Quatre murs devant le 9e chef

DÉCODAGE / Jean-François Lisée a plusieurs murs à franchir devant lui. (Infographie Le Soleil)

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DÉCODAGE / Jean-François Lisée a plusieurs murs à franchir devant lui.

Évidemment, le mur des divisions internes sera le plus urgent à abattre - ce mur des clans, celui des partis dans le parti.

Au Parti québécois (PQ), on répétera qu'on en a vu d'autres. C'est vrai qu'on en a recollé, des pots cassés depuis plus de 40 ans. Mais le pot d'origine a été tant et tant fissuré qu'il n'a jamais eu le même lustre d'une fois à l'autre. Il s'est chaque fois davantage fragilisé.

La course qui s'est achevée hier soir laissera des meurtrissures entre collègues députés.

Dans le camp d'Alexandre Cloutier, on estime que Jean--François Lisée est sorti des règles habituelles d'une campagne interne. Des coups ont été donnés qui ne s'oublieront pas facilement.

À terme, ces déchirures pourraient provoquer des départs.

Le deuxième mur à franchir sera celui du grand congrès des membres de septembre 2017. C'est que le programme sur lequel le nouveau chef a fait campagne ne deviendra pas automatiquement celui du parti - et pourrait même théoriquement ne jamais le devenir.

Près de 2000 supermilitants participeront à ce congrès. Ces membres-là constituent le noyau dur de la planète péquiste. Ils ont beau s'être assagis au fil du temps, leurs vues n'épousent jamais totalement celles de l'ensemble des membres du parti.

Ils peuvent se montrer plus pressés que la moyenne en ce qui a trait à la démarche référendaire. Ou plus ou moins «identitaires», selon les époques.

Les congrès ne sont jamais une sinécure pour les chefs. Des leaders comme René Lévesque, Jacques Parizeau et Bernard Landry en ont fait les frais.

Ces congrès ont beau être préparés en amont, ils sont toujours imprévisibles.

D'ici à ce congrès, Jean-François Lisée, la commission politique du parti et l'exécutif national du parti travailleront main dans la main pour élaborer ce qu'on appelle dans le jargon péquiste la «proposition principale». Les supermilitants l'éplucheront, l'amenderont et voteront sur le tout.

C'est le résultat de ce rendez-vous de septembre 2017 qui constituera le prochain programme politique du Parti québécois.

Le troisième mur à franchir a pris de la hauteur depuis une génération.

Depuis les élections générales de septembre 1994, le Parti québécois a perdu pas moins de 677 000 électeurs!

Pendant ce temps, le vote du Parti libéral du Québec s'est maintenu.

C'est au profit de Québec solidaire et de l'Action démocratique du Québec, transformée en Coalition avenir Québec, que le Parti québécois a perdu autant de plumes.

Les électeurs québécois l'ont plus écorché que les autres depuis une génération.

Les circonvolutions

Le Parti québécois entre dans une nouvelle étape de son existence. Une énième.

Rappelons-le : il y a eu l'«étapisme» de René Lévesque et de Claude Morin, l'éternel débat sur «l'élection référendaire», le «si-vous-votez-pour-nous-vous-aurez-un-référendum-sur-la-souveraineté» de Jacques Parizeau, les «conditions gagnantes» de Lucien Bouchard, le référendum «le plus tôt possible» de Bernard Landry et aussi d'André Boisclair, des débats sur la pertinence de poser des «gestes de rupture» avec le reste du Canada, la proposition de «référendums sectoriels», la «gouvernance souverainiste» de Pauline Marois, ainsi que le projet d'un référendum «au moment approprié» - qui figure toujours officiellement au programme du parti.

On est passé par le «brassage d'idées» et la «saison des idées». À intervalles réguliers, le flou a constitué une stratégie électorale - une posture désormais décriée par tous les ténors du PQ.

Il y a aussi eu, remontons à nouveau dans le temps, le «beau risque» de René Lévesque et «l'affirmation nationale» de Pierre Marc Johnson.

Une énième étape s'ouvre avec M. Lisée.

Mais voilà le Parti québécois divisé non seulement sur la démarche vers la souveraineté, mais sur les délicates questions identitaires.

«Raviver la flamme»

En janvier 2001, le premier ministre Lucien Bouchard a surpris tout le monde en annonçant qu'il jetait l'éponge.

Au tournant de 1999 et de 2000, son gouvernement avait présenté le projet de loi 99 afin de riposter à celui sur la «clarté» référendaire d'Ottawa. Le projet de loi 99 prenait appui sur le droit des Québécois à choisir leur avenir, sur l'intégrité territoriale du Québec et sur la règle du «50 % des votes plus un».

Lucien Bouchard espérait pouvoir «raviver la flamme» souverainiste avec cette réplique à Ottawa.

Par la suite, il dira regretter que les Québécois soient demeurés impassibles devant les «offensives fédérales».

L'enlisement du Parti québécois a eu une conséquence très concrète, notons-le au passage. Il a permis au gouvernement fédéral de ne plus songer, même de très loin, à une éventuelle proposition de renouvellement du fédéralisme. À Ottawa, on est passé à autre chose.

Aucun chef péquiste n'est parvenu à raviver la fameuse flamme. Insuffler une nouvelle vitalité au mouvement souverainiste : tel est bien le quatrième défi du nouveau chef. Un défi qui ressemble lui aussi à un mur.

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