Une affaire d'État

DÉCODAGE / L'ex-ministre Robert Poëti, relégué au rang de député à la fin... (Infographie Le Soleil)

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(Québec) DÉCODAGE / L'ex-ministre Robert Poëti, relégué au rang de député à la fin janvier par Philippe Couillard, a eu la tête de la sous-ministre des Transports, Dominique Savoie.

Le gouvernement devait prendre des mesures rapidement pour tenter de circonscrire l'incendie politique qui a éclaté mercredi, à la suite des révélations de L'actualité. D'où la décision du premier ministre Philippe Couillard, prise d'urgence tôt le lendemain matin, de démettre de ses fonctions Mme Savoie, ainsi que Pierre Ouellet, qui officiait à titre de chef de cabinet de l'actuel ministre des Transports, Jacques Daoust.

Rendue publique mercredi, la lettre envoyée le 27 avril par Robert Poëti à son successeur, Jacques Daoust, trois mois après le remaniement ministériel, relève d'un feuilleton politique inédit. C'est une lettre polie, mais pleine de reproches.

Robert Poëti y dit vouloir s'assurer que ses préoccupations quant à de possibles irrégularités au ministère des Transports du Québec (MTQ) ne soient pas ignorées. Une façon de dire que ce qui s'y passe est sérieux et, surtout, que son propre gouvernement n'y prête pas attention.

Quand on dit que les remaniements sont à hauts risques...

Y a-t-il eu une volonté de camoufler des irrégularités de la part de la haute hiérarchie du ministère des Transports, à commencer par Dominique Savoie? Celle-ci a-t-elle été simplement agacée par les soupçons de Robert Poëti, soupçons qu'elle jugeait exagérés ou non fondés?

Elle n'a pas aimé que Robert Poëti, lorsqu'il était ministre des Transports, embauche une agente de renseignements autrefois à l'Unité permanente anticorruption pour enquêter sur les pratiques du MTQ. À ses yeux, cette personne était une intruse.

Mercredi, quand l'affaire a éclaté, le député de Marguerite-Bourgeoys a été vu comme un paria par ses collègues de l'aile parlementaire libérale. Dès le lendemain, la plupart estimaient déjà que cette histoire était sans doute un mal pour un bien. Le «tir ami» paraissait déjà pouvoir devenir salutaire à leurs yeux.

Ministres contre nomenklatura?

Les ministres arrivant en poste doivent très rapidement tisser un bon lien avec le sous-ministre du ministère où on les envoie. Ils doivent aussi faire comprendre à tous les mandarins que ce sont eux les patrons, puisque ce sont eux qui sont imputables.

Le principe veut donc que la puissante machine des dirigeants de l'État ne soit pas là pour faire ce qu'elle veut, qu'elle est là pour donner suite aux demandes politiques. Mais la réalité est qu'elle ne fait pas toujours ce que le politique veut. Les frictions entre élus et mandarins sont rarement publiques, mais sont légion.

Fait inusité : jeudi, tous les élus de l'Assemblée nationale ont senti le besoin de réitérer que les hauts dirigeants de l'administration publique doivent répondre aux demandes formulées et respecter les choix gouvernementaux. Les députés ont tous voté une motion en ce sens.

De façon générale, les parlementaires sont d'avis que les hauts dirigeants de l'État - les sous-ministres, les directeurs et autres titulaires de ce qu'on appelle un «emploi supérieur» dans le jargon gouvernemental - ne rendent pas suffisamment de comptes. Il existe bien une instance où ils sont questionnés, mais celle-ci, la Commission de l'administration publique, ne tient que quelques séances de travail par année. À ce rythme, il lui faudrait plus de 50 ans pour faire le tour de la machine gouvernementale.

Il faudrait pouvoir faire monter cette instance en puissance, croient certains, de manière à ce que les patrons des ministères et des organismes publics sachent qu'ils sont redevables.

Les ministres passent

Les torts ne sont pas toujours du même côté. Le principe veut que la machine suive, qu'elle obéisse. Mais il faut aussi dire que ce n'est pas toujours facile lorsque les ministres se succèdent à la vitesse de l'éclair à la tête d'un ministère. Ils n'ont pas le temps de comprendre son fonctionnement que les voilà déjà ailleurs.

Rappelons l'exemple du ministère de l'Éducation : neuf ministres s'y sont succédé en 11 ans. Restons à l'Éducation. Ce ministère a appris il y a quelques jours que le travail de réorganisation des structures scolaires sur lequel on l'a fait plancher depuis deux années est mis à la poubelle.

On efface et on recommence! a dit en substance le ministre Sébastien Proulx. La priorité ira désormais entièrement à la réussite scolaire et éducative.

On imagine les soupirs à la fois de soulagement et d'exaspération au sein du ministère.

Pas d'impôt au Québec

Le gouvernement du Québec a récemment mis à jour une liste comprenant plus de 350 noms de titulaires d'un «emploi supérieur». Elle fait état des salaires et des indemnités auxquels ils ont droit. Une compilation a permis de constater que plus de la moitié d'entre eux gagnent plus qu'un ministre; et certains, beaucoup plus qu'eux, même.

Des dizaines d'entre eux bénéficient en outre d'une «indemnité de séjour» de 1225 $ par mois ou de 610 $ pour l'usage de leur voiture, tous les mois aussi. Complétons l'information qui figure dans ce document en précisant - vérification faite auprès de Revenu Québec et de l'Agence du revenu du Canada - que ces avantages sont soumis à l'impôt fédéral, mais qu'ils ne sont pas soumis à l'impôt québécois.

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