Des élites sur la sellette

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(Québec) DÉCODAGE / C'est comme si l'élection de Donald Trump avait dessillé les yeux de nombreux parlementaires de l'Assemblée nationale.

Prenons Québec solidaire. D'habitude, lorsque Françoise David et Amir Khadir parlent des sensibilités politiques des Québécois, ils paraissent toujours convaincus que ceux-ci réclament un filet social à la fois plus large et aux mailles plus serrées. Ni l'un ni l'autre ne veulent réellement prétendre par là qu'ils sont tous à gauche, mais on entend beaucoup «Les» Québécois dans leur bouche - un travers répandu, cela dit.

Cette semaine, cependant, à écouter Mme David, on avait l'impression que sa réflexion partait davantage du fait que le Québec, bien qu'il se distingue des États-Unis par bien des aspects, n'est peut-être pas comme celui qu'elle veut voir ou qu'elle voyait; que bien des citoyens d'ici s'estimant eux aussi déclassés, oubliés, ne votent pas et ne voteront pas pour la gauche qu'elle imagine.

Dans la foulée de l'élection de Donald Trump, le chef caquiste, François Legault, a dénoncé une «certaine élite» québécoise qui prendrait «de haut les préoccupations et les inquiétudes de la population». Il a nommé Philippe Couillard, mais aussi Jean-­François Lisée.

M. Legault a soutenu que lui-même ne faisait pas partie de cette élite, bien qu'il soit millionnaire et qu'il ait déjà été ministre sous Lucien Bouchard. Il a fait valoir qu'il vient d'un milieu modeste et qu'il «écoute» la population.

C'est parce qu'elle «écouterait» que la Coalition avenir Québec a pris le relais de l'Action démocratique sur des thèmes phares de celle-ci - les impôts et l'immigration.

Répondre aux préoccupations des Québécois sur l'immigration et le fardeau fiscal constitue le meilleur moyen d'éviter des «dérapages» comme il y a pu en avoir aux États-Unis, a-t-il dit.

Le chef caquiste se défend de chercher à canaliser une colère populaire. Il n'en demeure pas moins qu'il cherche à capter l'insatisfaction.

Les outrances

François Legault ne veut pas perdre sa place sur l'échiquier politique québécois. Il parle plus haut et plus fort que ses adversaires libéraux et péquistes. Il répercute ce qu'il entend chez bon nombre de citoyens, plaide-t-il encore. Il est «excessif» en tout, selon Jean-François Lisée.

Il s'agit d'un défi pour le chef de l'opposition officielle. Depuis qu'il est chef du Parti québécois, M. Lisée s'efforce de mesurer ses mots et ses attaques à l'Assemblée nationale.

Le hic, c'est que le système politico-médiatique - qui devrait peut-être se remettre en question - n'accorde pas la même place à ceux qui sont, du moins par rapport à un autre, dans la modération ou dans une modération relative. Ce système finit en quelque sorte par obliger les responsables politiques à tomber dans l'outrance.

Si M. Lisée juge que M. Legault est «excessif» et qu'il finit par estimer qu'il passe trop souvent pour cette raison devant lui dans l'arène médiatique, il montera le ton. Des péquistes le croient, en tout cas.

La faute à qui?

Qui a alimenté le cynisme? Les partis d'opposition affirment que c'est le gouvernement Couillard. Il n'aurait pas fait tout ce qu'il devrait en matière d'éthique et d'intégrité; il n'aurait pas soldé tous les comptes de l'«ère Charest».

Le gouvernement soutient que ce sont les partis d'opposition qui alimentent le cynisme en cognant constamment sur ces questions d'éthique et d'intégrité et en faisant des raccourcis. La vérité est entre les deux. 

Le cynisme a commencé à gonfler il y a plus d'une génération dans les démocraties occidentales. Il revient dans l'actualité à intervalles réguliers, mais avec toujours plus de force.

Élitiste. Le mot renvoie à populiste, l'un de ses antonymes. C'est celui qu'a employé Philippe Couillard à l'endroit de Jean-François Lisée et de François Legault plus tôt cet automne. Rappelons-nous aussi que, pendant la course à la direction au PQ, le camp Lisée a dit d'Alexandre Cloutier qu'il était le candidat de l'establishment. Tous ces termes révèlent qu'on passe tout doucement à autre chose.

Cela étant, ni les libéraux ni les péquistes ne répéteront très longtemps que François Legault joue à Donald Trump. C'est qu'ils réalisent aussi que, pour plusieurs Québécois, M. Trump est vu comme un gagnant. Ils ne voudront pas faire cette fleur au caquiste.

La vie des partis

La CAQ tient un congrès politique en fin de semaine. Elle a décidé d'emprunter au vocable du Parti québécois. Elle se dotera ces prochaines heures d'un «article 1». Il se lit ainsi : «La Coalition avenir Québec est un parti nationaliste moderne dont l'objectif premier est d'assurer le développement et la prospérité de la nation québécoise à l'intérieur du Canada, tout en défendant avec fierté son autonomie, sa langue, ses valeurs et sa culture.»

On peut d'ores et déjà affirmer que l'adoption de ce texte n'empêchera pas Philippe Couillard de dire que la CAQ est souverainiste et Jean-François Lisée de déclarer qu'elle est fédéraliste.

Le Parti libéral du Québec est aussi réuni en congrès politique en fin de semaine. Or, ce parti est en train de devenir une simple marque de commerce et fait de plus en plus fi de ses militants, a écrit le président sortant de sa commission politique, Jérôme Turcotte. Une solide gifle!

C'est toutefois moins son propos qui a surpris que le fait qu'il soit couché noir sur blanc. Un tel cri d'alarme de l'intérieur est rare.

Le problème est criant au Parti libéral, mais tout ne roule pas comme les militants le voudraient au Parti québécois. Bien des résolutions qu'ils adoptent ne quittent jamais le cahier dans lequel on les enferme. Et à la Coalition avenir Québec, les choses se sont souvent déroulées davantage de haut en bas que de bas en haut.

Le militantisme politique est un défi.

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