Maxime Bernier: l'étonnant marathon du négligé

Pendant qu'on le tourne en ridicule au Québec,... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

Agrandir

Pendant qu'on le tourne en ridicule au Québec, Maxime Bernier est devenu l'un des meneurs dans la course à la direction du Parti conservateur du Canada.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Le député de Beauce Maxime Bernier est la tête de Turc des caricaturistes depuis 2008, année de sa démission du cabinet Harper pour avoir laissé traîner des documents confidentiels chez son amoureuse Julie Couillard. Serge Chapleau en a fait un de ses personnages dans la populaire émission ICI Laflaque, et ce n'est pas pour lui rendre hommage...

Mais pendant qu'on le tourne en ridicule au Québec, Bernier est devenu l'un des meneurs dans la course à la direction du Parti conservateur du Canada. Les sondages et même le Globe and Mail lui concèdent une position de tête, à égalité avec Kevin O'Leary, le populaire animateur anglophone qui copie la campagne de Donald Trump aux États-Unis.

Comment expliquer le succès de ce Beauceron sans complexe, immensément populaire dans sa circonscription, mais ignoré par les médias dans sa province natale?

Je lui ai posé la question sans détour au cours d'une entrevue à Québec. Bernier ne se froisse pas. «Parlons-en de Laflaque. Un jour j'écoutais la télévision à Télé-Québec et c'est Chapleau qui était là. Et l'animateur lui dit: vous ne l'aimez pas Maxime Bernier? Et là, Chapleau commence à dire que j'étais un imbécile, que j'étais un con, et il en a mis pendant trois minutes. L'animateur s'est senti tellement mal à l'aise qu'il lui a demandé: l'avez-vous déjà rencontré? Il a dit non. Ça veut tout dire».

Bernier reconnaît que «le scandale» - il ne prononce jamais le nom de Julie Couillard - lui a fait mal. Mais il explique ainsi sa remontée ailleurs au pays.

Quand il a dû quitter le cabinet, en 2008, il ne savait plus où donner de la tête. Il a songé à abandonner la politique et il s'est réfugié au monastère de Saint-Benoît-du-Lac pendant une semaine pour réfléchir. Tous les médias réclamaient ses explications, mais il ignorait par où commencer. C'est un appel de Brian Mulroney qui l'a guidé. «Je lui ai dit que CBC voulait m'avoir prime time, que Radio-Canada voulait avoir ma version des faits. M. Mulroney m'a arrêté et il m'a dit: "Maxime, tu dois t'expliquer, mais devant tes gens en Beauce", et c'est ce que j'ai fait. J'ai parlé aux Beaucerons le 25 juin 2008, et les journalistes sont venus. Après ça, on était en campagne électorale pendant l'été, et j'ai gagné avec la plus grosse majorité.»

Fier de sa victoire, Bernier était persuadé de réintégrer le cabinet de Stephen Harper. Mais Mulroney lui a dit: «non, tu ne seras pas nommé ministre, ça fait seulement quatre mois que le scandale a éclaté. Profites-en. Tu as du temps, profites-en pour voir le monde, prononcer des discours».

C'est de là qu'est sortie sa série de conférences et de rencontres un peu partout au pays. «Les gens étaient curieux, ils voulaient savoir c'était qui ce gars-là. Et lorsque je faisais des discours, ils s'apercevaient que Bernier avait des idées, qu'il fonçait pour ses idées et défendait ses valeurs.»

Ces discours sont aujourd'hui la base de sa plateforme électorale, explique Maxime Bernier, qui jure ne pas vouloir y déroger. Il raconte qu'au début de sa campagne, il a eu une offre de services d'un organisateur conservateur très crédible. «Je lui ai demandé quelles étaient les choses les plus importantes à faire pour gagner. Il a répondu que la première, c'était de ramasser de l'argent, et que la deuxième c'était de tenir des focus groups. Quand je lui ai demandé pourquoi, il a répondu qu'il fallait savoir ce que les gens veulent entendre pour avoir leur appui. Cette personne-là n'a jamais été mon directeur de campagne. On a des idées, on n'a pas besoin de focus groups».

Maxime Bernier, député de Beauce... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 2.0

Agrandir

Maxime Bernier, député de Beauce

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

«Pas de compromis»

Il dit qu'il aurait eu les appuis de quatre députés de la région de Québec s'il avait accepté de préserver la gestion de l'offre. Des députés du sud de l'Ontario lui ont offert leur appui à la condition qu'il se prononce en faveur des subventions aux entreprises. «J'ai dit non, je ne fais pas de compromis pour avoir le vote d'un député. Ça été très rentable parce j'ai beaucoup plus d'appuis des membres du parti, alors qu'un député, ce n'est qu'un vote».

Il rappelle qu'à l'époque, il s'était opposé à l'aide financière de Québec pour la construction du Centre Videotron. «Et vous voyez, j'avais raison: on n'a pas eu les Nordiques, et c'est l'État, donc vous et moi, qui avons payé pour ça».

Selon lui, ses prises de position ont été très payantes. Résultat, «on a ramassé 1 million $ en 2016, et un autre million $ de janvier à mars. Au 31 décembre, j'avais 6000 donateurs à l'échelle du pays et la moyenne de mes dons, à 250 $ par personne, était la plus basse».

