Mme Laberge a fait part de sa décision dans une missive qualifiée de «testament», qui circule depuis la semaine dernière dans Internet. Elle y explique avoir été incapable d'obtenir les «sacro-saints» numéros de produits naturels (NPN) délivrés par Santé Canada aux substances jugées sécuritaires, efficaces et de bonne qualité.
«Nous avons dû reculer et nous rendre à l'évidence que nos produits tels qu'ils sont ne passeraient jamais cette épreuve pharmaceutisante», écrit la dame, qui refuse toute entrevue. Impossible, donc, de savoir combien de produits sont retirés du marché et combien d'emplois sont perdus.
«Une des plus grandes faiblesses de la réglementation des produits de santé naturels vient du fait que les critères d'évaluation et les normes de preuves exigées pour homologuer les produits ont été établis par Santé Canada sans aucune distinction qu'il s'agisse de produits manufacturés par de grandes multinationales ou par des petites et moyennes herboristeries artisanales», poursuit-elle.
L'auteure du livre Ces fleurs qui soignent, qui a formé plusieurs herboristes, insiste sur le fait que la nature ne donne pas des plantes aux mêmes caractéristiques d'une année à l'autre, rendant impossible l'uniformité des lots.
Un «gros choc»
Lisette Savoie, conseillère chez Alimentex à Limoilou et étudiante en herboristerie, explique que Danièle Laberge est «une sage dans le domaine, un modèle». Elle qualifie sa retraite prématurée de «gros choc». «Il y aura moins de produits sur le marché. Il va falloir commencer à faire les teintures [concentrés de plantes liquides] à la maison. Ce n'est pas évident pour les clients», dit-elle.
«La réglementation actuelle fait que les petits joueurs vont disparaître», déplore Michaël Deslandes, vice-président de l'Association canadienne des manufacturiers de produits naturels. Si l'Armoire aux herbes est la première à jeter l'éponge, plusieurs autres sont en grandes difficultés financières, ajoute-t-il. Même de gros joueurs comme Adrien Gagnon se plaignent de la complexité administrative du Règlement sur les produits de santé naturels.