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Gouvernement c. les compagnies de tabac: l'Association pour le droit des non-fumeurs satisfaite

Michel Corbeil
Le Soleil

(Québec) L'Association pour le droit des non-fumeurs applaudit la décision du gouvernement de poursuivre les cigarettiers. Mais Québec doit prendre garde de ne pas devenir dépendant de l'argent du tabac comme les fumeurs le sont de la nicotine, ajoute-t-elle.

Lors d'une conversation téléphonique, le porte-parole François Damphousse a insisté sur le fait «qu'il n'est jamais trop tard» pour tenir les compagnies responsables des coûts de santé que leur produit a générés.

Depuis le début des années 90, des preuves ont été exposées démontrant «la conspiration (des multinationales engagées dans ce commerce) pour cacher la vérité» sur les dangers de la cigarette et «la campagne pour discréditer» les chercheurs de la santé.

Le gouvernement du Québec réclame 60 milliards$ pour 58 années de soins accordés à des fumeurs. Pour M. Damphousse, Québec commettrait «une grave erreur» s'il engageait «une poursuite uniquement pour aller chercher l'argent des compagnies».

Selon lui, c'est ce qui s'est passé aux États-Unis, où les différents États ont conclu un accord pour être dédommagés de 245 milliards$. Les gouvernements «sont devenus dépendants» des sommes octroyées, à tel point qu'ils ont protégé l'industrie pour continuer de percevoir les dédommagements. Québec doit viser «à contrôler le marché du tabac et à réduire au maximum les impacts» du tabagisme.

Ailleurs dans le ROC

Sept autres provinces ont engagé des poursuites. L'Ontario veut récupérer 50 milliards$; l'Alberta, 10 milliards$. Les deux recours collectifs engagés par des victimes québécoises de la nicotine visent à obtenir 29 milliards$.

L'Association pour le droit des non-fumeurs ne se préoccupe nullement si des jugements condamnant l'industrie pourraient entraîner la fermeture de celle-ci. À la lumière de la stratégie mise de l'avant par les avocats des compagnies, M. Damphousse s'attend à ce qu'elles tentent de laisser traîner en longueur le plus longtemps possible les causes.

La Société canadienne du cancer fait partie des organisations qui accueillent favorablement la décision de Québec. Selon sa coordonnatrice Mélanie Champagne, «au-delà des morts, des cancers et des souffrances, le tabagisme coûte très cher aux Québécois». La Société évalue la facture en coûts directs et indirects à 4 milliards$, tandis que les taxes émanant du commerce direct ne totaliseraient que 850 millions$.

Il n'a pas été possible d'obtenir les commentaires d'un des groupes poursuivis par le gouvernement. Le Conseil canadien de fabricants des produits du tabac n'est qu'une coquille vide «depuis plus de 10 ans, sans président, vice-président et porte-parole», a répondu un «simple gestionnaire», joint à Ottawa.

Selon Radio-Canada, la compagnie Imperial Tobacco a réagi en alléguant que le gouvernement québécois agit avec «hypocrisie». Les fumeurs et les entreprises payent taxes et impôts depuis des années, aurait-on fait valoir. Rothmans, Benson & Hedges a indiqué au Soleil qu'elle ne commentera pas l'affaire.

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