Du Ritalin pour mieux étudier: attention, danger!

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Selon différentes études américaines, la proportion d'étudiants qui consomment des médicaments sans prescription pour améliorer leurs performances cognitives varie de 3 % à 11 %.

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Daphnée Dion-Viens
Le Soleil

(Québec) En fin de session, lorsque les nuits sont trop courtes pour le travail à abattre, tous les moyens sont bons pour garder les étudiants bien éveillés. Plusieurs ingurgitent des litres de cafés ou de boissons énergisantes, alors que d'autres optent pour... le Ritalin. Un phénomène qui inquiète le chercheur Éric Racine, de l'Université de Montréal, qui s'est penché sur la question.

«C'est une tendance qui a été observée dans plusieurs campus nord-américains. On n'a pratiquement aucune donnée ici sur les étudiants universitaires, mais il n'y a pas de raison de croire que la situation est différente chez nous. C'est inquiétant», affirme le Dr Racine, qui est directeur de l'Unité de recherche en neuroéthique à l'Institut de recherches cliniques de l'Université de Montréal.

Selon différentes études américaines, la proportion d'étudiants qui consomment des médicaments sans prescription pour améliorer leurs performances cognitives varie de 3 % à 11 %. Ce chiffre grimpe même à 20 % selon un sondage effectué récemment pas la revue Nature, dont la méthodologie est toutefois moins rigoureuse sur le plan scientifique.  Le méthylphénidate, mieux connu sous le nom de Ritalin, est le médicament cité dans la majorité des cas (62 %).

De manière générale, ces études démontrent qu'il y a une hausse généralisée de l'usage de médicaments sans ordonnance. Tous les moyens sont bons pour s'en procurer, que ce soit par le biais des pharmacies en ligne ou de connaissances qui troquent ou vendent leurs pilules de Ritalin, obtenues par une ordonnance en bonne et due forme.

Le Ritalin, prescrit habituellement aux jeunes aux prises avec un trouble de déficit d'attention avec hyperactivité (TDAH), permettrait de rester plus longtemps éveillé, de se concentrer plus facilement et d'améliorer la mémoire. Mais attention, le jeu n'en vaut vraiment pas la chandelle, prévient le Dr Racine.

«Il y a toujours des risques à prendre un médicament pour lequel on n'a pas de prescription», rappelle-t-il. Le Ritalin comporte sa liste de contre-indications, notamment pour les gens souffrant de problèmes cardiovasculaires.

La performance à tout prix

Pour mieux comprendre le phénomène, le Dr Racine a mené une étude qualitative sur le sujet, par le biais d'une dizaine de groupes de discussion. Au total, 29 étudiants, 21 parents d'étudiants universitaires et 15 professionnels de la santé y ont participé. Les résultats ont été présentés à la mi-novembre lors du congrès de la Neuroethics Society, à Washington.

Un premier constat : c'est d'abord la recherche de la performance qui pousserait les étudiants à se tourner vers le Ritalin, ont affirmé les participants (dont sept étudiants qui en ont déjà consommé dans le cadre de leurs études). «Les étudiants font face à une très forte pression. Un A, ce n'est plus suffisant. C'est un A+  qu'il faut obtenir», explique le Dr Racine.

Du même souffle, on assiste aussi à une banalisation du phénomène, ajoute le chercheur. «On prend du café pour nous stimuler, alors pourquoi pas du Ritalin ?» a lancé un étudiant. «Pour certains, il s'agit d'un moyen comme un autre, d'un choix qui doit être fait selon des valeurs individuelles», explique le Dr Racine, qui s'inquiète du peu de remise en question de cette pratique par les participants, à l'exception des professionnels de la santé. Le contexte de performance semble inciter les étudiants et parents à accepter plus facilement cette pratique.

Au Québec, la consommation de Ritalin a connu une croissance fulgurante depuis les années 90. Entre 1997 et 2007 seulement, le nombre de personnes qui consomment du Ritalin a doublé, passant de 13 700 à 26 700 individus, selon les chiffres de la Régie de l'assurance maladie du Québec.

Effets secondaires

Le Dr Racine n'est pas le seul à s'inquiéter. La psychiatre Anne Vincent, du Centre hospitalier Robert-Giffard, met aussi les étudiants en garde contre les dangers de consommer du Ritalin sans prescription. «Le Ritalin et la famille des psychostimulants peuvent augmenter le rythme cardiaque et la tension artérielle. Chez les gens qui sont prédisposés à des problèmes cardiaques, ça peut être dangereux. De toute façon, prendre une médication sous ordonnance sans prescription, peu importe le médicament, comporte des risques», rappelle la Dr Vincent.

Avant de se gaver de pilules, il faut se demander pourquoi on ressent le besoin d'en prendre et éviter que la situation ne se reproduise, ajoute-t-elle. Vaut mieux changer ses habitudes de vie, mieux gérer son temps d'étude et avoir recours au tutorat plutôt que de mettre sa santé en jeu.

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