Mine Jeffrey: des médecins dénoncent le prêt de Québec

La mine d'amiante Jeffrey... (Photo: André Pichette, La Presse)

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La mine d'amiante Jeffrey

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La controverse de l'amiante
La controverse de l'amiante

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(Québec) Si les représentants du milieu socioéconomique d'Asbestos se réjouissaient vendredi de l'annonce d'un prêt de 58 millions $ du gouvernement du Québec pour la relance de la mine d'amiante chrysotile Jeffrey, les médecins spécialistes en santé communautaire du Québec estiment qu'il n'y a pas de quoi fêter.

«Je trouve cette annonce un peu cynique», déclarait hier au Soleil le Dr Yv Bonnier Viger, président de l'Association des médecins spécialistes en santé communautaire du Québec (AMSSCQ) et directeur du Département de médecine sociale et préventive de l'Université Laval.

Le Dr Bonnier Viger a d'ailleurs écrit, au nom de son association, une lettre au premier ministre Jean Charest pour dénoncer cette intervention. «L'amiante est un matériau dangereux qu'on utilise peu au Canada et qu'on enlève dans les édifices publics. Avec la relance de la Mine Jeffrey, notre gouvernement favorisera son utilisation dans des pays où il sera difficile de protéger les travailleurs et l'environnement», affirme-t-il.

Il accuse également le gouvernement de faire de belles promesses à une région affectée par le chômage. «On fait croire qu'on va relancer l'économie d'Asbestos, alors qu'on relance une industrie moribonde! Il ne faut pas oublier que la Mine Jeffrey a déjà fait faillite. On devrait plutôt investir cet argent dans d'autres industries de cette région», propose-t-il.

Le président de l'AMSSCQ ne croit pas non plus à la possibilité pour Jeffrey de s'assurer que l'amiante est utilisé de façon sécuritaire par ses clients internationaux grâce à des ententes et à des inspections. «Je n'y crois pas, c'est de la poudre aux yeux», commente-t-il.

Conditions de travail

Yv Bonnier Viger fait également remarquer que les conditions de travail dans l'industrie canadienne de l'amiante sont loin de se comparer avantageusement à celles des autres secteurs miniers, la convention collective ratifiée à Asbestos prévoyant un salaire d'à peine 16 $ l'heure.

«Les salaires sont près de la moitié de ceux qu'on offre dans les mines d'Abitibi à des jeunes qui viennent de compléter leur formation. On crée des jobs de mineurs qui sont moins bien payés qu'ailleurs», poursuit-il.

S'il ne croit pas que son intervention amènera le gouvernement Charest à changer d'idée, le Dr Bonnier Viger espère toutefois qu'un prochain gouvernement se penchera sérieusement sur le dossier de l'amiante.

«Il faudrait cesser d'en extraire et lancer des états généraux pour les régions où se trouvent ces industries. N'oublions pas qu'à Thetford Mines, la diversification économique a permis de compenser pour le recul de l'industrie de l'amiante. Je crois qu'il y a moyen de faire la même chose à Asbestos», conclut-il.

Thetford Mines reste dans l'incertitude

Alors que les syndiqués de la Mine Jeffrey d'Asbestos viennent d'obtenir une confirmation de la relance de leur mine avec l'annonce d'un prêt de 58 millions $ du gouvernement du Québec, les quelque 350 ex-travailleurs de la mine Lac d'amiante du Canada (LAC) de Thetford Mines sont toujours dans l'incertitude quant à leur avenir.

La société minière LAB Chrysotile, propriétaire de la mine LAC, a fait faillite en novembre. Après avoir accepté à 52,3 % en mai la nouvelle convention collective proposée par leur employeur, les employés s'impatientent de n'avoir pas encore été rappelés au travail pour oeuvrer aux travaux du nouveau tronçon de la route 112 qui empruntera les terrains miniers.

«On nous avait dit que de 120 à 140 travailleurs seraient rappelés au début juin pendant quatre à cinq mois pour faire des travaux de déblaiement et de remblaiement, mais ça n'a pas été fait. Plusieurs s'impatientent et ont demandé la tenue d'une assemblée spéciale, qui aura lieu mercredi soir, pour faire le point sur le dossier», déclarait hier au Soleil Luc Lachance, président du Syndicat des employés horaires de la mine LAC.«On ne peut pas changer d'idée étant donné qu'on a déjà accepté la convention, mais on pourrait se repositionner dû au fait qu'on n'a pas été rappelés le 3 juin. On essaiera de faire valoir nos droits», poursuit-il.

Le ministère des Transports du Québec devrait conclure sous peu une entente avec Simon Dupéré, ex-président de LAB Chrysotile, pour les travaux sur la route 112, selon ce qu'annonçait la semaine dernière le député-ministre Laurent Lessard. Les travailleurs n'ont toutefois reçu aucune garantie quant à la relance des activités minières.«On n'ose même plus être confiants», laisse échapper Luc Lachance. «Nous attendons tous des développements. M. Dupéré nous dit qu'il n'aura pas besoin d'aide financière gouvernementale. Il est supposé avoir des investisseurs d'outre-mer, mais on ne sait toujours pas quand on sera rappelés au travail», termine-t-il.

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