La ministre dit non au salaire minimum à 15$

La ministre du Travail, Dominique Vien, s'est adressée... (Le Soleil, Yan Doublet)

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La ministre du Travail, Dominique Vien, s'est adressée à de jeunes entrepreneurs de la Rive-Sud, jeudi, à l'occasion du lancement d'un cahier spécial du Soleil.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Les entreprises peuvent cesser de retenir leur souffle. Le salaire minimum ne grimpera pas à 15 $ «du jour au lendemain», a tranché la ministre du Travail, Dominique Vien. «Il n'est pas question d'aller jusque là.»

Livrant un discours devant de jeunes entrepreneurs de la Rive-Sud, la députée de Bellechasse a confié qu'il était impossible de faire passer le salaire minimum de 10,75 $ l'heure à 15 $, à court terme, soulignant que la marche était trop haute. «À 40 %, on ne peut pas se rendre là. [...] Je serais incapable de faire ça», a-t-elle affirmé, s'inquiétant des répercussions que pourrait avoir une telle mesure sur les entreprises.

Au cours des dernières semaines, Mme Vien a écouté les propositions de différents groupes intéressés par la situation. Cette semaine, elle a entre autres discuté durant une heure avec des membres de la coalition 5-10-15, qui revendiquent une hausse à 15 $. Actuellement, quelque 216 000 Québécois sont rémunérés au salaire minimum.

Le 1er mai, le gouvernement avait fait grimper le salaire minimum de 20 cents, soit environ la moyenne annuelle des hausses précédentes. Mme Vien concède toutefois que cette augmentation pourrait être plus importante pour l'an prochain et les autres années à venir.

«Beaucoup de groupes ne nous demandent pas d'y aller du jour au lendemain. Certains sont toutefois plus pressés que d'autres. [...] De combien l'augmentation sera pour la prochaine année, je ne suis pas capable de le dire pour le moment. Maintenant, est-ce qu'une augmentation de 20 cents comme nous avons eu au mois de mai, est-ce que c'est raisonnable? Je pense que c'est peu. Peut-on faire mieux? Je pense que oui», estime la ministre du Travail.

Afin de trouver un «juste milieu», Mme Vien a dernièrement demandé à son ministère d'ouvrir un chantier sur la question. Le Soleil révélait d'ailleurs cette information au mois d'août. La ministre n'avait pas voulu ni confirmer ni infirmer nos informations.

Divers scénarios

«Ce que j'ai demandé, c'est de plancher sur différents scénarios d'une part une augmentation qui serait raisonnable et très équilibrée en fonction de ce que nos entrepreneurs peuvent payer. Et également, est-il possible d'imaginer que nous puisons avoir de la prévisibilité quant au salaire minimum? J'attends des réponses», souligne Mme Vien, précisant être «très préoccupée par la situation».

L'une des avenues qu'étudie actuellement le ministère serait d'offrir un plan sur plusieurs années. Par exemple, fixer d'avance pour une période de temps le montant des hausses du salaire minimum. Les entreprises ne seraient plus informées qu'au mois de décembre pour l'année suivante. «Est-ce que c'est possible de faire ça? Pour le moment, je ne sais pas, mais on regarde», dit-elle.

Depuis plusieurs mois, le débat entourant le salaire minimum a fait couler beaucoup d'encre dans les médias. L'homme d'affaires et «dragon» Alexandre Taillefer s'est notamment montré favorable, comme plusieurs centrales syndicales, entre autres la FTQ et la CSN.

Pas de catastrophe en vue, selon l'IRIS

Une hausse marquée du salaire minimum entraînerait bel et bien des pertes d'emplois au Québec, mais beaucoup moins que les 100 000 déjà avancés. Les pertes se situeraient plutôt entre 6000 et 20 000 - ce qui est peu pour l'ensemble du Québec, indique une étude de l'IRIS publiée jeudi.

L'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS) conclut que des 24 groupes de travailleurs examinés, seuls quatre verraient leur employabilité diminuer à cause d'une hausse marquée du salaire minimum.

Il s'agirait pour l'essentiel de jeunes de 15 à 24 ans n'ayant pas terminé leurs études secondaires et de femmes de 15 à 54 ans ayant seulement un diplôme d'études secondaires. «Il y a des emplois à risque; on ne va pas dire le contraire. Mais ils sont très ciblés vers ces catégories-là. Et nous, ça nous a amenés à dire qu'il serait sans doute plus utile, plutôt que de maintenir un plancher bas pour tout le monde, de permettre à près de 98 % des travailleurs qui sont concernés par la mesure de bénéficier de la hausse et d'avoir ensuite des politiques ciblées pour aider les travailleurs qui sont moins qualifiés», a résumé au cours d'une entrevue avec La Presse canadienne Mathieu Perron-Dufour, professeur à l'Université du Québec en Outaouais et coauteur de la recherche.

M. Perron-Dufour et son collègue Raphaël Langevin en concluent qu'une hausse du salaire minimum de 10,75 $ à 15 $ sur quelques années, comme le réclament plusieurs organisations syndicales et groupes sociaux au Québec, serait loin d'être «une bombe atomique», comme l'a récemment affirmé l'économiste Pierre Fortin.

M. Perron-Dufour réfute aussi l'argument voulant que la survie de nombreuses petites et moyennes entreprises soit ainsi mise en péril, comme le soutient la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante.

Il souligne qu'entre 2008 et 2010, le salaire minimum au Québec a été haussé de 1,50 $ sur trois ans et que cela n'a pas été associé à un taux de fermeture des PME plus élevé qu'à l'habitude. M. Perron-Dufour réfute également l'argument souvent avancé voulant qu'une hausse du salaire minimum pousse davantage de jeunes au décrochage scolaire.«Entre 2008 et 2010, le salaire minimum au Québec a augmenté comme à peu de moments dans son histoire, ce qui n'a manifestement pas empêché une foule de jeunes de rester sur les bancs d'école», conclut-il dans son étude. La Presse canadienne

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