Les leaders musulmans émus par l'élan de solidarité

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(Québec) C'est avec une émotion parfois impossible à contenir, dans une salle bondée de l'hôtel de ville de Québec, que les leaders de la communauté musulmane de la capitale ont exprimé leur gratitude à l'endroit des politiciens et de la population, au lendemain de la tragédie survenue au Centre culturel islamique.

Encadrés par un aréopage de politiciens fédéraux, provinciaux et municipaux, dont le premier ministre Philipe Couillard et le maire Régis Labeaume, les représentants musulmans ont exprimé toute la douleur et le chagrin qui affligent les membres de leur communauté, tout en remerciant les citoyens de Québec de leur appui inconditionnel.

«Il n'y a pas de mots pour exprimer toute cette solidarité. On nous reconnaît comme des citoyens à part entière», a lancé d'entrée de jeu Boufeldja Benabdallah, cofondateur du Centre culturel islamique, se disant fier d'habiter «la plus belle ville au monde».

Qualifiant l'auteur de la fusillade d'«ignoble», M. Benabdallah a ajouté que c'est toute la communauté musulmane québécoise et canadienne qui avait été touchée en plein coeur par ce drame, survenu de surcroît alors que les fidèles étaient réunis pour la prière.

Salah Benrqiq, de l'Association Mosquée de la capitale, a été incapable de réprimer ses sanglots lorsqu'il a relaté le coup de fil, dans les heures suivant le drame, d'un «vieil ami» du Cégep de Limoilou qu'il avait perdu de vue. «Il m'a dit : "J'ai besoin de te serrer dans mes bras. Ce n'est pas possible que ce soit des gens comme toi qui subissiez ce genre d'épreuve."»

Bénévole à la mosquée de Québec, Raja Deuqkkar a souligné le pacifisme de sa communauté, précisant qu'elle est «contre tout acte violent contre n'importe qui». La femme a également demandé la collaboration du maire Labeaume afin de bâtir un monde meilleur pour les nouvelles générations. «Nos enfants vous font confiance et veulent continuer à vous faire confiance [afin de rester] sur la bonne voie et devenir de bons citoyens.»

Saisissant la balle au bond, M. Benabdallah a insisté sur l'importance de combattre l'ignorance afin d'éviter la répétition de telles tragédies. «La [meilleure] sécurité, c'est la bonne éducation des enfants, dès le départ. L'éducation, l'éducation, l'éducation...» a-t-il martelé.

Climat d'intolérance

En mêlée de presse, à l'issue de la rencontre, M. Benabdallah n'a pas cherché à mettre le doigt sur une raison précise qui aurait incité le jeune Alexandre Bissonnette à commettre son geste irréparable.

«Ce ne sont pas seulement les discours d'un président [Donald Trump]. C'est le climat d'intolérance à l'échelle mondiale qui fait que des énergumènes croient que c'est le temps de faire de mauvais coups. Avec les réseaux sociaux, où les informations pernicieuses circulent à la vitesse de l'éclair, ça se répercute partout dans le monde.»

Après les tracts antimusulmans distribués dans le quartier de la mosquée fidéenne, les graffitis obscènes et les croix gammées sur les murs, la tête de porc laissée sur le seuil de l'édifice, M. Benabdallah croit que la fusillade commande de hausser la sécurité de plusieurs crans. Des caméras ont déjà été installées, mais il faudrait faire davantage, croit-il. «Est-ce que la vigilance est bien faite? Est-ce suffisant d'avoir seulement des caméras?»

Alimenter la haine

Comme tous les membres de sa communauté, l'ancien restaurateur Néji Saïdane s'est dit abasourdi par la tragédie. «Je disais toujours à mes amis que jamais, jamais, jamais le terrorisme ne frapperait ici.» Il ne se gêne pas pour montrer du doigt certains médias, «qui alimentent la haine» à l'égard des immigrants, et la rhétorique du nouveau président américain. «Après, on se demande pourquoi ça arrive. La même question, on se la posera demain et après-demain.»

Meziane Moulfi, propriétaire du restaurant Aux 2 violons, du boulevard René-Lévesque, avoue ne pas avoir fermé l'oeil de la nuit, après avoir été mis au courant de la tragédie par son fils, vers 20h, dimanche. «Tout le monde se dit que ça ne se peut pas, c'est comme si on rêvait. Il y aura toujours des gens malades, ce n'est pas un terroriste qui a fait ça.»

