Philippe Couillard doit slalomer

DÉCODAGE / Les politiciens ont peine à courir aussi vite que l'actualité... (Infographie Le Soleil)

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(Québec) DÉCODAGE / Les politiciens ont peine à courir aussi vite que l'actualité vibrionnante, surtout lorsqu'ils assument le pouvoir. Le temps politique n'est pas toujours celui des médias.

Une fois n'est pas coutume, mais le gouvernement de Philippe Couillard n'a pas traité les informations sur la surveillance de journalistes par des forces policières comme un élément d'actualité parmi d'autres. Il a été rapide.

Lundi matin, le premier ministre se trouvait à Bruxelles. C'est là qu'il a lu les premières informations sur le sujet. Il s'était rendu en Belgique pour participer à la cérémonie de signature de l'Accord économique et commercial entre le Canada et l'Union européenne.

En atterrissant à Montréal lundi après-midi, et avant de revenir dans la capitale rencontrer la directrice générale de l'UNESCO, Irina Bokova, il décide de mobiliser son gouvernement. Des ministres et des chefs de cabinet sont priés d'élaborer des propositions rapidement.

Les premiers fils s'attacheront lundi soir.

Les adversaires de Philippe Couillard répètent souvent qu'il manque de «flair politique», qu'il n'est pas suffisamment «réactif». Plusieurs commentateurs de la scène politique le disent aussi.

Chez les libéraux, cette semaine, on ne disait pas nécessairement qu'il avait eu du flair dans ce dossier. Insister sur un tel angle aurait sans doute été, à leurs yeux, ramener un enjeu démocratique - la liberté de presse et la séparation des pouvoirs politiques et policiers - à de bêtes considérations politiciennes. Cela aurait fait mauvais genre.

On préférait dire qu'il s'était passé quelque chose à la hauteur de l'enjeu.

Un sprint

Entre son retour au Québec, lundi après-midi, et l'annonce d'un premier train de mesures, mardi, il ne se sera pas écoulé 24 heures. Il a fallu sprinter et aussi slalomer.

Mardi matin, Philippe Couillard se rend dans une école de Sainte-Brigitte-de-Laval. Vers 11h, il fait un saut à la Conférence Québec-UNESCO sur la radicalisation. C'est ce qui était prévu à son agenda.

À son retour au bureau, peu avant midi, se tient une dernière séance de travail avec des ministres, parmi lesquels Martin Coiteux, de la Sécurité publique, et Stéphanie Vallée, titulaire de la Justice.

À 13h15, c'est la conférence de presse lors de laquelle sont annoncées la mise sur pied d'un comité d'experts et l'adoption prochaine d'une directive faisant en sorte qu'un corps de police devra désormais passer par le Directeur des poursuites criminelles et pénales avant de demander à un juge un mandat d'écoute pour des journalistes.

Des commentaires de «refuge»

Le Parti québécois ne réclamait pas d'enquête publique. La Coalition avenir Québec et Québec solidaire, si. N'empêche que tous les partis d'opposition ont été étonnés de l'annonce de ce premier train de mesures dès mardi.

Lors de sa longue conférence de presse sur le sujet, Philippe Couillard a glissé, comme en confidence, comme en forme d'aveu, que, cette fois, les membres de son gouvernement et lui ne pouvaient pas se contenter d'un commentaire traditionnel ou «administratif»ressemblant à : «Écoutez, les règles ont été suivies.»

Et d'ajouter : «Vous savez, ce genre de commentaire qu'on peut parfois faire...»

Ce genre de commentaire, en effet, souvent entendu, qui ressemble à un refuge politique.

Le train de mesures de mardi est tout naturellement et rapidement monté en puissance jeudi avec cette autre annonce sur la tenue d'une commission d'enquête, intervenue dans la foulée de nouvelles révélations sur la surveillance de journalistes.

D'anciens libéraux, et pas des moindres, pariaient pourtant la veille que le gouvernement n'irait jamais jusque-là. Car si, pour l'heure, l'ex-ministre péquiste de la Sécurité publique Stéphane Bergeron est sur la sellette - un élément qui a aidé le gouvernement à aller jusqu'à annoncer une commission d'enquête - c'est tout de même une boîte de Pandore qui peut s'ouvrir. Qui sait ce qui sortira de cette commission?

Temps de réaction, disions-nous? C'est en anticipant ce qui pourra se dérouler lors de cette commission d'enquête que le premier ministre s'est aussi dit prêt à examiner le mode de nomination du grand patron de la Sûreté du Québec et de celui de l'Unité permanente anticorruption. Les prochains titulaires pourraient devoir recevoir l'aval des députés de l'Assemblée nationale.

Que le gouvernement ait été plus rapide que souvent, c'est une chose méritant d'être soulignée. Il ne pourra cependant pas apporter de réponses rapides et à la hauteur des attentes dans le dossier brûlant des fraudes commises par des collecteurs de fonds libéraux lors de transactions réalisées par la Société immobilière du Québec.

Tant qu'il le pourra, tant qu'il pourra éviter d'aller plus loin, il s'en tiendra à ce qu'il a pu s'abstenir de faire à propos de la surveillance de journalistes. Il s'en tiendra à des réponses plutôt convenues - à «ce genre de commentaire» plutôt «administratif», comme dirait M. Couillard lui-même, et aux allures de refuge.

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