Coup de frein dans les dépenses des villes

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La Ville de Québec a investi 25 000 $/km de voirie en 2014, contre 8700 $/km pour la Ville de Lévis.

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(Québec) Après plusieurs années de fortes augmentations de dépenses, les municipalités du Québec semblent être finalement parvenues à rattacher les cordons de leur bourse. D'après le dernier Palmarès des municipalités du Québec, leurs dépenses n'ont crû que de 0,9 % en 2014, «un résultat surprenant considérant celui des années précédentes».

De 2010 à 2013, en effet, ce même palmarès avait trouvé que les villes et villages de la Belle Province accroissaient très rapidement leurs dépenses, au rythme moyen de 6 % par année - soit deux fois plus vite que les dépenses du gouvernement provincial, et trois fois plus vite que l'inflation.

C'est l'équipe de Robert Gagné, professeur aux Hautes études commerciales et directeur du Centre sur la productivité et la prospérité, qui publie chaque année ce palmarès à partir de données que les municipalités elles-mêmes envoient au ministère des Affaires municipales. Et la dernière mouture, dont les journaux du Groupe Capitales Médias et La Presse ont obtenu copie, montre que les villes ont clairement donné un coup de frein dans leurs dépenses, ramenant leur croissance (0,9 %) sous l'inflation de 1,9 %, mais toujours au-dessus du provincial (0,2 %).

M. Gagné voit dans ce ralentissement un effet, entre autres choses, de la transparence accrue qu'a amenée la publication de son palmarès.

Prise de conscience

«Je pense qu'il y a eu une prise de conscience, dit-il. Pendant longtemps, les municipalités ont été un niveau de gouvernement dont on s'occupait moins parce que ça ne coûtait pas très cher. Mais là, on commence à trouver que oui, ça coûte plus cher. Et ce n'est certainement pas juste un effet de notre palmarès, mais il reste que cet exercice-là ne se faisait pas, avant. Les données existaient, mais elles n'étaient pas faciles d'accès ou à consulter. On les a rendues accessibles. Et il y a des maires qui se sont fait poser des questions.»

De fait, du temps qu'il était aux Affaires municipales, le libéral Pierre Moreau (maintenant ministre délégué aux Finances) a plusieurs fois qualifié d'«anormales» ces hausses de dépenses et plaidé pour un meilleur contrôle - mais c'était en 2014 et en 2015, soit trop tard pour expliquer le coup de frein.

Dans les villes de plus de 100 000 habitants, c'est carrément un recul des dépenses, de 1,3 %, que M. Gagné et son équipe ont constaté pour l'année 2014. Et Québec est du nombre, avec une réduction de 1 %. En tenant compte de la croissance de la population, la Ville a fait passer ses dépenses de 2204 $ par habitant en 2013 à 2182 $/hab. l'année suivante. Ce sont d'abord les investissements dans la catégorie Hygiène du milieu, soit tout ce qui touche à l'eau, aux égouts et à l'environnement, qui ont été réduits, de même que les dépenses en urbanisme qui ont écopé.

À Lévis, les dépenses ont toutefois crû de 2,2 % au total en 2014 - au pro rata, la ville de la rive-sud a dépensé 1696 $/hab., soit 36 $ de plus que l'année précédente.

En chiffres

+ 0,9 %

Croissance des dépenses des municipalités en 2014, comparativement à un rythme moyen de 6 % par année de 2010 à 2013

- 1 %

Baisse des dépenses à Québec en 2014

+ 2,2 %

Hausse des dépenses à Lévis en 2014

Lévis a-t-elle négligé ses rues?

Ça coûte cher, l'entretien des rues et des trottoirs. Bon an, mal an, les grandes villes du Québec (100 000 habitants et plus) investissent en moyenne entre 13 000 et 15 000 $ pour chaque kilomètre de voirie sous leur responsabilité. Et, bon an, mal an, Lévis a pendant longtemps dépensé moins que cette moyenne. Beaucoup moins : 8700 $/km en 2014, et aussi peu que 6600 $/km en 2009. Si une prise de conscience semble déjà entamée à l'hôtel de ville, la Ville s'est-elle préparé de jolis problèmes de nids-de-poule pour un avenir plus ou moins rapproché?

La réponse n'est pas évidente, parce qu'il y a toutes sortes de facteurs qui entrent en ligne de compte. La géographie de la Rive-Sud est peut-être plus favorable. En outre, les villes relativement petites comme Lévis ont tendance à payer leurs employés un peu moins cher que les plus grandes - par exemple, Lévis payait ses cols bleus 71 000 $ par année en moyenne en 2014, contre 78 000 $ à Québec et 88 000 $ à Montréal.

