Mégapoursuite contre les cigarettières: le long chemin d'une «petite créance»

Cécilia Létourneau s'est présentée à la Cour des... (Carl Thériault, collaboration spéciale)

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Cécilia Létourneau s'est présentée à la Cour des petites créances, en 1997, à Rimouski, et est devenue de fil en aiguille l'initiatrice d'un recours collectif au nom de 1,8 million de fumeurs québécois, qui sera entendu lundi, soit 14 ans plus tard.

Carl Thériault, collaboration spéciale

Michel Corbeil
Le Soleil

(Québec) Lundi, au palais de justice de Montréal, les fabricants de tabac feront face à une mégapoursuite qui pourrait leur coûter 27 milliards$. Dire que tout ça a commencé par une réclamation de 299,97$ pour des patchs, réclamation déposée par Cécilia Létourneau aux «petites créances» de Rimouski, en 1997.

Quatorze ans plus tard, l'ex-enseignante ne peut s'empêcher de s'amuser de l'ironie de l'histoire, lors d'un entretien téléphonique, depuis son domicile rimouskois.

«Je relisais mes papiers, hier soir - parce que vous imaginez que c'est une affaire qui s'est passée au siècle dernier! Et je me disais : ce qu'ils doivent se mordre les pouces de m'avoir refusé 299,97$!» pour des timbres cutanés de nicotine en vue de se sevrer de la cigarette et... 33$ pour les frais de cour.

Cela s'est produit il y a une éternité. Mais Cécilia Létourneau garde le souvenir très clair du moment où le déclic s'est produit pour d'abord se présenter à la Cour des petites créances pour ensuite devenir l'initiatrice d'un recours collectif au nom de 1,8 million de fumeurs québécois.

C'est arrivé, lors d'une visite chez son médecin, en 1996. Le Dr André Vanasse, un spécialiste en santé publique, lui a répété que fumer, ce qu'elle faisait depuis ses 19 ans, en 1964, n'était pas bon pour sa santé. «Je n'ai pas assez de volonté», lui a-t-elle dit avant de se faire répondre qu'elle «n'était pas du genre à ne pas avoir de volonté. Ça pourrait être autre chose».

Sur le coup, se rappelle-t-elle, «je ne l'ai pas cru». Mais elle est retournée avec de la littérature scientifique, chez elle. Son problème, a-t-elle découvert, ce n'était pas la volonté, c'était la dépendance envers un produit dont on lui avait caché le danger d'accoutumance.

Ses tentatives d'arrêter ce qui lui était présenté comme une simple mauvaise habitude avaient échoué. Ce qu'elle percevait, chaque fois, comme un échec. «Une claque» à son estime de soi.

Une surprise de taille l'attendait, au matin de l'audition devant la Cour des petites créances. «Une armada d'avocats» d'Imperial Tobacco, confie-t-elle. «Je pensais que les avocats ne plaidaient pas aux petites créances, mais ils étaient là. Avec de grandes valises... Et je suis seule de mon côté.»

L'affaire ne sera jugée qu'en mars 1998. Mme Létourneau s'est trouvé un procureur. Le juge rejette ses prétentions. Six mois plus tard, un recours collectif est déposé en son nom pour tous les adeptes de la cigarette du Québec. Un autre recours collectif surgira, en novembre, au nom de Jean-Yves Blais et soutenu par le Conseil québécois sur la santé et le tabagisme. Tous deux seront entendus, à partir de lundi, au palais de justice de Montréal.

Cécilia Létourneau se sent comme «coincée entre deux gros organismes», deux géants, que sont le lobby du tabac et son alter ego, le lobby antitabac. «Ce que je veux continuer de faire, c'est de représenter le simple citoyen» qui n'est habituellement pas entendu s'il ne fait pas partie d'un groupe de pression ou d'intérêt.

La Rimouskoise savoure le début des audiences comme une «victoire en soi. Ç'a pris 13 ans, mais ça signifie que beaucoup de monde se sont tenus debout dans le monde judiciaire et ne pas se laisser écraser par l'industrie.

«Nous serons entendus. Enfin, le grand public aura accès à toute l'information [sur les agissements des cigarettiers]. C'est là qu'il pourra réaliser qu'il s'est fait manipuler par cette industrie.»

Mme Létourneau confesse avoir eu des moments de découragement. Elle reconnaît qu'elle a été l'objet de sarcasmes au début de ses démarches. Mais elle a maintenant une inébranlable foi dans sa victoire - et dans les jeunes avocats qui défendent le recours.

Cécilia Létourneau a 65 ans. Et, répond-elle au Soleil, elle fume encore. Arrêtera-t-elle un jour? «Je ne le sais vraiment pas. Il n'y a pas de cure miracle contre la dépendance. Vous réalisez qu'être fumeur, c'est très pénible, de nos jours.» Au fil des arrêts, des rechutes et des échecs, «c'est comme si j'avais démissionné face à ça. C'est plus grand que moi».

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