L'alliance avec le PQ n'est pas pour demain, croit Françoise David

«On est au début du processus de réflexion... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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«On est au début du processus de réflexion et, chez nous, on prend le temps de bien faire les choses, ce qui veut dire lentement», indique Françoise David.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) La façon dont Jean-François Lisée a mené campagne pour être élu à la tête du Parti québécois - «sur le dos des communautés musulmanes, soyons clairs» - ne sera pas oubliée de sitôt chez les membres de Québec solidaire, anticipe Françoise David. En entrevue au Soleil à quelques heures du conseil national de la formation de gauche, elle croit qu'il sera «bien difficile» pour le chef péquiste de regagner la confiance des militants solidaires en vue d'éventuels rapprochements électoraux ou politiques.

Les délégués de Québec solidaire (QS) de partout en province ont convergé vendredi vers la capitale, où ils débattront à l'interne jusqu'à dimanche. Selon la députée de Gouin, le rassemblement servira de point de départ à une réflexion sur d'éventuelles alliances électorales entre QS et le Parti québécois (PQ), tel que le réclame Jean-François Lisée pour «battre les libéraux en 2018».

«On n'ira pas jusqu'au bout d'un exercice qui consisterait à dire si oui ou non on va faire des alliances. On est au début du processus de réflexion et, chez nous, on prend le temps de bien faire les choses, ce qui veut dire lentement», a dit Mme David, rencontrée vendredi après-midi au pavillon Lassonde du Musée national des beaux-arts du Québec. 

Un fossé

Bien qu'aucune décision définitive ne sera prise à ce sujet en fin de semaine, la co-porte-parole de QS entrevoit déjà des dissensions marquées chez ses militants à l'égard d'un PQ dirigé par M. Lisée. Elle a décrit vendredi un fossé important qui se serait creusé au cours de la dernière course à la succession de Pierre Karl Péladeau. Les positions fortes du candidat Lisée sur l'identité et la laïcité ont été particulièrement mal reçues. 

«Ce avec quoi j'ai et nos membres ont beaucoup de difficulté, c'est la campagne qu'il a faite cet été, sur le dos des communautés musulmanes, soyons clairs, largement. Ça, on ne le prend pas, et moi, je ne le prends pas», a tranché Mme David. 

Le député de Rosemont avait proposé de diminuer les seuils d'immigration, d'entamer une discussion sur l'interdiction de la burqa - sous lesquelles on peut cacher des AK-47, avait-il dit - et avancé l'idée d'une campagne visant à décourager le port de signes religieux chez les employés de l'État. Or le chef Lisée affirmait plus tôt cette semaine, en entrevue à La Presse, que les questions d'identité et de laïcité ne figuraient plus au sommet des priorités. Il place désormais l'économie, le développement des régions et la langue en tête de liste.    

«Tout ça l'été dernier, c'était quoi? Tout ça pour aller chercher des votes chez les membres de son parti les plus identitaires ethniques? Il ne pensait pas ce qu'il disait ou il pensait ce qu'il disait? [...] Je ne sais pas ce que nos membres vont décider, mais je peux d'ores et déjà dire que, nonobstant la décision [qui sera prise sur d'éventuelles alliances], c'est sûr que le niveau de confiance est très atteint.»

 Les premiers échanges sur des rapprochements avec le PQ devraient nécessairement avoir lieu samedi. Selon Mme David du moins, les délégués auront à se prononcer sur deux éléments qui impliqueraient, de près ou de loin, d'ouvrir des canaux avec le PQ. Le premier consiste à décider si QS participera à une table de discussion du Oui Québec, qui invite les partis politiques à y prendre part, portant sur la stratégie d'accession à l'indépendance. 

Le Québec de gauche

Il sera aussi question de la mise en oeuvre d'un vaste chantier de réflexion sur ce que serait concrètement un Québec de gauche. «Une des questions à l'intérieur de ce chantier est : est-ce qu'on en jase avec des partis politiques, dont le PQ?» Mme David croit que les délégués voteront pour la création du chantier, mais rien n'est encore joué sur une éventuelle participation des péquistes.

Le conseil national de cette fin de semaine mettra la table pour le congrès de mai 2017, véritable instance de QS. Les grandes orientations y seront alors déterminées, y compris sur les alliances politiques en vue des élections de 2018.

Françoise David sur...

Son avenir politique

Toujours indécise à savoir si elle se présentera de nouveau aux élections de 2018, la députée de 68 ans est au moins certaine de ne pas vouloir faire de la politique «jusqu'à 80 ans!». Si elle se présente et obtient un nouveau mandat de quatre ans au prochain scrutin, elle en aura près de 75 aux élections de 2022. «Sincèrement, c'est sûr que ce qui est déterminant [sur ma décision], c'est mon état de santé», a-t-elle confié. Mme David a admis du même souffle que le dernier automne «a été difficile». «J'attrapais les virus qui passaient, un rhume qui durait une semaine en a duré trois. [...] Il faut être capable d'écouter ça. Est-ce que c'est un signal?» Sur la santé mentale, «je ne suis pas en train de virée folle», a-t-elle assuré, mais elle dit devoir s'interroger si elle a toujours la même motivation et si elle a toujours l'énergie «pour faire face à l'intensité des travaux à l'Assemblée nationale».  

Les banlieues et les milieux ruraux

Les banlieues et les régions rurales sont le talon d'Achille de Québec solidaire, selon Françoise David. Avec trois députés élus sur l'île de Montréal, elle est forcée d'admettre que le parti «n'a pas complètement connecté» avec le reste de la population, bien que certaines percées ont été observées ça et là à travers la province. «Certains me l'ont dit avec franchise. Puisqu'on a trois députés des quartiers centraux de Montréal, on est perçu comme des Montréalais. Là je vais faire de l'humour, et j'espère que les gens comprendront. On est [perçus] comme des granos, on aime aller dans des cafés, on passe notre vie dans les librairies et on mange bio, on se promène en vélo...», a-t-elle caricaturé. «Le défi qu'on a, c'est de dire à tous ces monsieurs et ces madames [en banlieue en régions],"on est de votre bord''.» 

L'élection de Donald Trump

Mme David admet, à regret, avoir fait des comparaisons entre le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, et le nouveau président américain, Donald Trump, en août dernier, sur des questions liées à l'immigration.  «Pour moi Donald Trump, c'est un condensé de tout ce dont le Québec n'a tellement pas besoin. De haine, de division, de sexisme, de racisme. [...] Loin de nous Donald Trump et ses oeuvres, ce n'est pas du tout une bonne idée de s'en inspirer le moindrement», a-t-elle dit vendredi, sans réitérer la comparaison avec le chef caquiste.

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