Lucentis: les propos d'Yves Bolduc suscitent des inquiétudes

(Q) Les propos du ministre de la Santé, Yves Bolduc, voulant qu'un dérivé du Lucentis (Avastin) soit utilisé pour traiter la dégénérescence maculaire pouvant conduire à la cécité ont soulevé des inquiétudes parmi les personnes atteintes de cette maladie.

Au cours d'une entrevue au Soleil, le ministre a indiqué mercredi qu'il n'écartait pas la possibilité d'offrir l'Avastin qui est beaucoup moins coûteux que le Lucentis.

Il attend un avis de l'Institut national d'excellence en santé et services sociaux (INESSS) à ce sujet avant de prendre une décision. Ce rapport qui est en préparation depuis quelques mois doit être communiqué «sous peu».

Le directeur général de l'Association québécoise de dégénérescence maculaire (AQDM), André Lavoie, s'oppose à l'utilisation de l'Avastin estimant qu'il est plus nocif que le Lucentis. Il a invité le ministre à «ne pas prioriser des objectifs budgétaires aux dépens de la santé publique en favorisant un médicament moins coûteux mais combien plus nocif».

M. Lavoie s'est appuyé sur un avertissement récent de Santé Canada à l'attention des professionnels de la santé concernant des cas d'infections à la suite de l'administration d'Avastin dans les yeux de personnes atteintes de dégénérescence maculaire.

Bien que les enquêtes ne soient pas terminées, ces infections auraient causé la cécité de certaines personnes traitées. Elles seraient attribuables au reconditionnement du médicament sans une technique aseptique adéquate. Les posologies de l'Avastin sont faites pour le traitement du cancer du colon et sont 500 fois plus fortes que celles pour le traitement de la dégénérescence maculaire.

M. Lavoie, qui a mené la lutte pour obtenir la gratuité des injections de Lucentis, évoque également les effets secondaires importants causés par l'Avastin pour demander qu'il ne soit pas utilisé. Il a mentionné des saignements dans l'oeil, des cataractes, des crises cardiaques et des AVC.

Par contre, un premier rapport de l'INESSS de juillet dernier fait état d'études qui montrent que les deux médicaments donnent d'aussi bons résultats après un an de suivi. De plus, les études indiquent «une innocuité acceptable et similaire entre les deux traitements, avec une absence de différence statistiquement significative dans les effets oculaires indésirables». Toutefois, on reconnaît que des mesures particulières pour éviter des contaminations doivent être prises avec l'Avastin à la différence du Lucentis.

En outre, on apprend que l'Avastin est utilisé depuis quelques années au Canada, aux États-Unis et en Europe pour soigner la dégénérescence maculaire bien que le fabricant n'ait pas fait une demande d'homologation.

Les deux médicaments ont été développés par le centre de recherche Genetech, propriété de la pharmaceutique Hoffman La Roche, qui commercialise l'Avastin. Après entente, Novartis Pharma Canada assure la vente du Lucentis.

Selon le rapport de l'INESSS, le coût annuel du traitement d'un oeil avec le Lucentis revient à 18 900 $ comparativement à 600 $ avec l'Avastin.

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