Présidentielle française: Fillon, l'élu de la droite

Francois Fillon, alors qu'il se rendait voter dimanche... (AFP, Eric Feferberg)

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Francois Fillon, alors qu'il se rendait voter dimanche matin.

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Béatrice Le Bohec
Agence France-Presse
Paris

Le conservateur François Fillon a triomphé dimanche soir à la primaire de la droite en France avec son programme libéral et ses «valeurs françaises», prenant une sérieuse option dans la course à la présidentielle de 2017.

Avec une gauche au pouvoir en miettes, l'ex-premier ministre de Nicolas Sarkozy (2007-2012) pourrait affronter au second tour de la présidentielle en mai la candidate d'extrême droite Marine Le Pen. Même si la victoire du populiste américain Donald Trump a donné des ailes à cette dernière, les sondages la donnent pour le moment battue à l'issue du scrutin.

«C'est une victoire de fond, bâtie sur des convictions [...] La France ne supporte pas son décrochage, la France veut la vérité et la France veut des actes», a déclaré M. Fillon, 62 ans.

Le nouvel homme fort de la droite a remercié ceux qui «ont trouvé en [lui] les valeurs françaises» et donné «rendez-vous à tous ceux qui ont dans le coeur la fierté d'être Français».

«La gauche, c'est l'échec. L'extrême droite, c'est la faillite», a-t-il dit. Marine Le Pen, elle, voit comme un «très bon candidat» celui qu'elle qualifie de «porte-parole de ce que l'UE a produit de pire en terme d'idéologie».

À gauche, les regards sont désormais tournés vers le président socialiste François Hollande, englué dans une impopularité record et contesté dans son propre camp. Le chef de l'État doit annoncer d'ici mi-décembre s'il brigue un second mandat, mais son premier ministre Manuel Valls n'exclut pas de l'affronter pour «casser» ce qu'il voit comme une «mécanique de la défaite».

«Fillon est capable de refabriquer du clivage gauche-droite avec un positionnement droitier et libéral», estime le politologue Frédéric Dabi, qui pointe cependant la «balkanisation» de la gauche.

À droite, tout est clair: selon les résultats portant sur la quasi-totalité des bureaux de vote (10 000 sur 10 229), François Fillon, homme austère à la mise classique, a pulvérisé le second tour de la primaire avec 66,5% des voix, contre 33,5% pour l'ex-premier ministre (1995-1997) Alain Juppé, 71 ans.

Le perdant a immédiatement souhaité la victoire de son rival à la présidentielle, tout en plaidant pour une «France apaisée et réconciliée». M. Juppé, qui a fait campagne sur une ligne plus modérée, plaidait pour des «réformes profondes» mais «sans brutalité».

«Renaissance»

Conservateur sur les questions de société, ardent défenseur des valeurs familiales et de l'autorité de l'État, M. Fillon est un catholique assumé. Celui qui n'a jamais caché son admiration pour la dame de fer britannique Margaret Thatcher veut «désétatiser» la France.

Les électeurs se sont pressés pour le second tour de cette primaire inédite à droite, qui a mobilisé bien au-delà des rangs de la droite et du centre, avec plus de 4 millions de votants au premier tour comme au second tour.

À la surprise générale, François Fillon était arrivé largement en tête au premier tour. Il avait depuis engrangé de nombreux soutiens, dont celui de Nicolas Sarkozy.

Longtemps donné favori mais lourdement battu à l'arrivée, Alain Juppé s'était montré offensif entre les deux tours, dénonçant notamment la promesse «impossible» de son rival de supprimer un demi-million de postes de fonctionnaires en cinq ans. Il avait aussi taclé son profil «traditionnaliste».

François Fillon s'est engagé à ne pas revenir sur le droit à l'avortement, mais a émis des réserves personnelles sur le sujet compte tenu de sa foi. Il bénéficie du soutien des opposants au mariage gay. Une ancienne «égérie» de ce mouvement d'opposition, Frigide Barjot, était d'ailleurs présente à son QG pour sa victoire dimanche.

