Nadeau-Dubois prêt pour l'action

Gabriel Nadeau-Dubois habite à quelques rues des limites... (Photothèque Le Soleil)

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Gabriel Nadeau-Dubois habite à quelques rues des limites de la circonscription de Gouin et son nom circule déjà parmi les possibles successeurs de Françoise David, qui a démissionné cette semaine.

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Giuseppe Valiante
La Presse Canadienne
Montréal

Plusieurs Québécois se décrivent de nos jours comme des orphelins politiques. Les médias présentent régulièrement ces électeurs qui décrivent leur désillusion face au mouvement souverainiste et leur épuisement de voir au pouvoir le Parti libéral, qui dirige le Québec depuis 2003 mis à part une courte parenthèse péquiste de 18 mois.

Il est difficile d'évaluer combien de Québécois se sentent ainsi, mais un jeune souverainiste de 26 ans a sillonné la province pour écouter leurs plaintes et, éventuellement, préparer un nouveau programme pour le Québec.

Gabriel Nadeau-Dubois s'est fait connaître pour son rôle de premier plan dans la grève étudiante de 2012 et son influence a atteint un nouveau sommet en 2015 lorsqu'il a aidé à récolter 400 000 $ en une semaine pour contester le projet d'oléoduc Énergie Est.

Au cours d'une entrevue réalisée avant l'annonce du départ de Françoise David, Gabriel Nadeau-Dubois, se disait prêt à «l'action politique».

«Est-ce que ça va s'incarner dans de la politique parlementaire ou dans de la politique plus citoyenne dans les mouvements sociaux? Je suis justement un peu à cette croisée des chemins-là», avait-il ajouté.

Les Québécois pourraient avoir bientôt une réponse à cette question.

Françoise David, l'une des trois députées de Québec solidaire et l'une de ses fondatrices, a démissionné il y a quelques jours, ce qui signifie qu'une élection partielle devrait être déclenchée dans le comté de Gouin, à Montréal, au cours des prochains mois.

L'appartement de Gabriel Nadeau-Dubois est situé à quelques rues des limites de la circonscription et son nom circule déjà parmi les possibles successeurs de Mme David.

M. Nadeau-Dubois n'a pas répondu à un courriel lui demandant un suivi sur son avenir politique à la lumière de la décision de Françoise David. Mais, peu après la première parution de cet article, il a réagi sur sa page Facebook où il répète que «[sa] réflexion se poursuivait».

Il ajoute qu'il ne prendra pas de décision tant et aussi longtemps «que la dernière page de l'aventure Faut qu'on se parle n'aura pas été tournée».

«Faut qu'on se parle»

L'ancien leader étudiant a participé à une tournée intitulée Faut qu'on se parle en compagnie d'un groupe de militants de gauche moins connus, qui ont organisé des assemblées de cuisine avec des Québécois ordinaires.

En deux mois, ils ont rencontré environ 10 Québécois à la fois dans 174 cuisines partout dans la province devant lesquels ils ont discuté de l'avenir du Québec. Les citoyens intéressés à recevoir la visite du groupe devaient aller s'inscrire sur le site de Faut qu'on se parle.

«Au terme de toutes ces rencontres-là, on a eu des dizaines de milliers de propositions des gens», a révélé M. Nadeau-Dubois.

En plus des événements dans les cuisines, la tournée a organisé 18 «assemblées populaires» qui se sont déroulées des Îles-de-la-Madeleine jusqu'à Montréal - des rencontres qui ont attiré entre 100 et 900 personnes, selon M. Nadeau-Dubois.

Il réitère que l'objectif de cette tournée n'était pas de créer un parti politique, mais il reconnaît que c'est un «secret de Polichinelle» que lui, personnellement, a été approché par plusieurs partis politiques pour qu'il porte leur bannière.

«Je me suis rendu compte avec Faut qu'on se parle que ce qui m'anime, ce qui me motive, ce qui me donne le plus d'énergie, c'est de faire de l'action politique, au sens très, très large du terme», a-t-il affirmé.

Éducation

Les idées qui sont ressorties de sa tournée de deux mois tournaient autour de l'éducation primaire et secondaire, un sujet qui est une source d'inquiétude importante pour les citoyens rencontrés.

La souveraineté n'était pas un sujet principal des discussions, a-t-il signalé. «On en a entendu parler, mais beaucoup moins que d'éducation, d'environnement», a-t-il reconnu.

Un autre des enjeux importants a été le commerce, alors que plusieurs personnes - surtout dans les régions à l'extérieur des villes de Montréal et de Québec - disent qu'elles aimeraient consommer plus de produits locaux.

Cette question a été particulièrement abordée sur la Côte-Nord, où des citoyens se sont plaints d'avoir à acheter des bleuets des États-Unis au supermarché lorsque les producteurs locaux font pousser de meilleurs fruits tout près d'eux.

«Le monde disait que ça n'a pas d'allure», a-t-il relaté.

Revoir le libre-échange

«Ce n'est pas si simple que ça. Ça nécessite par exemple de renégocier des ententes de libre-échange. Si tu veux mettre une taxe pour les bleuets des États-Unis pour favoriser les bleuets d'ici, ce sont des mesures protectionnistes et ça implique un débat sur le libre-échange. Ce n'est pas un petit sujet, ça», a-t-il expliqué.

Les acteurs politiques à gauche et au centre ont pris acte de la rhétorique contre le libre-échange qui foisonne à l'extérieur des grandes villes.

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, a récemment dit qu'il voudrait adopter un «Buy Québécois Act» en riposte aux mesures protectionnistes que l'administration de Donald Trump aux États-Unis pourrait imposer.

William Watson, le directeur par intérim du département de science économique de l'Université McGill, estime que les politiciens devraient redoubler de prudence.

«C'est bien de se protéger contre les bleuets américains, mais qu'est-ce qui arrive quand les producteurs d'électricité de l'État de New York vont dire qu'ils ne veulent pas acheter de l'électricité étrangère pour appuyer la production locale?» a-t-il demandé.

M. Watson n'est pas surpris que les «gens dans les cuisines» veuillent être protégés de la concurrence étrangère. Mais selon lui, «ils ne devraient pas décider des politiques pour toute la société».

M. Nadeau-Dubois n'a pas de diplôme en économie, mais il souligne que plusieurs progressistes peuvent parler de ce sujet «de manière convaincante». «On n'a pas besoin d'être un homme d'affaires pour parler d'économie», a-t-il tranché.

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