L'UPAC ira au bout de Mâchurer

Le commissaire de l'Unité permanente anti-corruption, Robert Lafrenière,... (La Presse canadienne, Jacques Boissinot)

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Le commissaire de l'Unité permanente anti-corruption, Robert Lafrenière, a témoigné en commission parlementaire, jeudi, relativement aux fuites entourant l'enquête Mâchurer sur le financement politique et l'octroi de contrats publics.

La Presse canadienne, Jacques Boissinot

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(Québec) Le patron de l'UPAC, Robert Lafrenière, jure que l'enquête Mâchurer, qui cible notamment l'ex-premier ministre Jean Charest et l'ex-grand argentier libéral Marc Bibeau, ira jusqu'au bout.

La fuite médiatique «d'une déloyauté totale» sur l'enquête a mis le commissaire Robert Lafrenière hors de lui. Devant les parlementaires, jeudi, le patron de l'Unité permanente anticorruption (UPAC) n'a pu mesurer l'ampleur de la fuite dont son organisation a été victime.

Mais l'investigation n'est pas en péril. M. Lafrenière promet que l'enquête Mâchurer mènera au transfert du dossier au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), chargé de déposer des accusations. 

«Celui qui a fait la fuite n'a pas gagné, a affirmé M. Lafrenière. Cette enquête-là va se rendre jusqu'à sa conclusion.» L'enquête Mâchurer porte sur le financement politique et l'octroi de contrats publics. 

Le commissaire assure qu'il «n'y a aucun blocage» dans les enquêtes. Cette «perception» découle des nombreux recours juridiques utilisés par les suspects, avance le commissaire.  «C'est compliqué, c'est des requêtes, a indiqué M. Lafrenière. [...] Ça prend le temps qu'il faut, mais on ne tournera pas les coins ronds.» 

Le commissaire a aussi certifié qu'aucune immunité ne protège les politiciens. En fait, dit M. Lafrenière, une enquête est priorisée lorsque des allégations concernent un élu. Être un politicien est considéré comme un «facteur aggravant», a dit M. Lafrenière. 

«Il n'y a personne au-dessus des lois, a soutenu le commissaire. Les résultats sont là. Il n'y a pas d'immunité pour personne.»

314 accusés à ce jour

Depuis sa création, en 2011, l'UPAC a permis d'accuser 314 personnes, dont 83 ont été condamnées. Le dossier sur les immeubles de la Société immobilière du Québec (SIQ) que des proches du PLQ auraient transigés pour s'enrichir personnellement est «très très très avancé», a indiqué M. Lafrenière. 

Le patron de l'UPAC et le directeur de la Sûreté du Québec (SQ), Martin Prudhomme, disent ne rien savoir des allégations du président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francoeur, au sujet de deux élus libéraux protégés d'accusations criminelles. «Je dois dire qu'on a fait des recherches lorsqu'on a entendu ça, a déclaré M. Lafrenière. Ce que décrivait M. Francoeur ressemblait à notre business. Il a parlé d'écoute électronique. On a reculé avec la SQ et on n'a rien trouvé.» 

Les documents coulés sur Mâchurer proviennent vraisemblablement de l'UPAC, convient le commissaire. Deux enquêteurs planchent présentement à dénicher «le bandit qui a fait ça». Une centaine de personnes travaillent sur l'enquête. M. Lafrenière évoque aussi la possibilité d'un piratage. Depuis la fuite, les systèmes informatiques des différentes divisions de l'UPAC ont été cloisonnés pour limiter leur accès.

«Très indépendant»

Interrogé sur l'indépendance de l'UPAC face au pouvoir politique, le commissaire a assuré n'avoir jamais subi de tentative d'influence. «Et imaginez-vous le risque pour un politicien ou un membre de cabinet qui appellerait à l'UPAC pour essayer d'avoir de l'information, a noté M. Lafrenière. Ce serait catastrophique pour lui. Tout se sait aujourd'hui. Moi, je me sens très indépendant.» Aucune date n'est fixée pour l'étude du projet de loi 107 qui prolongera à sept ans le mandat du commissaire et changera son mode de nomination. 

Les partis d'opposition s'inquiètent qu'il n'y ait pas eu plus d'arrestations récemment, du temps pris pour certaines enquêtes, du climat de travail à l'UPAC et de l'indépendance du commissaire. «Le gouvernement libéral est le seul à nommer le commissaire et l'UPAC enquête sur le gouvernement, a illustré le péquiste Pascal Bérubé. Voyez la situation dans laquelle on se retrouve.»

***

Zambito: «On n'a pas la vérité encore»

Lino Zambito, l'un des témoins clés de la Commission Charbonneau, soutient que le patron de l'UPAC n'a pas tout dit sur ses liens avec le bureau du premier ministre. 

L'ex-propriétaire d'Infrabec, qui a reconnu en 2015 sa culpabilité à six chefs d'accusation de fraude, de complot et de corruption, s'est déplacé pour assister au passage de Robert Lafrenière à l'Assemblée nationale. 

«J'ai été rencontré en juin passé par deux enquêteurs de la Sûreté du Québec [pour] une enquête administrative sur les liens entre M. Lafrenière et le bureau du premier ministre, a déclaré M. Zambito. J'ai été témoin à cette enquête-là. Quand je vous dis qu'on n'a pas la vérité encore...»

Devant les parlementaires, M. Lafrenière a indiqué n'avoir eu que deux conversations, en 2014, avec le chef de cabinet de M. Couillard, pour des questions techniques. 

M. Zambito, qui a été placé sous écoute par les policiers l'automne dernier dans le cadre de l'enquête Mâchurer, a déclaré cette semaine avoir perdu confiance en M. Lafrenière, qu'il soupçonne de faire de la politique. 

Devoir de citoyen 

M. Zambito était accompagné au parlement par le syndicaliste Ken Pereira, qui avait dénoncé les pratiques de dirigeants de la FTQ, et par Luigi Coretti, l'ancien patron de BCIA, dont les accusations pour fraudes ont été abandonnées en raison de délais déraisonnables. Ils disent être venus pour faire leur devoir de citoyen. 

«Ils ne m'ont rien montré pour [que je cesse de me comporter] comme un citoyen averti, a commenté M. Pereira. Je ne trust pas ça encore. Je veux en savoir plus.» 

Le commissaire Lafrenière a rejeté l'idée qu'il utilisait ses enquêtes pour servir ses propres intérêts politiques. «C'est notre agenda d'enquête criminelle qui prime et moi, l'agenda politique, je n'en ai rien à cirer», a-t-il lancé.




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