Yvon Charbonneau meurt à l'âge de 75 ans

Président de la Centrale de l'enseignement de 1970 à 1978,... (Archives La Presse Canadienne, Jacques Nadeau)

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Président de la Centrale de l'enseignement de 1970 à 1978, Yvon Charbonneau avait été emprisonné en 1972 avec les deux autres chefs syndicaux Louis Laberge et Marcel Pépin.

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La Presse Canadienne
Montréal

Le syndicaliste et politicien Yvon Charbonneau, mort vendredi à l'âge de 75 ans, est l'un de ces personnages de l'histoire qui ont tenté de réussir le grand écart, du moins sur le plan idéologique.

La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) a confirmé son décès par communiqué, vendredi, précisant que M. Charbonneau s'était éteint paisiblement, entouré des siens, dans un hôpital de Floride où il reposait à la suite de l'accident vasculaire cérébral dont il avait été victime le 7 avril.

Président de la Centrale de l'enseignement de 1970 à 1978, Yvon Charbonneau affiche des idées très orientées vers la gauche, remettant en cause le système capitaliste. Après un bref passage dans le secteur privé, il siège de 1994 à 1997 à l'Assemblée nationale parmi la députation libérale avant de faire le saut sur la scène fédérale au sein du Parti libéral du Canada.

Né à Mont-Saint-Michel, dans les Laurentides, le 11 juillet 1940, M. Charbonneau est élu président de la Corporation des enseignants du Québec (CEQ) - qui deviendra la CSQ - en 1970.

Conflit de travail majeur

À la tête de la CEQ, il devient l'une des figures de proue du mouvement syndical québécois. En 1972, il est - en compagnie de Louis Laberge, de la FTQ, et de Marcel Pépin, de la CSN - en première ligne du conflit de travail majeur qui frappe le Québec. 

En 2014, il reconnaîtra avoir beaucoup appris à côté de ces deux hommes. «C'est comme quelqu'un qui a la chance d'apprendre le tennis à côté de Federer ou de Nadal. Il y a à apprendre de l'un et de l'autre», assurera-t-il pendant l'épisode de la série Internet Les militants qui lui sera consacré.

Après une première grève de 24 heures le 28 mars 1972, le gouvernement libéral de Robert Bourassa obtient des injonctions interdisant les arrêts de travail dans un certain nombre d'institutions. Le 10 avril, le Front commun défie Québec et ordonne un débrayage. Un million d'élèves et d'écoliers ont congé et un grand pourcentage de lits dans les hôpitaux sont inoccupés. Même une trentaine d'années plus tard, M. Charbonneau refusera de parler d'abandons des patients. «Il y avait des équipes spéciales qui voyaient à l'essentiel. Même si elles ne s'appelaient pas services essentiels, il y avait place pour la raison dans ce temps-là», dira-t-il à l'émission Tout le monde en parlait, sur les ondes de RDI.

Le gouvernement fait adopter la loi 19 interdisant les grèves jusqu'en juin. Les chefs syndicaux s'inclinent.

Coup de théâtre! Un juge condamne MM. Charbonneau, Laberge et Pépin à une peine d'emprisonnement d'un an ferme pour outrage au tribunal, donnant un nouveau souffle au mouvement syndical.

Les trois chefs sont enfermés à la prison d'Orsainville. Leur appel est rejeté mais ils sont libérés de façon provisoire pour permettre de relancer les négociations. Entre-temps, un vent de révolte souffle sur le Québec et les grèves se multiplient.

Le rapport de force ayant changé, le gouvernement recule et accepte certaines des revendications. Une entente est signée et les chefs syndicaux retournent... en prison, en février 1973, et seront libérés deux mois plus tard.

En 2014, philosophe, M. Charbonneau conviendra que le gouvernement n'avait pas voulu une aussi lourde condamnation pour les chefs syndicaux. «C'est le juge qui nous a donné un an. Eux [les membres du gouvernement] l'ont appris en même temps que nous. Ça les embarrassait, ça les gênait dans leur opération. Tout le monde était dans leur dos. Ce n'était pas bon pour l'image du Québec.»

L'arrivée au pouvoir du Parti québécois en 1976 change la donne dans le milieu du travail. Un projet de fusion entre la CSN et la CEQ échoue. En 1978, Yvon Charbonneau est défait à la tête de la CEQ. Il retourne à l'Université Laval où il obtient une maîtrise en sciences politiques avant de poursuivre une scolarité de doctorat à l'UQAM.

Il est réélu à la présidence de la CEQ de 1982 à 1988. Il revient une nouvelle fois au coeur d'une tourmente politique. Le gouvernement de René Lévesque profite de la crise économique pour tenter de récupérer une partie des hausses salariales accordées aux employés des secteurs public et parapublic. La CEQ déclenche une grève contre les décrets gouvernementaux et dépose les armes lorsque le gouvernement adopte la loi spéciale 111.

Il abandonne la vie syndicale en 1988. Six ans plus tard, il est élu à titre de candidat libéral dans la circonscription de Bourassa aux élections québécoises. Il démissionne en 1997 pour tenter sa chance sur la scène fédérale, où il est élu député libéral de la circonscription d'Anjou-Rivière-des-Prairies, poste qu'il conservera jusqu'en 2004.

Hommages des centrales syndicales

Les trois centrales syndicales ont unanimement reconnu l'apport de l'ex-dirigeant qui, selon elles, aura marqué son époque et le mouvement syndical, surtout quant à son rôle dans le Front commun des années 1970.

«Yvon Charbonneau a dirigé les destinées de la Centrale de l'enseignement du Québec à un moment charnière du développement de notre société. Il a marqué d'une empreinte profonde notre organisation syndicale tout en contribuant à écrire une page importante de notre histoire», a déclaré par communiqué Louise Chabot, présidente de la CSQ.

«En 1972, il était président de la CEQ à 32 ans et il a accepté de payer un lourd prix personnel en allant en prison pour défendre ses idéaux et les intérêts des membres et de la population lors du conflit de travail entre les employés et employées du secteur public et le gouvernement du Québec», a renchéri le président de la FTQ, Daniel Boyer.

Le président de la CSN, Jacques Létourneau, a parlé d'un «syndicaliste combatif qui a bien servi la classe ouvrière».

En entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne, Lorraine Pagé, qui avait succédé à M. Charbonneau à la tête de la défunte CEQ en 1988, s'est souvenu d'un «batailleur» sur le plan des débats et des actions syndicales.

«Ce n'était pas facile d'affronter Yvon Charbonneau dans le débat d'idées parce qu'il était vraiment un maître dans la façon d'argumenter, de défendre son point de vue, de déstabiliser la personne qui ne pensait pas comme lui», a-t-elle rappelé.

Mme Pagé considère que M. Charbonneau avait quelque peu «pris ses distances» par rapport au mouvement syndical lorsqu'il s'est impliqué en politique, mais selon elle, «il était resté le même» sur plusieurs causes, dont l'éducation.

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