Infirmières aux soins critiques: l'Ordre inquiet du manque de formation

Selon la présidente de l'Ordre des infirmières du... (Le Soleil, Jocelyn Bernier)

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Selon la présidente de l'Ordre des infirmières du Québec, Gyslaine Desrosiers, une infirmière fraîchement formée d'un cégep ne devrait pas être responsable du triage dans une urgence ou travailler aux soins intensifs en raison d'un manque de formation.

Le Soleil, Jocelyn Bernier

Pierre Pelchat
Le Soleil

(Québec) La présidente de l'Ordre des infirmières du Québec, Gyslaine Desrosiers, s'est dite inquiète de voir des infirmières qui n'ont peut-être pas toute la formation nécessaire occuper des fonctions dans des services de soins critiques dans les hôpitaux.

«Dans le réseau de la santé, on prend n'importe quelle infirmière et on l'envoie n'importe où. Pourtant, il y a des contraintes. On envoie des infirmières dans des endroits où elles ne sont pas autorisées à aller. Souvent, le règlement n'est pas respecté. C'est un vrai enjeu de protection du public. Faudrait qu'on cesse de jouer à l'autruche», a-t-elle affirmé, lundi, au cours d'une entrevue au Soleil.

Le mémoire de l'Ordre en appui à sa demande de rendre obligatoire la formation universitaire des futures infirmières avance que 75 % des nouvelles infirmières qui viennent de compléter leur formation au cégep et qui débutent dans des services de soins critiques n'ont pas toutes les compétences initiales essentielles.

«Les établissements de santé pallient par des programmes d'intégration coûteux de quelques semaines. Toutefois, ces programmes ne peuvent compenser pour une formation initiale de 675 heures (15 crédits). Aucune autorité ne devrait accepter de telles situations, pour la protection du public, pour la protection de la relève infirmière et pour une gestion responsable des risques et des coûts du système», peut-on lire dans le document.

Selon Mme Desrosiers, une infirmière fraîchement formée d'un cégep ne devrait pas être responsable du triage dans une urgence ou travailler aux soins intensifs en raison d'un manque de formation. «Il y a à peu près 400 à 500 postes qui s'ouvrent aux soins intensifs au Québec par année et trois sur quatre sont comblés par des cégépiennes finissantes. Est-ce que l'hôpital les a formées de A à Z? Est-ce qu'elles sont sous supervision directe d'une infirmière expérimentée? On ne le sait pas», a-t-elle affirmé.

«Ce n'est pas illégal, mais ce n'est pas déontologiquement acceptable qu'une infirmière travaille dans les soins critiques sans avoir la formation suffisante. Si je ne connais rien en obstétrique, je ne devrais pas travailler en obstétrique. S'ils me disent qu'on va te former, c'est OK. Mais il faut s'entendre sur les standards de formation et à l'Ordre, on ne peut pas standardiser tous les apprentissages», a-t-elle ajouté.

La présidente de l'Ordre croit que la formation universitaire obligatoire viendrait pallier ce problème de manque de formation des nouvelles infirmières pour travailler dans les services de soins critiques.

Deux permis?

À défaut que le gouvernement accepte de rendre obligatoire la formation universitaire des futures infirmières, l'Ordre des infirmières envisage la possibilité de délivrer deux permis d'infirmières, un pour la formation collégiale et l'autre pour la formation universitaire, au lieu d'un seul à l'avenir.

«Quand on dit que les infirmières du cégep ont 2000 heures de moins de formation que les bachelières, il va falloir qu'on décide qu'à 2000 heures de moins, elles ne font pas la même chose. Il va falloir aller sur deux permis cloisonnés. Il y a des actes que les infirmières avec une formation collégiale ne seront pas autorisées à faire et il va falloir jouer le livre», a avancé Mme Desrosiers.

Dans sa demande au gouvernement, l'Ordre a atténué sa position. L'organisme accepte que la formation de techniques infirmières de trois ans demeure dans les 45 cégeps qui l'offrent dans la mesure où ces études sont faites par la suite au niveau universitaire. C'est ce qu'on appelle le DEC-BAC.

Après avoir obtenu leur diplôme de niveau collégial en techniques infirmières, les diplômées pourront obtenir de l'ordre professionnel le statut d'interne pendant trois ans, ce qui leur permettra de travailler dans le réseau de santé et de poursuivre leurs études universitaires.

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