Trop dure, la politique?

Entouré de sa femme, Martine Forand, et de... (La Presse Canadienne, Paul Chiasson)

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Entouré de sa femme, Martine Forand, et de ses enfants, Lambert et Rosalie, le leader parlementaire Bernard Drainville a confirmé mardi qu'il quittait ses fonctions politiques.

La Presse Canadienne, Paul Chiasson

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(Québec) La vie politique est de plus en plus difficile et exigeante, a déclaré Philippe Couillard dans la foulée de la démission de Bernard Drainville de son poste de leader parlementaire du Parti québécois et de député de Marie-Victorin. M. Drainville est le 11e parlementaire à démissionner de l'Assemblée nationale depuis les élections générales d'avril 2014.

«Je pense que tous ceux et celles qui sont dans ce monde-là savent à quel point ça a changé profondément, a déclaré le premier ministre mardi matin. On est dans le monde de l'instantané, de la pression constante, des médias sociaux.»

«C'est difficile, c'est correct. On est là pour ça, pour faire des choses difficiles, mais ça met énormément de pression sur les individus», a commenté M. Couillard.

Des propos tenus, il faut le noter, quelques jours après une session parlementaire particulièrement difficile pour son gouvernement.

Les circonstances et les raisons de ces 11 démissions sont aussi nombreuses qu'il y a d'élus qui ont préféré aller voir ailleurs. Bernard Drainville, qui a reçu une offre du FM93, a expliqué avoir perdu le feu sacré avec la démission de Pierre Karl Péladeau. Il sait aussi qu'il n'aurait pas joué le même rôle avec la personne qui succédera à M. Péladeau.

Mais la vie politique à l'Assemblée nationale est-elle de plus en plus difficile pour ceux qui y ferraillent? Qu'en pensent d'autres parlementaires?

Pas à plaindre, mais...

Les députés ne sont pas à plaindre, tiennent à souligner ceux d'entre eux qui acceptent d'aborder cette question. Ils rappellent qu'ils ne travaillent pas au salaire minimum dans de petits commerces délabrés.

Le chef intérimaire du Parti québécois, Sylvain Gaudreault, prend soin de dire qu'il n'y a pas si longtemps, des jeunes «rentraient à 16 ans à l'Alcan et en sortaient 50 ans plus tard».

«Personne ne nous a forcés à nous présenter dans une investiture et à une élection, insiste-t-il. Il ne faut pas qu'on se plaigne en disant que c'est dur!»

Pire qu'avant? Sylvain Gaudreault n'est pas prêt à l'affirmer.

Difficile? «C'est un emploi atypique, répond-il. Il demande des présences loin de la maison pendant plusieurs jours de suite. Il faut faire face aux médias. Il faut toujours être convaincu; il faut toujours être convaincant. Il faut toujours aller au front.» Cela, poursuit-il, c'est sans compter la «pression médiatique».

La «pression médiatique» est davantage montrée du doigt par les députés et les ministres que la pression politique des adversaires.

Ces dernières semaines, des députés comme la péquiste Nicole Léger ont dit qu'il fallait cesser d'ajouter des heures de travail dans les commissions parlementaires, que celles-ci les empêchaient plus qu'avant de passer du temps en circonscription.

Plus d'une fois, le leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier, a demandé à Bernard Drainville - qui était son vis-à-vis à l'Assemblée nationale - s'il réclamait bel et bien la tenue de larges consultations publiques en commission parlementaire pour étudier tel ou tel projet de loi.

M. Fournier estimait que M. Drainville en réclamait trop - ce qui, a-t-il déclaré pas plus tard que mardi dernier, «ne facilite pas la conciliation Québec-comté» et complique la vie de bien des parlementaires.

«On saura trouver le juste équilibre entre nos responsabilités de législateurs et nos responsabilités de députés et dignes représentants de nos comtés respectifs», avait répondu M. Drainville ce jour-là, une semaine avant de tourner le dos à la politique.

Selon les statistiques, les députés québécois siègent beaucoup plus que leurs homologues ontariens en commission parlementaire. Entre 2010 et 2014, les députés de l'Assemblée nationale du Québec ont siégé 5555 heures en commission parlementaire, selon une compilation qu'a fait effectuer le président de l'institution, Jacques Chagnon. En Ontario, les députés ont siégé 1113 heures, soit cinq fois moins.

Un successeur sous peu

Le chef intérimaire du Parti québécois, Sylvain Gaudreault, se donne quelques jours pour nommer un successeur à Bernard Drainville au poste de leader parlementaire. Il n'attendra pas la fin de l'été, même si la prochaine session parlementaire ne s'ouvrira que le 20 septembre prochain.

Le député péquiste confirme son départ

Abattu par le départ de Pierre Karl Péladeau et «à risque» de ne plus avoir envie de faire de la politique, le député et ex-ministre péquiste Bernard Drainville a confirmé mardi matin qu'il quittera son poste pour se réorienter vers une carrière d'animateur de radio.

«Ce n'était pas quelque chose que j'avais prévu. En tout cas, pas à court terme. Mais là, il y a un alignement de planètes et j'en viens à la conclusion que c'est là que je peux être le plus utile pour la suite des choses», a-t-il déclaré dans un centre communautaire situé dans sa circonscription de Marie-Victorin.

L'offre du groupe Cogeco l'a convaincu de faire le saut, parce qu'il craignait de ne plus pouvoir remplir ses fonctions «à 100, à 200 ou à 300 %» comme il dit l'avoir toujours fait. M. Drainville a martelé que ses convictions étaient intactes et qu'il ferait valoir ses idées sur cette nouvelle tribune.

Âgé de 53 ans, il n'a d'ailleurs pas complètement fermé la porte à un retour en politique si l'occasion se présente, en compagnie d'un chef avec qui il développerait une complicité semblable à celle qu'il avait avec M. Péladeau. «Je quitte la politique, ce n'est pas pour y retourner. Maintenant, si vous me demandiez : est-ce que vous écartez toute possibilité pour le reste de vos jours de faire de la politique? Je vous dirais : non», a-t-il expliqué.

Son bilan

Au moment de tracer son bilan, Bernard Drainville s'est dit fier de toutes les réformes démocratiques qu'il a pu mettre en place lors du court passage au pouvoir du Parti québécois, entre 2012 et 2014. Il n'a montré aucun signe de regret quant au projet de loi controversé sur la laïcité qu'il avait défendu bec et ongles à l'époque.

«Oui, la laïcité procède d'une conception exigeante du service public. Je ne m'en excuserai pas. J'ai une conception élevée du service public», a-t-il lancé.  Avec La Presse Canadienne

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