L'Assemblée nationale débattra de l'élargissement de l'aide médicale à mourir

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(Québec) L'Assemblée nationale débattra vraisemblablement d'ici quelque temps de la possibilité d'élargir l'aide médicale à mourir à des personnes incapables de la réclamer, à celles atteintes d'une démence causée par une maladie dégénérative du cerveau - celles souffrant de la maladie d'Alzheimer, par exemple.

C'est le souhait formulé par les caquistes François Paradis et François Bonnardel, jeudi, ainsi que par le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, la péquiste Véronique Hivon et le solidaire Amir Khadir.

Dans l'esprit de Mme Hivon, à l'origine de l'adoption en juin 2014 de la loi sur l'aide médicale à mourir, un tel élargissement ne pourrait cependant passer que par le processus des directives médicales anticipées qu'un citoyen aurait données au moment où il était apte à le faire.

«Ça, moi, j'y tiens mordicus», a-t-elle dit. Jamais elle ne permettrait que le consentement de tiers «puisse donner cours à l'aide médicale à mourir à quelqu'un qui ne l'aurait pas demandé parce que, là, on pourrait tout à fait comprendre que les opposants disent : "Il y a un risque de dérive."»

Actuellement, un citoyen peut, à travers des directives médicales anticipées, refuser tout éventuel acharnement thérapeutique. Mais il ne peut pas s'en servir pour qu'on l'aide à mourir s'il devait un jour plonger dans un état avancé d'une maladie dégénérative du cerveau.

La députée péquiste appelle à un nécessaire débat, tout en rappelant la complexité du sujet. Comment jugerait-on qu'une personne a atteint le stade correspondant à ce qu'elle avait prévu dans ses directives médicales anticipées? Qui aurait la responsabilité de le déterminer?

«C'est un sujet excessivement complexe, mais je crois qu'on ne peut pas fuir le débat.»

Quels critères?

La loi québécoise stipule qu'on ne peut accorder l'aide médicale à mourir qu'à une personne en fin de vie, c'est-à-dire atteinte d'une maladie qui la condamne à court terme, et dont les souffrances ne peuvent être apaisées.

Sans se commettre sur cet aspect des choses, Véronique Hivon laisse entendre qu'on tendrait vers une autre logique si l'on accordait l'aide médicale à mourir à une personne qui l'aurait réclamée par anticipation au seul motif qu'elle serait dans un état avancé de la maladie d'Alzheimer. On resterait cependant dans la même logique si cette personne était également atteinte d'un cancer incurable et qu'elle souffrait.

La députée croit que le débat parlementaire, lorsqu'il débutera, devrait prendre appui sur un rapport produit en mars 2013 par le Collège des médecins.

Bonnardel ému

Plus tôt en journée, deux députés caquistes avaient lancé l'idée d'un débat parlementaire sur cette délicate question. L'un d'eux, François Bonnardel, a été ému aux larmes en évoquant le cas de sa mère. «J'ai vu ma mère dépérir au fil des années, a-t-il relaté. Je l'ai vue ne plus me reconnaître, ne plus sourire, ne plus parler, ne plus apprécier la vie.»

À l'instar de Mme Hivon, le ministre Gaétan Barrette a fait valoir que la loi adoptée en juin 2014 reflétait le consensus social d'alors. Il s'est dit d'accord avec l'idée d'étudier la possibilité d'inclure l'aide à mourir dans les directives médicales anticipées.

Pour M. Barrette, la loi votée en 2014 «était le plus petit dénominateur commun sociétal à ce moment-là. Conséquemment, il est possible qu'il soit aujourd'hui plus grand qu'il l'était.»

«On est rendus là - il faut ouvrir le débat», affirme aussi le solidaire Amir Khadir, qui a plus de questions que de réponses à ce stade-ci. «Comment on s'organise pour que des personnes qui sont dans une situation de maladie mentale ou de démence, qui ne sont pas capables de consentir, puissent quand même bénéficier des meilleurs soins? Les meilleurs soins, ça veut dire : quand la souffrance est trop grande, irrémédiable, qu'on est arrivés à un point de non-retour, s'il y a des personnes qui ont besoin qu'on les aide, il faut les aider.»

Repères

  • Selon la Société Alzheimer de Québec, près de 125 000 Québécois vivent avec l'Alzheimer ou une maladie apparentée.
  • Le projet de loi 52, intitulé Loi concernant les soins de fin de vie, épousait les conclusions du rapport de la commission spéciale Mourir dans la dignité, dont les travaux se sont étirés sur deux ans, jusqu'en 2012.
  • En juin 2014, 22 libéraux avaient voté contre le projet de loi 52. Certains d'entre eux, comme d'autres opposants, disaient entre autres craindre que la portée de la loi soit élargie au fil du temps.
  • Pour l'heure, il n'existe que deux pays où la démence causée par une maladie dégénérative du cerveau peut donner droit à l'aide médicale à mourir. Il s'agit de la Belgique et des Pays-Bas. 




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