Mais est-ce assez pour expliquer une différence du simple au double avec la moyenne des villes de 100 000 habitants et plus? Et même du simple au triple avec Québec, qui est clairement en rattrapage avec 25 000 $/km de voirie en 2014? Ou est-ce que Lévis sous-investit dans ses rues?

«C'est la meilleure interprétation qu'on pourrait en faire, dit le chercheur Jonathan Deslauriers, de l'équipe des HEC qui a produit le dernier Palmarès des municipalités. C'est sûr que la réalité de la voirie à Québec n'est pas la même que celle de Lévis, et ça se reflète dans les coûts. Mais il ne faut pas non plus se réjouir qu'une ville arrive première dans un service municipal donné [dans le Palmarès, la ville qui dépense le moins pour un service est classée première; Lévis est deuxième en 2014 pour les sommes consacrées à la voirie], parce que dépenser 8000 $ par kilomètre, c'est probablement insuffisant en regard des besoins du réseau routier de ces villes-là.»

Sous-investissement

Le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, a déjà convenu que ses prédécesseurs avaient sous-investi dans les rues. Lors d'une conférence de presse, au printemps 2014, il avait annoncé qu'il consacrerait 8 millions $ en investissements dans les rues et trottoirs, soit 2 millions $ de plus que l'année précédente, «parce que les investissements passés ont été insuffisants pour assurer le maintien».

Cela ne s'est toutefois pas reflété dans les chiffres que Lévis a transmis aux Affaires municipales - les sommes par kilomètre de voies ont à peine bougé de 2013 à 2014, passant de 8722 à 8762 $. Le plan triennal d'immobilisations 2016-2018 de la Ville prévoit rehausser le rattrapage d'un cran, portant à 12 millions $ par année les dépenses dans la «réfection de pavages, bordures et trottoirs». 

Après plusieurs années de fortes... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé) - image 4.0

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Pas donné, le déneigement

La Ville de Québec a payé plus de 11 000 $ par kilomètre de voirie à déneiger en 2014. C'est un coût nettement au-dessus de la moyenne des 10 plus grandes villes du Québec, mais on aurait tort d'y voir un signe d'inefficacité : «Il faut faire attention, parce qu'on ne parle pas nécessairement des mêmes services, dit Robert Gagné, des HEC. [...] Dans deux villes identiques, la différence de coût par kilomètre peut être du simple au double, mais cela peut simplement vouloir dire qu'une ville ramasse la neige [par camion et l'amène dans des dépôts] alors que l'autre va seulement la souffler sur les terrains.» Le déneigement des quartiers centraux de Québec fait partie de la première catégorie - comme une grande partie de l'île de Montréal, d'ailleurs, où le déneigement coûte entre 12 000 et 22 000 $/km depuis 2009.  

Finies, les dépenses «moins sexy»?

Entre 2010 et 2013, la Ville de Québec s'était démarquée comme la «reine des dépenses moins sexy» parce qu'elle avait énormément augmenté ses investissements dans l'«hygiène du milieu», une catégorie qui comprend les tuyaux d'égouts et d'aqueduc. Ce sont des réfections et des entretiens qui sont moins visibles, mais qui peuvent s'avérer payants à long terme - ce dont le maire Régis Labeaume s'était réjoui. Québec a accru ses investissements «dans le sous-sol» de 166 $ par habitant de 2010 à 2013, loin devant Montréal (+ 63 $/hab.) et Lévis (+ 41 $/hab.), aux deuxième et troisième rangs. Mais la capitale a donné tout un coup de frein dans cette croissance en 2014, retranchant 51 $/hab dans cette catégorie. La tendance était à la baisse dans les 10 plus grandes villes du Québec, mais il s'agit-là, et de loin, de la diminution la plus forte. 

Villes cachotières...

«Il y a des maires qui se sont fait poser des questions [à la suite de la parution des premiers Palmarès des municipalités des HEC]. Ce n'est pas pour rien que, année après année, on a de la difficulté à obtenir des données auprès de certaines villes. Il y a des maires et des organisations municipales qui font pression pour qu'on n'ait plus ces données-là.» Robert Gagné est formel : si beaucoup de villes se montrent ouvertes et partagent volontiers leurs données, d'autres demeurent obstinément opaques. Et c'est un problème, parce que si l'on veut évaluer les performances administratives d'une Ville, elle doit se montrer ouverte et produire des données qui permettent des comparaisons. Notons à cet égard que, dans la région, L'Ancienne-Lorette et Saint-Augustin persistent à comptabiliser leurs dépenses d'une façon si différente des autres que cela exclut toute possibilité de comparaison. 

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