Daoust part dans la tourmente

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Le dossier de la vente de RONA aura été la goutte qui fait déborder le vase dans le cas du ministre des Transports, Jacques Daoust.

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(Québec) Le passage houleux du ministre des Transports Jacques Daoust en politique est terminé. Il a démissionné vendredi, quelques heures après que le premier ministre eut refusé de lui réitérer sa confiance.

Le dossier de la vente de RONA aura été la goutte qui a fait déborder le vase dans le cas du ministre-député de Verdun. Le coup fatal a été la diffusion par TVA d'un échange de courriels qui montre que son cabinet a autorisé Investissement Québec (IQ) à vendre son bloc d'actions dans le géant québécois de la quincaillerie.

Le ministre a toujours assuré qu'il n'a jamais donné son feu vert à la transaction qui privait Québec de tout levier auprès de RONA.

«Force est de constater que, bien que je n'aie quoi que ce soit à me reprocher et que j'aie toujours dit la stricte vérité, le dossier concernant les actions de RONA est devenu une distraction qui porte ombrage à la réalisation du plan de notre gouvernement», a expliqué M. Daoust par voie de communiqué.

Les courriels indiquent que le chef de cabinet, Pierre Ouellet, a donné son aval à IQ qui s'enquerrait de l'appui du ministère à la vente des 11 millions d'actions.

Vendredi matin, le ministre Daoust a soutenu au micro de Paul Arcand que son chef de cabinet a agi de son propre chef et à son insu. Il a aussi rejeté la possibilité d'une démission. Le ministre Daoust a subi le feu nourri des partis d'opposition la session dernière dans ce dossier. Le premier ministre a toujours appelé à prendre la «parole» de son ministre.

Toutefois, vendredi, à Saint-Félicien, M. Couillard a refusé de réaffirmer sa confiance à M. Daoust.

«Des questions sérieuses sont déposées», a déclaré le premier ministre. «Elles sont importantes pour moi. Elles devront avoir des réponses très rapidement.»

«Menteur»

Les partis d'opposition n'ont pas ménagé le ministre en le traitant de «menteur» et en exigeant sa tête. Le péquiste Alain Therrien a accusé M. Couillard d'avoir «les mains sales» parce qu'il n'a pas vérifié les dires de son ministre au fil des mois.

Une enquête de la vérificatrice générale et des procès-verbaux d'Investissement Québec donnaient à penser que le ministre était au fait de la situation et l'avait endossée.

Vendredi, le premier ministre a parlé des «informations nouvelles» qui ont été révélées par les courriels. Après la démission, il a salué par communiqué le «dévouement et la contribution à l'économie du Québec» de M. Daoust.

Une commission parlementaire sera tenue jeudi prochain pour éclaircir les circonstances de la vente des actions d'Investissement Québec.

La pression des partis d'opposition s'accentue pour faire comparaître M. Daoust, son ex-chef de cabinet, voire le chef de cabinet du premier ministre. Le départ de M. Daoust forcera le premier ministre à faire des «ajustements» à son conseil des ministres qui seront annoncés samedi.

Élection à Verdun

Une quatrième élection complémentaire devra de toute évidence être déclenchée à l'automne dans Verdun, comme cela sera le cas dans Saint-Jérôme (Pierre Karl Péladeau), Marie-Victorin (Bernard Drainville) et Arthabaska (Sylvie Roy). Après une carrière dans le secteur bancaire et à la tête d'Investissement Québec, M. Daoust a fait le saut en politique en 2014. Il a été passablement éprouvé au cours des derniers mois.

Il a été au coeur de la controverse sur les irrégularités constatées par son prédécesseur aux Transports, Robert Poëti, et auxquelles son cabinet n'aurait accordé que peu d'intérêt, selon une vérificatrice. Sa gestion du dossier d'Uber n'a pas fait l'unanimité au Conseil des ministres non plus.

L'affaire n'est pas close, prévient l'opposition

La démission de Jacques Daoust - «l'agneau sacrifié» - est loin de mettre le couvercle sur la marmite de la vente de RONA pour les partis d'opposition.

Il est impossible aux yeux des péquistes, des caquistes et des solidaires que le chef de cabinet de M. Daoust ait pris sur lui d'avaliser la liquidation du bloc d'actions d'Investissement Québec. «Pour une décision de cette envergure, il faut certainement que le cabinet du premier ministre soit mis au courant», postule le chef intérimaire du Parti québécois, Sylvain Gaudreault.

