Vers un rôle mondial plus actif pour le Canada

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La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland

La Presse canadienne, Sean Kilpatrick

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Michel Comte
La Presse Canadienne
Ottawa

Le Canada veut jouer un plus grand rôle sur la scène diplomatique mondiale en augmentant ses dépenses militaires pour moins dépendre des États-Unis, qui semblent tentés par un repli et suscitent des doutes sur leur engagement dans l'OTAN.

«Les relations internationales qui semblaient immuables depuis les 70 dernières années sont maintenant remises en question», a estimé mardi la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, devant la Chambre des communes.

Pour préserver et améliorer l'ordre mondial établi au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le Canada devra donc engager «des milliards de dollars» dans sa défense, a poursuivi Mme Freeland, à la veille d'une présentation de la nouvelle politique de défense canadienne.

«Sur le plan militaire, la géographie du Canada nous a permis de compter sur le propre intérêt des États-Unis à nous fournir un bouclier protecteur derrière lequel nous avons trouvé un refuge indirect.»

Or il ne peut plus en être ainsi, a-t-elle expliqué.

Le Canada devra développer ses propres capacités militaires pour établir son «pouvoir de contraindre» (hard power, par opposition au soft power, le pouvoir de convaincre) en soutien à sa diplomatie et au développement international.

«Se débrouiller tout seul»

Il s'agit de se «débrouiller tout seul, d'avoir une politique étrangère qui exprime, en tant que pays souverain et indépendant, ce que nous devons accomplir dans le monde pour garantir notre sécurité et promouvoir aussi nos valeurs», a fait valoir la chef de la diplomatie devant la presse après son intervention à la chambre.

Au dernier sommet de l'OTAN, le président américain Donald Trump a refusé de s'engager explicitement sur un soutien en cas d'agression d'un pays. Il n'a pas mentionné notamment l'article 5, qui prévoit que les alliés volent au secours d'un des leurs en cas d'agression extérieure.

De nombreux Américains favorables à Donald Trump ont voté en novembre «en étant en partie animés par le désir de se libérer du fardeau de chef de file mondial», a expliqué la ministre.

Cette nouvelle indépendance exprimée par Ottawa rappelle des propos tenus fin mai par la chancelière allemande. Angela Merkel avait en effet averti que l'époque où les Allemands pouvaient compter sur les États-Unis sans hésiter était «quasiment révolue».

Le Canada consacre à peine 1 % de son produit intérieur brut à la défense, bien en deçà des 2 % que Donald Trump exige de ses pairs au sein de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord.

Cependant l'OTAN et l'article 5 demeurent «au coeur de la politique de sécurité nationale du Canada», a souligné la ministre canadienne.

«Idée précieuse»

«Si les puissances moyennes ne participent pas pour faire progresser la paix et la stabilité dans le monde, elles laissent aux grandes puissances le pouvoir de prendre les décisions entre elles, ce qui ne serait pas dans l'intérêt du Canada», a encore fait valoir Mme Freeland.

«Le libéralisme canadien est une idée précieuse» qui «ne survivrait pas longtemps dans un monde dominé par l'affrontement de grandes puissances», a conclu la ministre.

«La dictature en Corée du Nord, les crimes contre l'humanité en Syrie, les extrémistes monstrueux de Daech ainsi que l'aventurisme militaire et l'expansionnisme de la Russie présentent tous des menaces stratégiques claires pour le monde libéral démocratique», a-t-elle affirmé.

Le Canada est un plus proches alliés de l'Amérique, mais le premier ministre Justin Trudeau avait peiné à convaincre Donald Trump de sa vision libérale du monde.

La chef de la diplomatie a évité cependant de critiquer les États-Unis, tout en réitérant la déception du Canada face au retrait américain de l'accord de Paris sur le climat.

Dans deux mois, le Canada devra lui-même s'engager dans la difficile renégociation de l'accord de libre-échange ALÉNA, qui lie les États-Unis, le Canada et le Mexique, et que Washington considère comme le «pire accord» jamais signé.




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