«En augmentant le nombre de médecins à Québec, je vais déplacer le problème ailleurs. C'est peut-être une salle d'urgence en région qui sera dégarnie en effectifs médicaux si on ajoute des médecins à Québec. On travaille toujours avec l'arrivée des 300 nouveaux médecins par année. On n'en a pas 400, c'est juste 300. Il en faudrait davantage», a-t-il commenté au cours d'un entretien avec Le Soleil.
«Actuellement, nous sommes en pénurie et l'arrivée de nouveaux médecins réussit à peine à combler l'augmentation de la demande naturelle. Tout le monde en convient. Ma seule façon de corriger cela, c'est d'avoir plus de main-d'oeuvre nouvelle. La situation est difficile à Québec, elle est aussi difficile à Montréal, à Trois-Rivières, à Drummondville et dans les régions. Tout le monde se bat pour le même bassin de docteurs», a-t-il poursuivi.
Le problème causé par les départs nombreux à la retraite est particulièrement appréhendé dans les milieux plus urbanisés comme ceux de Québec et de Montréal. «Vous pouvez transposer les éléments soulignés dans l'étude [du CSSS de la Vieille-Capitale] dans des milieux très urbanisés comme Montréal où vous avez beaucoup de médecins de plus de 55 ans. Il y aura des effets sur l'engorgement des urgences, des cliniques sans rendez-vous et les visites à domicile qui seront moins nombreuses», a-t-il dit.
Il croit que les nouvelles dispositions du contrat de travail des médecins de famille convenu avec le gouvernement l'an dernier atténueront la crise appréhendée sans toutefois éviter que des patients se retrouvent sans médecin de famille.
«Le Ministère a accepté que les jeunes médecins puissent travailler dans des cliniques pour voir des patients vulnérables au lieu de faire obligatoirement ces heures dans un hôpital. En plus, on compense mieux pour les frais de pratique en cabinet. On pense que ça peut réduire la pression, mais on ne réussira pas en six mois à complètement changer la dynamique d'une situation qui s'est installée progressivement depuis une vingtaine d'années», a-t-il avancé.
De jeunes médecins hésitent à pratiquer dans une clinique en raison des dépenses de cabinet qu'ils jugent trop lourdes. Ils préfèrent opter pour un travail à l'hôpital, à l'urgence particulièrement. On compte 2500 médecins omnipraticiens dans les urgences au Québec sur une possibilité de 8000.
Environ 40 % du travail des médecins de famille se fait à l'hôpital. Chez les plus jeunes d'entre eux, cette proportion grimpe entre 60 et 70 %. «On se dit quand ça va bien à l'hôpital, il n'y a pas de problème nulle part ailleurs. Pourtant, la question de la dispensation des soins à l'extérieur de l'hôpital, dans les bureaux, dans les cliniques, il y a là un enjeu majeur. On commence à le réaliser.»