C'est en ces termes que le syndicat des 3000 infirmières, inhalothérapeutes et infirmières auxiliaires et l'employeur ont qualifié les nouvelles conditions de travail qui ont été entérinées dans une proportion de 84,5 % par les syndiquées lors de trois assemblées cette semaine.
À partir de septembre, toutes les infirmières présentement à temps partiel pourront avoir un poste à temps complet. Les deux parties ont convenu également qu'il n'y aura plus de petits postes à temps partiel de deux ou trois jours. Tous les postes à temps partiel seront d'un minimum de quatre jours à l'avenir, à l'exception de 10 % des postes.
Cette nouvelle approche tranche radicalement avec la gestion des dernières années dans le milieu hospitalier francophone, où on avait multiplié les petits postes à temps partiel pour réduire les coûts.
«C'est une révolution. C'est très audacieux ce qu'on fait là. Nos solutions sont audacieuses parce que le défi est grand avec le problème de la pénurie d'infirmières, les heures supplémentaires obligées. On ne peut pas s'attaquer à ça avec des demi-mesures», a commenté, vendredi, le directeur des ressources humaines du CHUQ, Michel Boudreault.
«C'est une très bonne nouvelle. C'est un virage qui était essentiel. Ce sont des solutions porteuses pour l'avenir qui sont incontournables pour assurer des conditions de travail optimales pour les professionnels en soins et pour la population, une accessibilité aux soins maximale», a affirmé la présidente de l'Alliance des syndiquées interprofessionnelles du CHUQ, Nancy Bédard.
Répercussion majeure
M. Boudreault a convenu que la nouvelle donne des postes offrira une meilleure garantie de maintien des services. «L'impact sera majeur. Ça va éviter des fermetures de lits, des ruptures de services parce qu'on est toujours sur la ligne. C'est très critique, notre situation comme ailleurs aussi», a-t-il avancé. La direction du Centre hospitalier universitaire de Québec - qui regroupe le CHUL, L'Hôtel-Dieu et l'hôpital Saint-François d'Assise - ne prévoit pas défoncer son budget en donnant des postes à temps complet à toutes les infirmières à temps partiel qui le demanderont.
«Ça nous a coûté 6 millions $ l'an dernier en temps supplémentaire pour les infirmières. C'est notre marge de manoeuvre. On aime mieux payer du temps régulier que du temps supplémentaire», a dit le directeur des ressources humaines.
Pas de pertes d'emplois
D'autre part, le syndicat a obtenu l'assurance qu'il n'y aura pas de pertes d'emplois chez les infirmières avec l'augmentation attendue du nombre de postes à temps complet et de l'allongement des heures de celles qui demeureront à temps partiel. Mme Bédard ne craint pas cette possibilité compte tenu de la grande pénurie d'infirmières et qu'il est déjà difficile de prendre des congés fériés.
D'autre part, l'employeur pourra mettre en place plus de postes avec des journées de travail de 12 heures et des postes en rotation jour-soir et jour-nuit. Les postes en rotation avaient soulevé beaucoup d'inquiétude chez des infirmières ayant obtenu un poste de jour après des années d'attente. «Ce sera sur une base volontaire. Il n'y aura aucune obligation pour nos membres de prendre ces postes. Celles qui voudront conserver leur poste tel qu'il est actuellement pourront le faire», a précisé la présidente du syndicat. Mme Bédard croit que l'entente conclue au CHUQ pourrait faire des petits dans d'autres hôpitaux francophones au Québec qui sont aux prises avec un grave manque d'infirmières. «Nous sommes les premiers à avoir une entente au niveau local. Les autres hôpitaux négocieront à l'automne. Ça trace peut-être la voie pour d'autres tout en sachant que les problèmes au CHUQ ne sont pas nécessairement ceux que l'on retrouve dans des CHSLD à Montréal. Ce n'est pas du mur à mur», a-t-elle répondu.
Par ailleurs, l'entente prévoit que toutes les infirmières, inhalothérapeutes et infirmières auxiliaires auront droit à au moins cinq jours de congé durant les Fêtes peu importe leur ancienneté.