Débat du NPD: la neutralité religieuse de l'État divise les candidats

Le huitième et dernier débat entre les candidats... (La Presse, Robert Skinner)

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Le huitième et dernier débat entre les candidats (de gauche à droite) Guy Caron, Niki Ashton, Jagmeet Singh et Charlie Angus aura lieu à Vancouver le 10 septembre. Les résultats du premier tour de scrutin seront connus le 1er octobre.

La Presse, Robert Skinner

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Mylène Crête
La Presse Canadienne
Montréal

La question de la laïcité s'est imposée dimanche lors du débat des quatre candidats à la direction du Nouveau Parti démocratique (NPD). L'événement qui se déroulait au Club Soda à Montréal a fait salle comble.

D'entrée de jeu, le député fédéral Guy Caron - le seul Québécois de la course - a abordé cet enjeu controversé dans sa déclaration d'ouverture, invitant le parti clarifier sa position pour concilier «la réalité canadienne avec les aspirations québécoises».

«Refuser ce débat, c'est laisser toute la place à la droite réactionnaire. La laïcité devrait être à notre image : progressiste et inclusive. Rejeter la laïcité parce qu'on pense que c'est juste du racisme, c'est ne pas comprendre le Québec», a-t-il affirmé tout en précisant qu'il ne croyait pas que l'État devrait dicter à ses citoyens ce qu'ils devraient porter, mais qu'il respectait le droit de l'Assemblée nationale à légiférer sur cette question. Il éviterait donc d'alimenter toute contestation judiciaire d'une éventuelle loi québécoise.

Guy Caron a talonné son rival, Jagmeet Singh, qui s'oppose au projet de loi du gouvernement du Québec sur la neutralité religieuse de l'État parce qu'il brime les libertés individuelles garanties par la charte. Le député provincial de l'Ontario de religion sikhe porte le turban et le kirpan.

«Je ne suis pas ici pour vous convaincre d'accepter mon turban ni ma barbe, a affirmé ce dernier en ouverture. Je veux vous convaincre que je suis quelqu'un qui partage les mêmes valeurs que vous : les valeurs sociales-démocrates et progressistes.»

Dans une déclaration diffusée avant le débat, M. Singh avait souligné l'importance de protéger les droits individuels et des minorités tout en respectant le principe de séparation de la religion et de l'État. Il appelait les non-musulmans à être solidaires avec les musulmans qui vivent «une montée d'intolérance et de violence à leur endroit» et soulignait l'existence de la Charte québécoise des droits et libertés qui, tout comme la Charte canadienne des droits et libertés, protège la liberté de religion.

Lors d'un échange entre ces deux candidats, Guy Caron lui a demandé jusqu'à quel point il était prêt à aller pour «nier la volonté de l'Assemblée nationale» sur la question de la neutralité religieuse de l'État.

«Si le gouvernement québécois décide de privatiser le système de santé, oui comme premier ministre je vais dire non ce n'est pas acceptable parce qu'on a des valeurs. Ce n'est pas une question de respecter. C'est une question de nos valeurs», a répondu M. Singh avec cette comparaison.

En point de presse à la suite du débat, il a clarifié sa position en soulignant qu'il n'utiliserait pas des fonds fédéraux pour contester la loi québécoise sur la neutralité religieuse de l'État si elle était adoptée dans sa forme actuelle. La responsabilité revient à la communauté de lancer une contestation judiciaire, a-t-il précisé.

Portée élargie du projet de loi

Le gouvernement Couillard vient d'élargir la portée du projet de loi 62 sur la neutralité religieuse de l'État aux municipalités et aux sociétés de transport. En vertu de ce projet de loi, les services publics doivent être donnés et reçus à visage découvert. Il est toujours à l'étude.

Les députés fédéraux Niki Ashton et Charlie Angus s'opposent également au projet de loi 62 tout en reconnaissant le droit du Québec de débattre de la question.

«Ma position est claire : on ne peut pas dire à une femme ou à n'importe qui ce qu'elle peut porter, a affirmé Niki Ashton. Il faut être clair que les lois au pays ne violent pas la charte des droits et liberté. Il faut aussi respecter le Québec.» La candidate manitobaine s'est dite préoccupée par le «Québec bashing» suscité par cette question et a invité les progressiste à combattre la suprémacie blanche.

Elle a ensuite indiqué en point de presse qu'elle serait prête à considérer une contestation judiciaire de la loi québécoise si elle était chef du NPD.

«Je ne crois pas aux politiciens qui dictent comment ces femmes doivent s'habiller, a souligné pour sa part Charlie Angus. J'ai un problème avec cette position, mais cette conversation existe ici au Québec.» Il a ajouté avoir confiance que les voix progressistes allaient pouvoir suggérer un équilibre entre les droits individuels et les droits de la société. Il n'a toutefois pas voulu préciser quel était cet équilibre lorsqu'il a répondu aux questions des journalistes après le débat.

Le nombre de députés néo-démocrates québécois a fondu lors des dernières élections fédérales, passant de 59 à 16. Plusieurs de ces élus estiment que le parti doit regagner le coeur des Québécois à temps pour celles de 2019 s'il aspire réellement à former un gouvernement.

