Le personnel politique bientôt mieux outillé contre le harcèlement

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La Presse Canadienne
Québec

L'employée d'un cabinet de ministre qui s'estime victime de harcèlement sexuel sera bientôt mieux outillée pour riposter et porter plainte.

Comme les quelques centaines d'autres membres du personnel qui compose les cabinets ministériels, elle sera assujettie à la même politique contre le harcèlement que les élus et le personnel de l'Assemblée nationale.

C'est ce qu'a confirmé en entrevue à La Presse canadienne la vice-présidente de l'Assemblée nationale, Maryse Gaudreault.

«C'est imminent», a-t-elle assuré, fière d'avoir réussi à surmonter les obstacles administratifs sur sa route.

Compte tenu que sur le plan administratif le personnel des cabinets (directeurs, attachés politiques, attachés de presse et personnel de soutien) relève de chacun des ministères, l'encadrement offert pour traiter les cas de harcèlement laissait beaucoup à désirer.

«Chaque ministère avait une politique différente», déplore Mme Gaudreault, satisfaite de savoir que désormais la politique contre le harcèlement sexuel ou psychologique, en vigueur depuis 2015, s'appliquera à tous uniformément, élus, personnel de l'Assemblée nationale, employés de cabinets ou de bureaux de circonscriptions.

Mme Gaudreault, députée libérale de Hull et présidente du Cercle des femmes parlementaires, fait partie des quelques députées, nommément Françoise David, ex-députée solidaire de Gouin, et Carole Poirier, députée péquiste d'Hochelaga-Maisonneuve, qui se sont battues ces dernières années pour faire adopter par l'Assemblée nationale cette politique contre le harcèlement.

Une fois adoptée, la politique devait être connue et appliquée, il fallait préparer une formation à donner aux élus et à leur personnel, et surtout forcer la classe politique à prendre - enfin - ce problème au sérieux.

À ce propos, Mme Gaudreault raconte que le premier électrochoc est survenu en novembre 2014, quand le chef libéral fédéral Justin Trudeau a chassé du caucus deux de ses députés, Massimo Pacetti et Scott Andrews, à la suite d'allégations de harcèlement sexuel.

À Québec, la question suivante a surgi: Et si une situation semblable se produisait chez nous, on ferait quoi? Rien n'était prévu. C'est Françoise David qui est allée frapper à la porte du président de l'Assemblée nationale, Jacques Chagnon, pour lui dire: «Ça suffit, il faut adopter une politique contre le harcèlement et vite».

Selon Maryse Gaudreault, une parlementaire ou une membre... (Archives La Presse) - image 2.0

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Selon Maryse Gaudreault, une parlementaire ou une membre du personnel politique saura «vers qui se tourner si elle se croit victime de harcèlement».

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Cas Sklavounos

Plus récemment, le cas du député Gerry Sklavounos, au centre d'allégations d'inconduite sexuelle rapportées par des pages de l'Assemblée nationale, a confirmé l'importance d'encadrer ces situations délicates.

Depuis, les 125 élus de l'Assemblée nationale, députés et ministres, y compris le premier ministre Philippe Couillard, ont reçu une formation sur le harcèlement donnée par une experte embauchée par l'Assemblée nationale.

Son mandat: rappeler l'importance de prévenir toute forme de harcèlement en milieu de travail, clarifier les concepts, décrire et expliquer les éléments-clés de la politique et le processus de plainte.

Il importe qu'en cette matière, les élus aient un comportement exemplaire, commente Mme Gaudreault.

Sortir de l'isolement

Désormais, dit-elle, une parlementaire ou une membre du personnel politique saura «vers qui se tourner si elle se croit victime de harcèlement».

La politique prévoit qu'une personne-ressource sera identifiée pour accueillir les plaintes. Le cas pourra être référé à un consultant externe, lorsqu'il s'agit d'une plainte de harcèlement sexuel pouvant mener à des accusations criminelles. Ce sont les whips des différents groupes parlementaires qui sont chargés de l'appliquer.

Surtout, la victime présumée ne sera plus seule avec son problème.

«L'adoption de cette politique a tracé une ligne», conclut-elle.

Le processus est totalement confidentiel, soit la meilleure manière de favoriser les dénonciations, selon la députée.

Il est donc impossible de savoir combien de plaintes, s'il y a lieu, ont été déposées depuis l'adoption de la politique.

Le personnel des bureaux de circonscriptions recevra une formation en juin, puis le personnel de cabinet suivra.

Mme Gaudreault ne crie pas victoire pour autant car en ce domaine il faut toujours recommencer, revenir à la charge, «faire de la pédagogie». «C'est pas acquis», jamais, résume-t-elle, misant sur une nécessaire volonté politique pour faire en sorte que l'Assemblée nationale, «la maison du peuple», soit exempte de toute forme de harcèlement.




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