domaine, identifie les eaux vertes et stagnantes dans l'immense trou creusé pour l'agrandissement du Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) comme une des sources potentielles de contamination.

«Par le vent, il est possible que les bactéries soient projetées dans l'air. Le clocher de l'église tout près pourrait avoir eu un effet de cheminée. Par la suite, par la gravité, les bactéries tombaient à la basse ville», a-t-il expliqué, lundi, au cours d'une entrevue au Soleil.

Il soutient que cette hypothèse est plausible étant donné que les travaux d'excavation pour l'agrandissement du Musée sont le principal changement dans le paysage de la haute ville et de la basse ville cet été par rapport à l'été de 2011. «L'an dernier, il y avait les mêmes tours de refroidissement et il n'y a pas eu d'épidémie. Nous avons eu du beau temps cet été, mais pas de canicule. L'été de l'an dernier n'a pas été mauvais non plus», a-t-il suggéré.

M. Auger a rappelé les cas de deux travailleurs de la construction contaminés le mois dernier lors de travaux d'aqueduc et d'égout dans Saint-Sauveur. Or, les eaux d'égout contiennent de bonnes quantités de légionelle. L'expert croit qu'il est possible que les eaux stagnantes dans le trou excavé du MNBAQ aient été en contact avec des eaux d'égout et qu'elles soient un bon bouillon de bactéries mortelles.

L'ingénieur en bâtiment diplômé de l'Université Concordia et qui a fait un doctorat sur les gaz traceurs à l'Université McGill croit également que les équipements de ventilation et d'humidification du MNBAQ sont une autre source potentielle de contamination à la légionelle, ainsi que les tours de logements sur la Grande Allée.

Périodes propices

Selon les données recueillies sur les vents et la météo, M. Auger estime que les périodes les plus propices à la dispersion de la légionelle ont été du 12 au 20 juin, du 5 au 14 juillet, du 19 au 20 juillet, du 25 juillet au 3 août, du 15 au 18 août, le 21 août et le 3 septembre. Il n'a pas utilisé les dates de déclaration des cas pour éviter qu'on lui dise d'avoir biaisé ses résultats.

Il recommande à la Santé publique de prélever au plus tôt des échantillons d'eau sur le site de l'agrandissement du MNBAQ, de vérifier les systèmes de ventilation des tours des logements à proximité ainsi que les buanderies et les autres procédés utilisant de la vapeur et de l'eau. Il demande également que l'on jette un coup d'oeil sur les équipements de ventilation, en particulier le système d'humidification sur le toit du MNBAQ, et qu'on ait l'historique du chantier d'excavation, particulièrement les raccordements aux égouts et bris de conduites sanitaires.

Gaz traceurs

M. Auger recommande également d'utiliser la technique des gaz traceurs pour confirmer son hypothèse de dispersion des bactéries par les vents. À son avis, les bactéries qui ont la vie dure peuvent se propager sur une distance de six à huit kilomètres, soit jusque dans le secteur de Charlesbourg. «Il ne reste que peu de jours pour réaliser cette étude par des gaz traceurs. On risque de ne jamais connaître la cause de l'épidémie si elle se trouve dans les eaux du chantier d'excavation», a-t-il souligné.

D'autre part, il estime peu probable que la contamination ait comme origine la papetière White Birch, qui est située au nord de Saint-Roch et de la gare du Palais, en raison des vents et de la météo.

«Les risques de contamination sur les gens étaient moins grands avec des forts vents d'ouest parce que l'effet de dispersion était plus grand. Ça prenait un vent plus léger pour que ça reste plus longtemps à la basse ville», a-t-il ajouté.

Par ailleurs, M. Auger ne croit pas que l'absence de cas de personnes ayant contracté la maladie au cours des derniers jours soit nécessairement attribuable à la désinfection d'une centaine de tours de refroidissement. «La baisse de la température pourrait être une explication», a-t-il dit.

L'attaché du maire touché par la légionellose

Si le maire Régis Labeaume s'est publiquement dit inquiet de l'éclosion de légionellose, son attaché de presse a, lui, vécu la violence des symptômes de la bactérie.

Le 30 septembre, Paul-Christian Nolin a été littéralement foudroyé par une fièvre. Verdict : la fièvre de Pontiac, une forme bénigne de la légionellose.

«Dieu merci, j'ai été en contact avec la légionellose, mais je n'ai pas eu la bactérie. Elle n'a pas atteint mes poumons», témoigne au bout du fil celui qui a été «sur le dos» à partir du 30 août avant de prendre du mieux vers le 3 septembre. Une période pendant laquelle il dit avoir souffert le martyre. «Je me sentais comme si tous les bus du RTC m'étaient passé dessus», illustre M. Nolin.

Résidant de Saint-Roch, il croit avoir été en contact avec cette forme bénigne de la légionellose car il a beaucoup marché dans son quartier, notamment pour se rendre au boulot en haute ville.

Il assure toutefois que la tour de refroidissement de l'hôtel de ville n'est pas en cause. «La Ville fait un traitement hebdomadaire, dit-il. La Ville est exemplaire.»

Si la douleur était vive avec la fièvre de Pontiac, Paul-Christian Nolin n'ose imaginer la force d'une véritable infection pulmonaire. «J'ai une grande sympathie et une grande compassion pour ceux qui ont eu la vraie», dit-il, maintenant complètement guéri. Valérie Gaudreau

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