Qualité du français

Le débat, qui déroulé presque entièrement en français, était l'occasion d'évaluer la maîtrise de la langue des quatre candidats et de comparer leurs propositions pour le Québec.

Charlie Angus, Niki Ashton et Jagmeet Singh, dont la langue maternelle est l'anglais, sont tous capables de s'exprimer en français à des degrés divers. Niki Ashton a réussi à tirer son épingle du jeu tandis que les réponses en français de Charlie Angus et Jagmeet Singh étaient à l'occasion difficiles à comprendre en raison d'erreurs d'élocution et de syntaxe.

«C'est essentiel d'améliorer mon habileté à parler en français», a admis Charlie Angus en soulignant qu'il s'agit une qualité incontournable pour le prochain chef du NPD.

Le député de Rimouski-Neigette-Témiscouata-Les Basques, Guy Caron, dont le français est la langue maternelle, a prouvé qu'il maîtrisait les enjeux québécois.

Le débat a permis aux quatre candidats de débattre de questions variées, comme celle des demandeurs d'asile, de la lutte contre les changements climatiques et de l'égalité homme-femme.

Sur la question de la constitution canadienne, les quatre candidats se sont tous dit ouvert à un dialogue avec le Québec pour qu'il puisse éventuellement adhérer à la loi fondamentale du pays tout en indiquant qu'il faudrait aussi inclure les peuples autochtones.

Il reste moins d'un mois avant le début du vote en ligne le 18 septembre. Le dernier débat aura lieu à Vancouver le 10 septembre. Le NPD comptait un peu plus de 1000 membres du Québec à la fin de 2016. Les chiffres sur le nombre de militants recrutés durant la course à la direction seront connus cette semaine.

***

Quelques perles

«On ne peut s'appeler féministe quand on fait la vente d'armes à des pays comme l'Arabie Saoudite qui ciblent les femmes et les membres de la communauté LGBTQ!» Cette flèche décochée par Niki Ashton au premier ministre Justin Trudeau lui a valu des applaudissements spontanés de la part des militants du NPD.

«J'appuie!», a répondu Charlie Angus en riant à une question des modérateurs sur l'avenir de la monarchie au Canada. Il a clarifié sa position en point de presse après le débat. «Ma famille, c'était des nationalistes d'Écosse. Ma grand-mère s'opposait à la Reine. Donc, la monarchie pour moi? Au Canada, maintenant, pourquoi?»

«Avec respect, je ne perdrai pas!» Cette déclaration de Jagmeet Singh a soulevé des rires dans la foule. Charlie Angus lui demandait s'il se présenterait comme candidat aux prochaines élections fédérales s'il perdait à la course à la direction du NPD ou s'il retournerait siéger à la législature ontarienne. Jagmeet Singh a évité la question une deuxième fois. «Avec grand respect, quand je vais gagner, je vais me présenter à l'élection fédérale», a-t-il répété.

«Quand on fait du porte-à-porte et on dit que le NPD est en faveur du programme universel de garderie, puis de l'assurance-médicament, ça ne résonne pas trop fort à Rimouski. Je peux vous le dire», a constaté Guy Caron en réponse à une question sur les politiques que son parti devrait mettre de l'avant pour le Québec au cours de la prochaine campagne électorale.

***

Candidats à la direction du NPD

Charlie Angus: 54 ans, député de Timmins-Baie James (Ontario) depuis 2004, ex-président du caucus du NPD et ex-porte-parole pour les affaires autochtones. 

S'exprime en français avec hésitation. 

Nombre d'appuis au caucus: deux, dont la députée Christine Moore. 

Autres appuis notoires: le scientifique et environnementaliste David Suzuki, la présidente de l'Alliance de la fonction publique du Canada, Robyn Benson, de même que les ex-députés fédéraux Andrew Cash et Pat Martin.

Niki Ashton: 34 ans, députée de Churchill-Keewatinook Aski (Manitoba) depuis 2008, ex-porte-parole du NPD en matière d'emploi et de développement de la main-d'oeuvre. 

S'exprime en français avec quelques hésitations. 

Nombre d'appuis au caucus: cinq, dont le député Roméo Saganash. 

Autres appuis notoires: l'ex-député fédéral Joe Comartin. Elle est aussi soutenue par Cherri diNovo, ancienne candidate à la chefferie néo-démocrate actuellement députée à Queen's Park.

Guy Caron: 49 ans, député de Rimouski-Neigette-Témiscouata-Les Basques depuis 2011 (Québec), ex-porte-parole du NPD en matière de finances. 

Bilingue. 

Nombre d'appuis au caucus: trois, dont la députée Ruth Ellen Brosseau et le président du caucus québécois, Robert Aubin. 

Autres appuis notoires: les ex-députés fédéraux Yvon Godin et Rosanne Doré-Lefebvre. Il est également soutenu par l'ex-chef du NPD en Ontario, Howard Hampton.

Jagmeet Singh: 38 ans, député provincial de l'Ontario depuis 2011, chef adjoint du NPD dans cette province. 

S'exprime en français avec certaines hésitations. 

Nombre d'appuis au caucus: six dont la députée Hélène Laverdière. 

Autres appuis notoires: le député fédéral Brian Masse et l'ancienne députée fédérale Mylène Freeman. Il est également soutenu par de nombreux députés provinciaux de l'Ontario et de la Colombie-Britannique.




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