L'attente à l'urgence a un effet sur la santé

L'engorgement des urgences peut être particulièrement néfaste pour les... (Photothèque Le Soleil)

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Pierre Pelchat
Le Soleil

(Québec) L'engorgement des urgences peut être particulièrement néfaste pour les personnes âgées. Un séjour prolongé à l'urgence entraîne inévitablement une détérioration de leur état de santé lorsqu'elles sont immobilisées trop longtemps sur une civière.

«Si vous gardez votre patient âgé pendant 48, 72 heures [à l'urgence], s'il avait 70 ans quand il est arrivé, quand il va monter à l'étage, il aura 75 ans», a illustré le ministre de la Santé, le Dr Yves Bolduc, au colloque sur la congestion dans les urgences qui s'est tenu à Lévis, au cours des deux derniers jours.

Le président de l'Association des médecins d'urgence du Québec, le Dr Bernard Mathieu, a fait part des conclusions d'études dans des urgences aux États-Unis et en Ontario qui vont dans le même sens.

«Si vous comparez les gens qui sont restés 24 heures et plus sur civière à l'urgence après la demande d'hospitalisation et ceux qui sont restés moins de deux heures, la durée de séjour à l'hôpital avait augmenté de trois jours, soit de 5,6 à 9,9 jours. En plus, cela a fait augmenter le coût de la durée de séjour à l'hôpital. Il y a aussi le taux de mortalité qui a augmenté», a-t-il indiqué.

Même les personnes qui se sont présentées dans une urgence en Ontario pour un problème mineur ont eu à souffrir de la congestion. «Selon l'étude, le taux de mortalité des personnes avec un problème mineur [P5] qui passe plus de six heures à l'urgence est plus élevé que celui des personnes qui n'ont pas attendu six heures. C'est encore plus évident pour celles qui ont des problèmes [P1] qui mettent leur vie en danger», a ajouté le Dr Mathieu.

Le problème est encore plus prononcé pour les personnes âgées dans les urgences en raison de leur plus grande fragilité. «Après 24 heures d'alitement, une personne âgée perd de 1 à 2% de sa masse musculaire par jour. Au bout de 30 heures, il y a un début de masse osseuse. Quand on les couche, on commence à être dans le trouble», a dit Gilles Tousignant, consultant en gestion dans le réseau de la santé et ancien gestionnaire au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke.

«Entre 25 et 60% des personnes hospitalisées de 65 ans et plus connaissent une détérioration de leur état fonctionnel. Quinze pour cent connaissent une perte de mobilité à la suite d'une hospitalisation. C'est beaucoup, et 5% ont une perte d'autonomie qui perdure plus de trois mois», a-t-il poursuivi.

Physiothérapeute de formation, M. Tousignant souhaite que l'on fasse bouger les patients qui le peuvent, que les civières soient adaptées pour cela, que l'on évite que les patients soient immobilisés trop longtemps et que l'on fasse plus de place aux aidants naturels dans les hôpitaux.

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