Le mot de la semaine: populisme

DÉCODAGE / «Populisme.» C'est le mot de la semaine en politique québécoise. (Infographie Le Soleil)

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DÉCODAGE / «Populisme.» C'est le mot de la semaine en politique québécoise.

Le terme est une insulte, une injure; bien que pas pour tout le monde. En Occident et ailleurs - en Europe, par exemple -, des populistes pur jus assument le qualificatif en faisant valoir qu'il signifie qu'ils sont près des citoyens, près des préoccupations populaires, près des inquiétudes du «peuple».

Pour tous les autres, le populisme est une plaie au même titre que le radicalisme - deux phénomènes qui croissent depuis plus d'une génération. Pour eux, les populistes font leur pain et leur beurre des thèmes suscitant des craintes chez une partie de la population. Et ils avancent des solutions trop simplistes pour les régler. Rien n'est plus vrai.

On comprend que le chef péquiste, Jean-François Lisée, se soit rebiffé en entendant Philippe Couillard l'en accuser dans des mots très durs. Surtout que le premier ministre a fait référence à l'extrême droite européenne, sans plus de précision. (Il existe aussi un populisme de gauche, cela dit.)

Le premier ministre français, Manuel Valls, l'a dit très clairement à Québec : il ne supporterait pas, lui non plus, qu'on le taxe de populiste. Le mot lui est insupportable.

Populiste! Il y a quelque temps, Philippe Couillard a eu envie d'attaquer le chef caquiste, François Legault, en lui lançant cette épithète. Le chef intérimaire du Parti québécois, Sylvain Gaudreault, l'a cependant devancé.

L'affaire est passée plutôt inaperçue, mais, fin août, le péquiste a très clairement accusé le caquiste de populisme : «La CAQ est un parti de droite populiste : les caquistes sautent sur tout ce qui bouge. Ils font des sorties avec des solutions simplistes. C'est du populisme. Il ne faut pas se gêner pour le dire.»

En son temps, l'Action démocratique du Québec a souvent été accusée de populisme.

Trois ans plus tard...

Philippe Couillard explique que s'il bondit de la sorte devant les thèmes qu'il associe au populisme, c'est pour protéger les plus vulnérables.

En 2013, alors chef de l'opposition officielle, il avait pourfendu la charte des valeurs du gouvernement Marois en ces termes : «On est dans une manifestation étroite et revancharde du nationalisme, avait-il dit. On veut créer chez les Québécois, francophones particulièrement, une impression d'assiégement.»

Oui, à quelques mots près, c'est exactement ce qu'il a déclaré samedi dernier, au lendemain de l'élection de M. Lisée à la tête du Parti québécois.

Stratège et tacticien

Plus largement, le chef libéral ne veut pas laisser «un pouce aux souverainistes».

Il sait que Jean-François Lisée sera un redoutable chef de l'opposition officielle. C'est un stratège et un tacticien. Il prévoit les coups. Il est habile.

Par les mots qu'il sait habilement choisir, le neuvième chef péquiste parvient à faire en sorte que sa volonté de «rééquilibrer» ses positions sur la laïcité soit vue non pas comme un pas de côté, mais comme du pragmatisme que commandent ses nouvelles responsabilités.

Des déchirures partout

Il est vrai que le contexte français et le nôtre sont différents, mais la visite du premier ministre français à Ottawa, à Montréal et à Québec a démontré qu'il est plus près de Jean-François Lisée que de Philippe Couillard et de Justin Trudeau en matière de laïcité. En fait, la France a déjà été, et depuis longtemps, beaucoup plus loin dans les interdits que ne l'envisage - ou l'a envisagé - le chef péquiste.

Ce qu'il faut relever, c'est que dans tous les partis politiques traditionnels, ce sujet crée des déchirures. Il n'y a pas plus d'unanimité au Parti socialiste français de M. Valls qu'au Parti québécois sur les questions identitaires. Il n'y a pas unanimité non plus au Parti libéral du Québec et à la Coalition avenir Québec. Ni au parti de droite français Les Républicains.

S'il existe une parenté en pointillé sur la laïcité entre Jean--François Lisée et Manuel Valls, ce dernier n'est toutefois pas du genre à souhaiter, même en secret, que le Québec devienne un État souverain. D'origine catalane, le premier ministre français ne voit pas d'un bon oeil le projet d'indépendance de la Catalogne du reste de l'Espagne. Partant de là, on ne doit pas s'étonner qu'il préfère que le Québec, «nation soeur» de la France, a-t-il dit, demeure au sein de l'ensemble canadien.

Cela étant, comme tous les dirigeants français depuis plus d'une génération, il s'est tenu très loin de cette question.

Une note pour conclure : pour ne pas se faire dire qu'il s'assujettissait à Ottawa dans sa relation avec la France, et pour montrer qu'il était le seul maître en la matière, le gouvernement de Philippe Couillard a pris soin de faire retirer le drapeau canadien du Salon rouge, vendredi. Lors de la signature d'ententes officielles entre Manuel Valls et Philippe Couillard, on voyait donc seulement des drapeaux du Québec, de la France et de l'Union européenne.

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