Bernier dit qu'il est le seul candidat, avec Kevin O'Leary, à avoir recueilli autant d'argent. Les chiffres sont confirmés, parce que les dons sont envoyés au parti qui en conserve 10 % et qui fait rapport au Directeur général des élections. Son organisation est donc imposante: «J'ai 85 000 $ par mois de salaires à payer, et j'ai mis 100 000 $ de publicité sur Facebook».

Malgré ces résultats, Maxime Bernier constate qu'il est toujours ignoré par les médias québécois. «Les médias du Canada anglais suivent très bien la course et j'ai eu de très bons éditoriaux du Globe and Mail. Mais on n'est pas prophète dans son pays», conclut-il.

Ce que pense Maxime Bernier...

  •  Du président américain Donald Trump 
«Il parle de protectionnisme, moi je parle d'ouverture des marchés, je parle d'échange avec la Chine, avec l'Angleterre et je suis fier qu'on ait signé des ententes de libre-échange avec plus de 51 pays lorsqu'on était au pouvoir.»

  •  De la gestion de l'offre 
«Je ne peux pas être un politicien qui prône le libre marché et vouloir garder en même temps le cartel socialiste de la gestion de l'offre. Les autres candidats sont tous pour le maintien du cartel.»

  •  Des changements  climatiques 
«Le climat a toujours changé et les gaz à effet de serre ça existe. L'accord de Paris, on l'a signé. Paris c'est une volonté politique de tous les pays, mais ce n'est pas coercitif. Je ne renierais pas cette signature-là, sauf que je trouverais d'autres moyens, avec des incitatifs, pour essayer d'y arriver au lieu d'imposer des taxes.»

  •  Des subventions  aux entreprises 
«On va prendre cet argent pour diminuer les taxes et les impôts de tous les entrepreneurs au Canada. Quand on donne ces subventions et qu'on force les petits entrepreneurs du Québec et de la Beauce à payer des impôts pour donner ça à de grandes corporations comme GM et Bombardier, ce n'est pas équitable.»

La course aux délégués

Le successeur de Stephen Harper sera connu le 27 mai à Toronto. Le vote aura été fait par la poste. Les résultats seront déterminés par le nombre de points obtenus dans les comtés par chacun des 14 candidats. Chaque circonscription aura un poids égal de 100 points, indépendamment du nombre de membres.

Une petite association de comté de l'Est-du-Québec ne comptant que 50 membres aura le même nombre de points qu'une association de l'Alberta qui en compterait 2000. Ainsi, le candidat qui aura l'appui de 25 % des membres dans un comté aura droit à 25 points. Comme il y a 338 circonscriptions au Canada, ce qui donne 33 800 points, le gagnant devra récolter 16 900 points ou plus. Les 78 circonscriptions du Québec représentent 7800 points. L'Ontario en a 12 400.

Maxime Bernier affirme que c'est au Québec, en Colombie-Britannique et en Alberta qu'il est le plus fort. Il signale que le vote ontarien sera fractionné, parce que la majorité des 14 candidats viennent de cette province. Il soutient par ailleurs que son principal adversaire, l'unilingue Kevin O'Leary, n'a aucune chance au Québec. «Sa notoriété est à 6 % au Québec. Il a fait un rassemblement à Montréal, et c'est tout. Il fait campagne seulement dans les grands centres. Moi je suis allé au Yukon, dans le Manitoba rural, je serai dans l'Alberta rurale dans une semaine, et je suis allé dans toutes les régions du Québec. Je peux ramasser des 100 points partout au pays».

Maxime Bernier est le fils de Gilles Bernier, député... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 5.0

Agrandir

Maxime Bernier est le fils de Gilles Bernier, député à Ottawa de 1984 à 1997.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Qui est Maxime Bernier?

Né le 18 janvier 1963 à Saint-Georges de Beauce, il est le fils de Gilles Bernier, député à Ottawa de 1984 à 1997. Il a complété un baccalauréat en commerce de l'Université du Québec à Montréal et des études en droit à l'Université d'Ottawa. Il a été admis au Barreau du Québec en 1990.

À la fin des années 90, il a été conseiller politique de Bernard Landry alors ministre des Finances sous Lucien Bouchard. «Je n'ai que du bien à dire de lui», confie M. Landry, en ajoutant qu'il a été un «excellent technicien».

Il a été vice-président de l'Institut économique de Montréal, après avoir travaillé à la Banque Nationale et à la Commission des valeurs mobilières du Québec.

Il a été élu à la Chambre des communes en 2007 et nommé ministre de l'Industrie, pour passer ensuite aux Affaires étrangères.

Il a démissionné de son poste en 2008 après avoir laissé des documents confidentiels chez son amie de coeur, Julie Couillard, qui avait déjà eu des liens avec les motards.

Il a réintégré le cabinet de Stephen Harper comme ministre d'État à la Petite entreprise et au Tourisme en mai 2011.

Grand sportif, il a pratiqué le football dès l'adolescence et il a participé à plusieurs marathons. En septembre 2013, il a parcouru 100 kilomètres à la course dans sa circonscription, pour ramasser des fonds au profit de la Fondation Moisson Beauce.

Aux élections de 2015, il a ignoré Stephen Harper et misé uniquement sur sa popularité personnelle, lançant même un vidéoclip humoristique chantant sa proximité avec les gens. Il a été réélu avec une majorité de plus de 20 000 votes sur son plus proche adversaire.




À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer