Un sous-ministre n'a pas à recevoir «d'ordres», selon Dominique Savoie

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Dans un exercice rarissime d'imputabilité, la sous-ministre aux Transports Dominique Savoie a dû s'expliquer pendant trois heures devant les parlementaires, mercredi, à la Commission de l'administration publique.

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(Québec) La sous-ministre aux Transports, Dominique Savoie, considère qu'elle n'avait pas à se plier aux «ordres» du ministre Robert Poëti qui cherchait à mettre fin à des «irrégularités» au sein du Ministère.

Dans un exercice rarissime d'imputabilité, la haute fonctionnaire a dû s'expliquer pendant trois heures devant les parlementaires, mercredi, à la Commission de l'administration publique.

Un article de L'actualité a révélé mardi soir l'insatisfaction de M. Poëti, qui a perdu son siège au Conseil des ministres en janvier, à l'égard de celle qui a été sa sous-ministre pendant deux ans. Dans une lettre à son successeur, M. Poëti déplore que Mme Savoie ait «étiré le temps à outrance» pour éviter de modifier à sa satisfaction l'organigramme du ministère des Transports (MTQ). «Le temps lui aura donné raison, elle n'a pas eu à me répondre», écrit-il, en référence à son exclusion du Conseil des ministres. «Je l'ai mise en garde qu'elle devait être plus imputable», ajoute-t-il.

La sous-ministre aux Transports a assuré qu'elle n'avait «rien à se reprocher». «Je ne pense pas qu'entre un ministre et un sous-ministre, on parle d'ordres, a indiqué Mme Savoie aux journalistes. [...] C'est une conversation qui a été interrompue avec M. Poëti. Il a quitté le Ministère. Mais on était en discussion là-dessus. Je n'ai pas dit non. J'ai dit que je voulais y réfléchir.»

Lors de son passage à la tête du MTQ, M. Poëti a constaté «certaines situations anormales». Il avait des «préoccupations autant sur le plan éthique, administratif ou criminel». Il s'inquiétait notamment de contrats de gré à gré donnés à d'ex-employés du Ministère. L'actualité évoque aussi une «comptabilité opaque» au MTQ permettant de camoufler des dépassements de coûts.

L'ex-ministre Poëti était préoccupé par la situation des professionnels en conformité des processus (PCP) dans les différentes directions territoriales. Ceux-ci doivent effectuer des vérifications du travail de leur propre patron. Une situation délicate qui aurait donné lieu à des épisodes d'intimidation et de menaces de la part des supérieurs. 

Un rapport d'audit s'est penché sur 40 dossiers, dont un seul avait été déclaré non conforme par les PCP. Après vérification, 39 dossiers comportaient des «non-conformités». 

«Rien à cacher»

La sous-ministre Savoie assure qu'une enquête auprès des PCP a révélé qu'aucun d'eux n'avait de malaise avec l'évaluation de leur patron. Elle soutient aussi qu'aucune des erreurs de vérification, dues selon elle au manque de formation des employés, n'avait une incidence financière. 

«On n'a rien à cacher, a dit Mme Savoie. Si la vérificatrice générale décide de venir, on va collaborer. [...] Je suis dans la fonction publique depuis près de 30 ans. J'ai une belle carrière intègre. Je suis très fière de travailler au MTQ.»

La prestation de la sous-ministre n'a pas impressionné les parlementaires. Le député libéral Guy Ouellette s'est dit «troublé» par les deux versions d'un même document transmis par le Ministère. «J'ai un peu de difficulté à vous suivre», a-t-il lancé à un moment. 

La porte-parole péquiste en matière de transports, Martine Ouellet, s'est dite «assez déçue» par les explications de Mme Savoie. À son avis, elle «banalise la situation». «Tout va bien dans le meilleur des mondes alors que, clairement, il y avait de la part de M. Poëti des inquiétudes qui ont été confirmées par le rapport qui demandait que les vérificateurs puissent être indépendants», a affirmé Mme Ouellet. 

Le caquiste Éric Caire a relevé des «incohérences assez majeures» dans les explications de la sous-ministre. «C'est quelqu'un qui a consciemment et sciemment refusé de mettre en application des réformes que le ministre demandait, a déclaré M. Caire. Elle a choisi d'ignorer les commandes du ministre. [...] Il n'y avait pas un gros incitatif à répondre à nos questions à nous, sachant qu'il y a aucune conséquence à dire n'importe quoi.»

Couillard invite la VG à enquêter sur le MTQ

Le premier ministre Philippe Couillard invite la vérificatrice générale à enquêter au sujet des inquiétudes de l'ex-ministre Robert Poëti quant à certaines pratiques du ministère des Transports du Québec (MTQ). 

Les esprits se sont échauffés en chambre lorsque les partis d'opposition ont postulé que M. Poëti a été évincé du Conseil des ministres parce qu'il voulait faire un ménage dans des pratiques douteuses. «Ça n'a absolument rien à voir», a martelé le premier ministre. Il parle «d'insinuations odieuses» et de «vendetta» de la part des oppositions. 

«Je désire que la lumière soit faite autant sur les aspects administratifs que potentiellement criminels, a dit M. Couillard. [...] On veut agir en toute transparence. Sans donner d'instruction à la vérificatrice générale, sa participation au processus est bienvenue.»

Des plaintes ont été déposées par des employés des employés du MTQ à l'Unité permanente anticorruption (UPAC). Celle-ci, selon L'actualité, refuse d'enquêter parce qu'elle considère le MTQ «n'est pas une cible, mais un partenaire». Une thèse écartée par le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, selon qui l'UPAC a toute la liberté d'enquêter aux endroits de son choix. 

La réaction du premier ministre n'a rien fait pour apaiser les interrogations du Parti québécois au sujet de l'exclusion de M. Poëti. «On peut faire deux choses avec une personne qui dénonce des irrégularités : on peut l'écouter et l'appuyer, ou on peut le faire taire», a déclaré le chef de l'opposition par intérim, Sylvain Gaudreault. «On voit ce que le premier ministre a choisi. [...] Chez les libéraux, quand on essaie d'en savoir plus sur les contrats, on se fait tasser.»

Victime de sa probité

Le chef de la Coalition avenir Québec croit aussi que M. Poëti, un ex-policier, a été victime de sa probité. «C'est totalement inacceptable puis ça vient confirmer que le ménage n'a pas été fait, a déclaré François Legault. Je pense qu'avec tout l'argent qui est dépensé chaque année par le MTQ, c'est urgent que M. Couillard fasse preuve de leadership.»

Le solidaire Amir Khadir n'en revient pas que ces informations fassent surface après tout le processus de la commission Charbonneau. «On n'a pas l'impression que le gouvernement saisit le caractère absolument intolérable pour la population de savoir qu'après tant d'années d'efforts au MTQ, il y a encore des problèmes», a déploré le député de Mercier.

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