Un avant... et un après attentat, dit Couillard

Il y aura un avant et un après attentat, affirme Philippe Couillard, aux yeux de qui le moment est venu de montrer qui nous sommes et de forger la société dans laquelle nous voulons vivre.

Dans une adresse solennelle prononcée cet après-midi à l'édifice Honoré-Mercier, sur la Colline parlementaire, à Québec, le premier ministre québécois a voulu faire savoir que la voie qu'il choisit et que son gouvernement choisira est celle d'une société «ouverte» et «confiante»; une voie où le Québec est et sera une terre d'accueil et où n'existe et n'existera qu'«un seul niveau de citoyenneté».

«C'est le moment, ensemble, de montrer qui nous sommes, de montrer le meilleur de nous-mêmes; des femmes, des hommes qui vivent ensemble en français dans ce coin d'Amérique qu'est le Québec. Ma maison, c'est votre maison», a déclaré le premier ministre en empruntant au poète et chanteur Gilles Vigneault.

«Pensons aux victimes. Chacune a un nom, une histoire, une famille.» Ces victimes ne sont pas des anonymes, a-t-il dit.

Les mots ne sont pas anodins, a aussi insisté le premier ministre en revenant un peu plus sur le terrain des débats agitant la société. Une façon pour lui d'interpeller ceux qui les emploient pour «diviser» les Québécois.

«Tous Québécois»

Plus tôt en journée, aux côtés du maire de Québec, Régis Labeaume, et de plusieurs représentants de la communauté musulmane, Philippe Couillard avait refusé de s'arrêter sur les motivations du tueur. Il s'en était tenu à un constat : «Les personnes qui ont été lâchement assassinées l'ont été parce qu'elles faisaient partie de la communauté musulmane.»

Évoquant les mots de soutien «Je suis Charlie» formulés au lendemain de l'attentat contre Charlie Hebdo, à Paris, en 2015, M. Couillard a dit qu'il fallait «trouver une façon de dire que nous avons tous été atteints». «Nous sommes tous Québécois», a-t-il répété.

Les mots d'apaisement et de solidarité sont faciles à prononcer dans les heures qui suivent un tel acte terroriste, a enchaîné M. Couillard avant de dire qu'un défi essentiel sera de les porter «après»; de manifester encore plus d'ouverture et plus de tolérance lorsque l'émotion s'éloignera dans le temps. Un message sur lequel il est revenu dans son adresse solennelle, en après-midi.

La capacité de débattre

Les chefs du Parti québécois, Jean-François Lisée, et de la Coalition avenir Québec, François Legault, réfutent le lien établi par certains entre les motivations qui auraient pu être celles du tueur et certaines tangentes prises par des débats sur l'identité ou l'immigration ces derniers mois et ces dernières années.

Il n'y a pas que les débats ayant cours au Québec, il y a aussi le contexte international en fond de scène, a déclaré M. Lisée. Cela étant, «il ne faut jamais laisser des gens violents prendre en otage la capacité d'une société de débattre démocratiquement et paisiblement», estime-t-il. 

Au nom du Parti québécois, le chef péquiste a invité tous les Québécois à démontrer leur solidarité envers nos concitoyens de confession musulmane.

«Comme l'a si bien dit ma collègue Agnès Maltais, une des grandes qualités de la vie au Québec et à Québec, c'est le refus de la violence. Les gens de mon pays, tous les gens de mon pays, sont des gens de paroles et non de violence», a ajouté le chef péquiste, par voie de communiqué, en paraphrasant Gilles Vigneault.

Le caquiste François Legault estime que le moment est à la dénonciation du terrorisme et à l'expression de la solidarité.

Il ne croit pas qu'un courant d'islamophobie se soit répandu au Québec. À ceux qui seraient tentés de lancer des accusations à son parti, il répond qu'il ne faut pas s'empêcher de débattre. «Ce qu'on souhaite, c'est de protéger nos valeurs, notre vivre-ensemble. Mais, je ne veux pas débattre puis essayer de défendre nos positions aujourd'hui. On aura le temps puis l'occasion de le faire dans les prochaines semaines, les prochains mois. Il faut continuer de débattre, mais aujourd'hui, on doit être tous unis derrière les familles touchées.»

Ce n'est pas le «débat» qui est en cause, mais la façon de le mener, pensent des libéraux.

Pour la députée de Québec solidaire Manon Massé, il existe bel et bien un courant islamophobe au Québec. Elle en veut pour preuve d'innombrables messages sur les réseaux sociaux. À ses yeux, il serait très grave de faire comme si l'islamophobie n'existait pas.  Jean-Marc Salvet

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