Interdire les pitbulls, «la solution facile»

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Pour Daniel Renaud est d'avis que les propriétaires de pitbull devraient être obligés de faire stériliser leur animal.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) La mort d'une femme de Montréal mercredi à la suite de l'attaque d'un pitbull relance le débat sur la pertinence d'interdire ce type de chien. Pour certains, il vaut mieux resserrer la réglementation sur les chiens dangereux plutôt que de cibler certaines races. Québec et les municipalités étudieront la question au cours des prochains mois.

«Interdire, c'est la solution facile», lance Daniel Renaud, propriétaire du Centre sportif canin dans Limoilou. Il y a quelques années, il était pour l'interdiction du pitbull. Au fil des ans, son opinion a changé. Il en est même venu à adopter Léa, une femelle pitbull.

Pour lui, le problème repose sur l'absence de réglementation entourant la possession des pitbulls. En effet, les propriétaires sont souvent des jeunes de moins de 30 ans. La réputation que s'est forgée la bête incite plusieurs d'entre eux à en posséder un pour les mauvaises raisons : aimer faire peur ou les dresser pour en faire des chiens d'attaque ou de combat.

«Aux États-Unis, on va jusqu'à scruter les antécédents judiciaires des gens avant de leur accorder le droit d'en avoir un», illustre-t-il. Comme quoi, le problème peut aussi bien être à chaque bout de la laisse.

Sa réflexion s'étend aussi au fait que les propriétaires d'un pitbull devraient être obligés de faire stériliser leur animal. Une façon efficace d'empêcher ce qu'il appelle «les accouplements de fond de cour». De même, la vente d'animaux par quiconque sur les sites de petites annonces devrait être proscrite.

M. Renaud évalue la dangerosité des chiens laissés en adoption à la SPA de Québec. Le directeur général de l'organisme, Denys Pelletier, rapporte que 8,2 % des chiens qui sont confiés au refuge sont des pitbulls. De ce pourcentage, 8 % ont été mis en adoption. «Ça me fait dire qu'il n'y a pas de problématique avec les pitbulls à Québec», lance-t-il.

François Labbé est maître-chien à l'Académie Tops-k9 de Lévis. Il partage l'opinion de ses confrères. «Il faut avoir un règlement contre les chiens dangereux, pas contre les pitbulls. Je conseille de faire une évaluation par un professionnel et d'obliger les propriétaires à suivre un cours.»

Le dresseur offre des cours à domicile un peu partout dans la région de Québec. Une douzaine de ses clients sont propriétaires d'un pitbull. Un seul à un léger problème d'agressivité, rien qui ne peut se régler. «Je remarque que les gens sont plus responsables. Ils suivent des cours alors que ce sont encore des chiots.»

Lévis interdit depuis 2013 les races de chiens de type pitbull, ainsi que les hybrides et même les chiens d'une autre race, de race croisée «qui possèdent des caractéristiques physiques substantielles» d'un chien pitbull.

Le porte-parole de la Ville, Stéphane Guay, semble indiquer que le règlement a contribué à faire diminuer le nombre de plaintes contre les chiens dangereux. Il est passé d'une dizaine en 2012 à seulement deux l'an passé.

On peut quand même se questionner sur la notion de «sécurité publique» puisque les propriétaires fautifs reçoivent un constat d'infraction - la police en a remis 30 en 2015 -, mais jamais les chiens ne sont saisis.

À Québec, le règlement renvoie à la notion de chien dangereux. Ainsi, un animal qui en blesse un autre ou un humain peut être saisi et remis à la fourrière, voire euthanasié.

Enjeu de sécurité publique

Avant même que le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, fasse l'annonce de la création d'une table de travail sur la réglementation entourant les pitbulls, l'Union des municipalités du Québec (UMQ) confiait au Soleil que la commission permanente de sécurité publique de l'organisme avait accéléré sa réflexion sur le sujet au cours des derniers mois.

«Nous sommes en train de documenter tout ça en regardant ce qui se fait ailleurs. Faut-il un règlement pour interdire, pour museler certains chiens ou les restreindre à des endroits sécuritaires? Nous verrons», explique Patrick Lemieux, responsable des communications pour l'organisme.

Le président de l'UMQ, Bernard Sévigny, maire de Sherbrooke, a lui-même adopté un règlement sur les chiens dangereux à l'image de celui de Québec. La Fédération québécoise des municipalités participera aussi aux travaux de la table.

En Ontario, le gouvernement provincial a légiféré en 2005 pour interdire les pitbulls sur l'ensemble de son territoire.

Couillard annonce un groupe de travail

Contredisant son ministre de la Sécurité publique, le premier ministre Philippe Couillard a annoncé jeudi qu'il formera un groupe de travail pour déterminer ce qui doit être fait au sujet des chiens pitbulls.

Au lendemain de l'horrible décès d'une Montréalaise qui a été attaquée par un pitbull, M. Couillard a déclaré que le gouvernement québécois a un rôle à jouer.

«On s'attend à ce que les municipalités puissent le faire parce que ce sont elles qui sont les plus proches des citoyens et constatent les enjeux et sont capables de les contrôler de façon beaucoup plus efficace», a expliqué M. Couillard.

«Mais je ne pense pas que l'État du Québec puisse complètement se décharger de ses responsabilités sur les municipalités», a-t-il ajouté.

Pourtant, en matinée, le ministre de la Sécurité publique et des Affaires municipales, Martin Coiteux, avait affirmé que cette responsabilité d'interdire ou pas ce type de chien ne relève pas de Québec, mais plutôt des municipalités. Tout au plus disait-il qu'une «réflexion devait avoir lieu».

«Ce n'est pas en vertu des lois provinciales qu'on agit en la matière, avait-il ajouté. Aujourd'hui, c'est une responsabilité municipale.»

L'Ontario avait pourtant adopté en 2005 une loi pour bannir cette race de chien.

Forte perception

Le porte-parole du Parti Québécois en matière d'affaires municipales, Martin Ouellet, estime que le gouvernement du Québec doit agir.

«Le drame d'hier a laissé une perception forte dans l'opinion publique quant au réel danger de ce type d'animal dans les communautés. Aujourd'hui, le gouvernement ne peut se défiler et renvoyer la balle dans le camp des municipalités. La mort de cette dame est une mort de trop», a déclaré M. Ouellet dans un communiqué.

Pour la députée caquiste Sylvie D'Amours, l'annonce du groupe de travail est insuffisante car le temps de la réflexion est fini, juge-t-elle.

«Moi, je pense qu'on est rendu au temps de légiférer. Ça fait longtemps qu'on en parle. Ça a pris un décès pour qu'on commence à se réveiller. Ça fait plus d'un an que j'en parle au ministre, et [mercredi] il est arrivé un grave accident, il y a mort de personne, et on est encore en train de dire: ''On va discuter''», a-t-elle déploré.

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