Deltell se souvient d'une femme forte

Gérard Deltell, qui a fait équipe avec Sylvie... (La Presse Canadienne, Jacques Boissinot)

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Gérard Deltell, qui a fait équipe avec Sylvie Roy au sein de l'Action démocratique du Québec, a loué les qualités humaines de celle qu'il a connue alors qu'il était journaliste. Sur la photo, le duo dans les corridors de l'Assemblée nationale en 2009.

La Presse Canadienne, Jacques Boissinot

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(Québec) Le député fédéral de Louis-Saint-Laurent Gérard Deltell se souvient de Sylvie Roy comme d'une femme forte, de qui il était très proche «aux plans humain et personnel».

«De 2009 à 2012, on était juste quatre de l'ADQ qui avaient survécu à la vague. Alors Janvier [Grondin], François [Bonnardel], Sylvie [Roy] et moi, on était tricotés serrés», se remémore-t-il.

M. Deltell a d'abord côtoyé Mme Roy comme journaliste. Il se souvient avoir fait un reportage sur l'arrivée de sa petite dernière, aujourd'hui âgée de 12 ans. «C'était assez rare à l'époque, et même aujourd'hui, d'avoir une femme députée qui donne naissance», lance-t-il. 

Puis, il a été élu à ses côtés. Elle a été son chef intérimaire et il a ensuite été son chef. Aujourd'hui, il loue son flair politique et son engagement constant envers ses citoyens. «Vous pouvez pas avoir été élue cinq fois par chance, par hasard ou par accident», illustre-t-il. 

Aujourd'hui, toutes ses pensées vont aux enfants de Sylvie Roy, qu'elle «aimait beaucoup». «Je leur souhaite tout le courage nécessaire», dit-il avec émotion. Même s'il était au courant que Mme Roy était hospitalisée ces dernières semaines, Gérard Deltell s'est fait discret et ne pensait jamais que son état était si grave. 

Janvier Grondin, ex-député de Beauce-Nord, se rappelle avec affection sa voisine de circonscription et sa voisine de bureau à l'Assemblée nationale. «On était complices, on était toujours ensemble. Je l'aidais quand elle avait des dossiers agricoles et elle m'aidait dans les dossiers juridiques», dit-il à propos de l'avocate de formation. 

M. Grondin a vu Mme Roy pour la dernière fois à la fin de la session parlementaire, en juin. «Elle avait l'air en pleine forme! De mon côté, je n'avais pas détecté quoi que ce soit», lance-t-il. 

«Elle avait une job de députée à faire et elle la faisait très bien. Il y a des ministres qui se faisaient brasser. C'était un pitbull, comme je lui disais souvent. Quand elle mordait à quelque chose, elle allait jusqu'au bout», se remémore M. Grondin. 

L'ex-député se désole que Sylvie Roy ait quitté la CAQ dans la tourmente, l'an dernier. Elle a toutefois continué à défendre ses idées et à travailler fort comme indépendante, selon lui, notamment dans le dossier du registre des armes à feu. «Sylvie, pour être heureuse, il lui fallait de l'action, quelque chose en avant d'elle», résume M. Grondin.

À l'origine de l'effet «boule de neige»

MONTRÉAL - Aux yeux de deux ex-témoins-vedettes de la Commission Charbonneau, la députée Sylvie Roy aura été le catalyseur de la volonté politique ayant mené au déclenchement d'une enquête publique sur les malversations dans l'industrie de la construction.

Mais malheureusement, selon le syndicaliste Ken Pereira et l'ex-entrepreneur Lino Zambito, Mme Roy, décédée dimanche à l'âge de 51 ans, n'a pas reçu tout le crédit qu'elle méritait.

Au cours d'entretiens avec La Presse canadienne, lundi, ceux-ci ont souligné le travail «colossal» de la députée de la circonscription d'Arthabaska, dans le Centre--du-Québec, à une époque où de nombreux élus doutaient de la pertinence d'une enquête publique sur la construction.

«Bien avant Jacques Duchesneau [élu sous la bannière caquiste en 2012], il y avait une femme qui criait haut et fort à tous les jours et qui a fait avancer le dossier et c'est Sylvie Roy», a rappelé M. Pereira.

«Du moment que M. Duchesneau est arrivé, on peut dire que la voix de Mme Roy a été éteinte», a-t-il ajouté.

Industrie transformée

Non seulement Mme Roy demandait depuis 2009 - avant que l'Action démocratique du Québec soit absorbée par la Coalition avenir Québec - une enquête publique sur l'industrie de la construction, mais elle maîtrisait très bien son dossier, a ajouté le syndicaliste, qui a entre autres dénoncé les comptes de dépenses de l'ancien directeur général de la FTQ-Construction Jocelyn Dupuis.

Pour ces raisons, c'est Mme Roy qui a été à l'origine de l'effet «boule de neige» à l'Assemblée nationale à l'égard de ce dossier, a insisté pour sa part M. Zambito.

«Sans la commission, l'industrie ne serait pas où elle est aujourd'hui, a-t-il dit. Je pense que son travail a été colossal par rapport à tout ça. Les retombées de la commission ont profondément changé l'industrie.»

À force de taper quotidiennement sur le même clou, ce sont tous les partis d'opposition qui ont fini par réclamer une enquête publique avant de faire plier le gouvernement libéral de l'époque dirigé par Jean Charest, a ajouté M. Zambito.

Pour les dénonciateurs qui se manifestaient sur la place publique à travers les médias, M. Zambito a estimé que le travail accompli par Mme Roy à l'Assemblée nationale leur a permis de voir la «lumière au bout du tunnel».

Remerciements d'un des commissaires

Même l'ancien vérificateur général du Québec Renaud Lachance - également l'un des commissaires de la Commission Charbonneau - s'est permis de saluer la contribution de la députée.

«Elle était une députée prenant à coeur son rôle de parlementaire, a-t-il indiqué dans une déclaration transmise par courriel. Elle a fait de la question d'intégrité et de saine gestion des fonds publics parmi ses grandes valeurs et pour cela, moi à titre d'ancien vérificateur général et à titre de citoyen du Québec, je la remercie profondément.»

M. Lachance n'a pas voulu accorder d'entrevue. Du côté de la Commission de la construction du Québec, la présidente-directrice générale, Diane Lemieux, n'était pas disponible pour réagir.

Même la FTQ-Construction, qui a été parfois écorchée par Mme Roy avant de finalement se ranger derrière ses revendications, a vanté la persévérance de cette dernière.

«Nous n'avons pas toujours été en accord avec les positions de Mme Roy, a convenu le directeur général du syndicat, Yves Ouellet. Mais quelqu'un qui ne pose pas de questions, ça ne fait pas avancer les choses.»

Avec La Presse Canadienne

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