Le SCRS a soupçonné les Soviétiques d'avoir volé le journal de Mackenzie King

Le président américain Harry Truman salue la foule... (Archives La Presse, Roger St-Jean)

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Le président américain Harry Truman salue la foule à son arrivée à Ottawa aux côtés du premier ministre canadien William Lyon Mackenzie King, le 11 juin 1947.

Archives La Presse, Roger St-Jean

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Jim Bronskill
La Presse Canadienne
Ottawa

L'agence d'espionnage du Canada suppose que des agents soviétiques ont volé un volume clé du fameux journal de William Lyon Mackenzie King - une théorie décrite dans un nouveau livre sur les intrigues entourant le premier ministre fédéral comptant le plus grand nombre d'années en fonction.

Le volume du journal manquant couvre la majeure partie des deux derniers mois de 1945, une période qui inclut la visite de M. King à Washington pour s'entretenir avec ses homologues des États-Unis et du Royaume-Uni concernant des secrets sur le nucléaire.

L'historien Christopher Dummitt a parcouru des archives pour apporter une nouvelle lumière sur le mystère dans son livre Unbuttoned: A History of Mackenzie King's Secret Life.

Croyances occultes

M. Dummitt, professeur associé en histoire à l'Université Trent à Peterborough, en Ontario, retrace le discours officiel sur la personnalité publique de l'ancien premier ministre et comment l'homme en est venu à être perçu largement comme «Weird Willie» en raison de ses intérêts pour les croyances occultes.

Les dernières volontés de M. King semblent indiquer qu'il souhaitait que ses notes - s'étendant sur plus de 50 ans - soient détruites après sa mort.

Après mûres réflexions, ses exécutants testamentaires avaient remis les volumes détaillés aux archives nationales, et des dévoilements publics ont eu lieu à partir de 1975.

Mais une série de dossiers contenant les notes de M. King sur ses séances avec les fantômes de personnalités comme Leonardo da Vinci ainsi qu'avec ses chiens décédés ont été par la suite brûlés par ses exécuteurs testamentaires.

En 1969, des agents de la sécurité fédérale ont appris qu'il y avait un volume du journal manquant et ont décidé qu'une enquête était nécessaire, mais celle-ci a révélé peu de choses.

Un article de journal en 1984 a ravivé l'intérêt, et une note du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) déclassifiée au début de l'année suivante identifie plusieurs hypothèses sur le sort du document.

Parmi celles-ci figure le vol par les services russes du renseignement ou leurs agents afin d'apprendre ce que M. King, Clement Attlee du Royaume-Uni et Harry Truman, alors président des États-Unis, avaient discuté concernant la bombe atomique et, possiblement, les efforts américains pour identifier des communistes au sein du gouvernement.

Néanmoins, s'il s'agissait des Russes, s'est demandé le SCRS, pourquoi ne pas s'être emparés aussi du volume précédent remontant à la défection de l'employé de l'ambassade soviétique à Ottawa, Igor Gouzenko?

Autres hypothèses

Le SCRS estimait que quelqu'un d'autre - un cuisinier ou un chauffeur par exemple - pourrait avoir volé le journal avec l'objectif d'en vendre le contenu à des médias.

Une autre possibilité est que M. King, qui est mort en 1950, a détruit lui-même le volume étant donné que ces discussions à Washington touchaient «les enjeux les plus délicats à ce moment, l'espionnage et la bombe atomique», indique la note des services du renseignement.

Ultimement, M. Dummitt suggère un scénario plus probable - le possible vol du volume par un employé aux archives, Jean-Louis Daviault, à qui la tâche de prendre en photo le journal avait été confiée.

Les exécuteurs testamentaires de M. King ont été alertés en 1955 du fait que M. Daviault avait tenté de couler des portions du journal personnel à un média. Il avait plaidé l'ignorance, tout en continuant à travailler aux archives pendant plusieurs mois.

En fait, souligne M. Dummitt, le tout prochain volume qui devait être photographié est celui de 1945 porté disparu. Et si M. Daviault, aujourd'hui décédé, l'avait mis de côté pour des plans futurs?

«Il me semble être toute une coïncidence qu'il s'agisse précisément du volume manquant à ce moment», a fait valoir l'historien en entrevue.




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