Ce commentaire d'un médecin omnipraticien de Québec en dit long sur la pénurie de médecins de famille qui ira en s'aggravant dans la région en raison du départ prochain à la retraite de dizaines de ces professionnels.
Ces propos sont inclus dans un rapport d'enquête du Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de la Vieille-Capitale sur l'effet qu'aura la retraite de médecins de famille sur les services de santé de première ligne dans les prochaines années.
Le document a été préparé à partir des questionnaires remplis par plus de la moitié des 700 médecins omnipraticiens de la région de Québec. On craint même de sous-estimer l'ampleur de la crise qui est à nos portes étant donné que bon nombre de médecins n'ont pas répondu au questionnaire. On s'attend à la fermeture de plusieurs petites cliniques en raison du manque de relève, particulièrement en Basse-Ville.
«Les 125 nouveaux médecins facturants [dont une proportion importante de jeunes médecins] qui devraient arriver dans la région ne couvriront pas les besoins de la population en soins de première ligne puisque les plus âgés consacrent proportionnellement plus d'heures à ces soins que les plus jeunes», peut-on lire dans le rapport du CSSS de la Vieille-Capitale.
Faute de trouver un médecin, plusieurs patients n'auront d'autre choix que d'aller engorger les urgences hospitalières ou de se pointer aux cliniques sans rendez-vous et de causer un allongement de l'attente.
D'ici cinq ans, on prévoit qu'entre 79 et 158 médecins cesseront leur pratique à Québec. Par la même occasion, entre 66 750 et 100 500 personnes à Québec perdront leur médecin de famille. Parmi elles, environ 22 775 sont considérées comme des patients vulnérables. Généralement, ce sont des personnes âgées ayant plusieurs problèmes de santé et qui doivent être suivies régulièrement. Elles risquent d'avoir plus de difficultés à se trouver un médecin.
Plusieurs de ces personnes ne pourront trouver un autre médecin en raison de la règle gouvernementale qui limite le nombre de médecins dans la région de Québec, comme dans les autres régions, et celle qui oblige les médecins frais sortis des universités à travailler un minimum de 12 heures par semaine dans un hôpital à l'urgence ou dans d'autres services. Les médecins plus âgés ne sont pas tenus de faire des heures dans un hôpital ou un CHSLD, bien qu'un bon nombre le fassent.
On estime que l'arrivée de deux nouveaux jeunes médecins est nécessaire pour assumer l'offre de soins de première ligne avec rendez-vous d'un médecin qui part à la retraite. Actuellement, 30 % des jeunes médecins ne font pas de rendez-vous. Le tiers d'entre eux ne le font que durant une période variant entre une heure et 15 heures par semaine.
«Si on considère qu'un nouveau médecin prend généralement en charge 500 patients en début de carrière, il faudra entre 133 et 201 nouveaux médecins pour combler l'offre de soins de première ligne suite aux 78 départs à la retraite qui auront lieu au cours des cinq prochaines années», a-t-on ajouté.
Le rapport recommande que le Ministère délivre davantage de permis de pratique dans la région de Québec et fasse en sorte que les jeunes médecins puissent prendre en charge des patients vulnérables dans les cliniques au lieu d'être obligés de travailler à l'hôpital.
>> EXTRAITS DU RAPPORT
«Les résultats sont clairs et annoncent un bouleversement organisationnel et humain certain si des mesures permettant d'embaucher plus de nouveaux facturants ne sont pas mises en oeuvre à très court terme dans la région.»
«Plusieurs petites cliniques de la ville de Québec sont menacées de fermeture en raison du départ à la retraite imminent de leurs médecins de famille.»
«La pénurie de médecins oblige certaines clientèles vulnérables orphelines de médecins de famille à passer par les sans rendez-vous des cliniques et les services d'urgence des hôpitaux.»
«Le départ à la retraite, au lieu de couronner et de conclure une belle carrière au service de la population, devient souvent pour les médecins sur le départ et leurs collègues un véritable cauchemar et une impasse angoissante.»
«Les clients qui deviennent orphelins de médecin à la suite du départ à la retraite de leur médecin traitant ressentent un grand désarroi qui se manifeste par de l'agressivité envers le personnel des cliniques.»