Encore des réserves chez les plus vieux militants du pot

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«Je crois que le climat social va s'adoucir concernant le cannabis», a affirmé Marc-Boris Saint-Maurice, du Centre compassion de Montréal, dispensaire de cannabis médical depuis 1999.

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<p>Ian Bussières</p>

(Québec) S'ils sont heureux de voir que le gouvernement fédéral légalisera le cannabis d'ici l'été 2018, certains des plus vieux militants québécois ont encore des réserves concernant le projet de loi déposé jeudi aux Communes.

«Au moins, je crois que le climat social va s'adoucir concernant le cannabis», a affirmé Marc-Boris Saint-Maurice, du Centre compassion de Montréal, dispensaire de cannabis médical depuis 1999. Celui-ci constate cependant que certaines de ses craintes concernant le projet de loi semblent s'avérer.

«Quand j'entends le ministre de la Sécurité publique parler de vérification des antécédents criminels, ça veut dire que les gens qui, comme moi, ont un dossier judiciaire en matière de cannabis seront exclus de l'industrie», déplore M. Saint-Maurice, qui traîne un dossier judiciaire depuis l'âge de 21 ans. «C'est pour ça que je suis devenu militant», précise-t-il.

Shantal Arroyo, propriétaire du dispensaire de cannabis thérapeutique La Croix Verte de Montréal, est beaucoup plus optimiste. «J'attends ce moment depuis tellement longtemps, je ne pensais pas que ça arriverait de mon vivant, alors je vois ça super positif», indique-t-elle au Soleil.

Quant aux limites de 30 g de cannabis et de quatre plantes par personne, elle souligne que le gouvernement devait tracer une ligne quelque part. «S'il était trop restrictif, le marché parallèle allait continuer et s'il était trop permissif, ça n'aurait pas eu l'air sérieux», indique celle qui croit toutefois que les normes seront élargies dans quelques années. «Je ne crois pas que les quantités permises seront les mêmes dans cinq ans.»

«Erreur majeure»

Mme Arroyo croit tout de même que de fixer une limite au nombre de plants est «une erreur majeure». «Ce n'est pas le nombre de plantes qui détermine la quantité de cannabis ou de tétrahydrocannabinol [THC], mais la quantité de lumière. Avec quatre plants et beaucoup de lumière, je peux te faire facilement six livres de cannabis. Le gouvernement est bien intentionné, mais aurait besoin de l'expertise de gens comme nous», indique celle qui aurait aimé que les dispensaires comme le sien soient impliqués dans l'élaboration du projet de loi.

M. Saint-Maurice abonde dans le même sens. «C'est facile de produire plus de 30 g de cannabis avec quatre plantes, même si tu les laisses dehors sans aucun effort. Ainsi, plusieurs pourraient se retrouver dans l'illégalité sans le savoir. Et on nous parle de peines criminelles plus sévères pour les gens qui fonctionneraient à l'extérieur du système établi, par exemple, qui auraient plus de 30 g de cannabis. Comme ça, ce n'est plus la légalisation, c'est la prohibition 2.0», déplore-t-il.

Inquiétudes

Si elle affirme ne pas avoir l'intention de se lancer dans le commerce du cannabis à des fins récréatives, Shantal Arroyo craint cependant de voir le marché du cannabis médical souffrir ou même disparaître avec l'arrivée de cette autre filière.

«En tant que militante, je suis inquiète pour mes patients médicaux. Ici au Québec, ce n'est pas possible d'avoir une prescription sans payer et sans attendre des mois. Les gens vont faire quoi, vous croyez? Ils vont aller vers l'automédication et le cannabis récréatif. Je pense plutôt que l'avenue du futur est un réseau de boutiques spécialisées avec des herboristes et des infirmiers, car même pour le récréatif, les gens ont besoin d'être guidés», explique-t-elle.

Marc-Boris Saint-Maurice voit de son côté les multinationales de produits pharmaceutiques et de tabac tenter de prendre toute la place au détriment d'entreprises comme la sienne. «Ces entreprises ont amassé des milliards $ en capitalisation boursière, alors elles veulent occuper tout le terrain. Pourtant, moi je vois ça comme pour le vin et la bière : il devrait y avoir de la place pour les gros joueurs, mais aussi pour les microbrasseries.»

D'ailleurs, M. Saint-Maurice croit que si le consommateur n'aime pas le nouveau système, il continuera de s'approvisionner comme il le faisait avant auprès du marché parallèle. «Et ce ne sera pas sa faute à lui, mais bien celle du gouvernement», termine-t-il.

Formation nécessaire croit Lehouillier

Le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, insiste sur l'importance de la formation pour ses policiers lorsque le cannabis deviendra légal. 

«Si la nouvelle législation est mise en oeuvre, il y aura de la formation à faire pour assurer une transition harmonieuse comme à chaque fois qu'un produit illicite devient légal soudainement», a-t-il déclaré jeudi en point de presse.

Il souhaiterait toutefois que la législation n'amène pas la nécessité d'augmenter les effectifs policiers de façon importante. «Si c'est le cas, on va intervenir. Les corps de police, ce n'est pas quelque chose qu'on peut étirer à l'infini. Si la loi est bien faite, ça ira, mais sinon, il y a des flous qui vont se régler devant les tribunaux», a-t-il poursuivi.

Présentement, pour détecter le cannabis au volant, deux systèmes basés sur des échantillons de salive ont été mis à l'essai dans les corps de police de Gatineau, Halifax, Toronto et Vancouver, à savoir la technologie américaine DDS2 de la compagnie Alere et le Drugwipe de la société allemande Securetec.

Comme la police de Lévis, celle de Québec ne dispose pas encore de ces appareils et ses agents n'ont pas encore été formés à les utiliser.  Ian Bussières et Annie Morin




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