Son projet présenté comme «radical» a largement convaincu. «Il faut un changement complet de logiciel», a-il insisté dimanche soir en promettant une «renaissance», sous les vivats de ses partisans. Tous les ténors de la droite se sont rassemblés derrière lui.

Selon le politologue Jean-Yves Camus, son programme devrait néanmoins «bouger un petit peu pour être plus rassembleur, moins clivant, notamment sur les aspects socio-économiques».

Les centristes demandent des éclaircissements sur le volet social de son programme. L'ex-protégé de François Hollande, Emmanuel Macron, qui a quitté le gouvernement pour faire cavalier seul à la présidentielle avec un mouvement transpartisan, a lui appelé «tous les progressistes de droite» à le rejoindre.

Libéral en économie, conservateur sur la société

Le candidat de la droite française à l'élection présidentielle de 2017, François Fillon, défend un programme conservateur sur les questions de société et très libéral en économie, avec une cure d'austérité sévère et un grand retour aux valeurs traditionnelles.

100 milliards d'euros d'économie

Son objectif est d'économiser 100 milliards d'euros en cinq ans sur les dépenses publiques, ce qui se traduira par une réduction de 500 000 postes dans le service public, sur un total de 5,4 millions dépendant de l'État. L'âge de la retraite serait repoussé de 62 ans à 65 ans.

François Fillon compte aussi s'attaquer au système de protection sociale publique, auquel les Français sont très attachés. Il veut concentrer les remboursements de l'assurance-maladie sur «les affections graves et de longue durée», le reste incombant aux assurances privées.

La fiscalité des entreprises serait allégée, dans l'idée de les rendre plus compétitives, l'impôt sur la fortune (ISF) supprimé et la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) augmentée de deux points.

Fin des 35 heures, chômage dégressif

Son projet «radical» promet d'en finir très rapidement avec la durée légale du temps de travail de 35 heures hebdomadaires, mesure phare de la gauche, régulièrement contestée depuis son entrée en vigueur il y a plus de 15 ans.

Il prévoit un retour aux 39 heures - payées 37 - pour les fonctionnaires et entend laisser à la négociation la durée du temps de travail dans les entreprises, dans la limite des 48 heures par semaine fixée par le droit européen.

Il veut diviser par deux le nombre de chômeurs. Le montant des allocations chômage sera dégressif.

La famille au centre

François Fillon, qui revendique sa foi catholique, promeut une vision traditionnelle de la famille. Il veut rétablir des avantages pour les familles les plus aisées supprimés par la gauche, il s'oppose à la procréation médicalement assistée pour les femmes seules et les lesbiennes, il rejette la gestation pour autrui.

François Fillon promet de ne pas toucher au droit à l'avortement, même s'il s'y oppose à titre personnel, compte tenu de sa foi.

Un État fort, une immigration contrôlée

Pour «rétablir l'autorité de l'État», une enveloppe de 12 milliards d'euros supplémentaires est prévue pour la police et la justice. François Fillon est favorable à une police municipale armée.

Il veut empêcher le retour en France des djihadistes partis combattre à l'étranger et leur retirer la nationalité française. Les étrangers «appartenant à la mouvance terroriste» seraient expulsés.

L'immigration doit être contrôlée, avec la mise en place de quotas, et l'accès des étrangers aux prestations sociales limitée.

François Fillon réfute l'idée d'une France multiculturelle: «en tout cas c'est pas le choix que nous avons fait, nous n'avons pas fait le choix du communautarisme, du multiculturalisme».

L'ancien premier ministre (2007-2012) considère aussi qu'«il y a un problème lié à l'islam», «une montée de l'intégrisme musulman dans la société française» et veut fermer les mosquées salafistes.

Se rapprocher de la Russie

Ardent défenseur d'une France «forte» au sein de l'Europe, M. Fillon, qui a de bonnes relations avec Vladimir Poutine, veut renouer le dialogue avec Moscou et voit la Russie comme une alliée face à la menace représentée par le groupe État islamique. Cela n'exclut pas de «renouer une relation franche et solide» avec les États-Unis. Sur le dossier syrien, il soutient l'idée de ne pas exclure le régime de Bachar el-Assad du règlement du conflit.

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