Comparution réclamée

Il importe maintenant que les libéraux consentent à faire comparaître M. Daoust, son ex-chef de cabinet Pierre Ouellet et même le chef de cabinet du premier ministre pour faire la lumière sur les événements lors de la commission parlementaire de jeudi prochain, affirme-t-il.

Quiconque est minimalement sensibilisé à la politique active rejette la théorie d'une décision unilatérale du chef de cabinet de M. Daoust, affirme le caquiste François Bonnardel.

Surtout que le quincaillier RONA avait été visé par une offre d'achat hostile deux ans auparavant, note-t-il.

«Le problème reste entier, ajoute M. Bonnardel. J'ose espérer que M. Couillard veut que les Québécois sachent ce qui s'est passé.»

Chez Québec solidaire, la députée Manon Massé demande que l'ensemble des courriels et le répertoire des appels téléphoniques du chef de cabinet Ouellet avec le bureau du premier ministre. «Je crois que M. Couillard en sait plus qu'il ne le dit, affirme Mme Massé. Il ne bernera personne s'il tente de faire de Jacques Daoust le seul bouc émissaire.»

Qui est Jacques Daoust?

  • Ministre de l'Économie, de l'Innovation et des Exportations de 2014 à 2016;
  • Élu député du Parti libéral du Québec en avril 2014;
  • Président et chef de la direction d'Investissement Québec de 2006 à 2013;
  • Professeur invité à HEC Montréal en 2006;
  • De 1986 à 2005, il a occupé plusieurs postes de direction au sein de la Banque Laurentienne et de la Banque Nationale.

Chronologie de la controverse

  • 8 juillet 2012 : La chaîne américaine Lowe's dépose une offre d'achat non sollicitée de 1,76 milliard $ pour l'achat de la chaîne Rona.
  • 26 juillet 2012 : Le conseil d'administration rejette l'offre de Lowe's, arguant qu'elle n'est pas «dans le meilleur intérêt de Rona».
  • 31 juillet 2012 : La Caisse de dépôt et placement acquiert 2,4 millions d'actions de Rona, pour porter sa participation à plus de 14 pour cent de l'entreprise.
  • Août 2012 : Investissement Québec entreprend l'achat massif d'actions de Rona.
  • 9 novembre 2012 : Le PDG de Rona, Robert Dutton, est poussé à la démission par le conseil d'administration.
  • 19 mars 2013 : Rona nomme Robert Sawyer, anciennement chez Métro, comme nouveau PDG.
  • 17 novembre 2014 : Le conseil d'administration d'Investissement Québec prend la décision de vendre ses 11,1 millions d'actions de Rona.
  • 26 novembre 2014 : Dans un échange de courriels privés entre le vice-président d'Investissement Québec et le chef de cabinet de Jacques Daoust, alors ministre de l'Économie, le gouvernement du Québec donne son accord à la vente des actions.
  • 15 décembre 2014 : Le conseil d'administration d'Investissement Québec est informé que le cabinet du ministre Daoust a donné son accord à la vente de la totalité des actions de Rona.
  • 3 février 2016 : Lowe's annonce l'achat de Rona pour 3,2 milliards $ CAN. La Caisse de dépôt annonce du même coup qu'elle appuie la vente et déposera ses actions.
  • 31 mars 2016 : Les actionnaires de Rona approuvent la transaction avec Lowe's.
  • 2 juin 2016 : Sur la base des procès-verbaux d'Investissement Québec, la vérificatrice générale conclut que le ministre Daoust a approuvé la vente des actions d'Investissement Québec. M. Daoust maintient qu'il n'a jamais été mis au courant.
  • 3 juin 2016 : L'ancien PDG de Rona, Robert Dutton, fustige le ministre Daoust pour son inaction dans le dossier.
  • 19 août 2016 : L'échange de courriels du 26 novembre 2014 est dévoilé par plusieurs médias. Le premier ministre Philippe Couillard demande des explications à son ministre. Jacques Daoust démissionne de ses fonctions de ministre et de député, tout en maintenant qu'il a «toujours dit la vérité» dans le dossier. La Presse Canadienne

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