L'indépendance, un «trou» de 13 milliards $?

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(Québec) DÉCODAGE / L'automne dernier, le premier ministre Philippe Couillard a glissé à quelques reprises, toujours entre deux phrases, que l'indépendance du Québec créerait un «trou de 16 milliards $» dans les finances publiques québécoises. Le chiffre a été peu relevé dans les médias. Les chiffres, c'est compliqué... et il y avait toujours, de toute façon, quelque chose de plus important dans l'actualité.

Tout récemment, le ministre des Finances, Carlos Leitão, a déclaré que la souveraineté coûterait cher au Québec et aux Québécois, car un trou de 13,3 milliards $ par année apparaîtrait dans les finances. Ce jour-là aussi, le 22 mars, il y avait plus gros dans l'actualité - ce qui explique en partie que les propos du ministre n'aient pas été répercutés.

Mais puisque ces chiffres seront sans doute répétés - ou que l'un des deux finira par l'être -, nous avons voulu savoir d'où ils proviennent. Et la raison pour laquelle celui énoncé plus d'une fois par le premier ministre l'automne dernier n'est pas le même que celui maintenant brandi par M. Leitão.

Au ministère des Finances, on a renvoyé Le Soleil aux Comptes économiques des revenus et dépenses du Québec, un document publié par l'Institut de la statistique du Québec le 22 février.

Selon l'Institut, «le solde budgétaire fédéral au Québec était favorable de 13,3 milliards $ en 2014, c'est-à-dire que le gouvernement fédéral a prélevé moins de revenus (47,7 milliards $) au Québec qu'il n'y a effectué de dépenses (61 milliards $)».

Le chiffre de 16 milliards $ que véhiculait M. Couillard ces derniers mois ne s'appuyait pas sur les données de 2013, ni de 2012, ni de 2011, mais de 2010. Le «trou» de 16 milliards $ dont il parlait était en fait celui de 2010.

À 13 milliards $ en 2014, il demeure néanmoins béant.

Attention cependant! Comme tous les chiffres, il faut prendre celui-ci avec des pincettes.

Aux yeux du Parti québécois, ce montant de 13,3 milliards $ ne repose sur rien de crédible. Il ne tient pas compte, par exemple, des dédoublements entre le Québec et le fédéral. C'est ce que fait valoir la formation souverainiste. Elle affirme aussi, autre exemple, qu'un navire construit pour la Garde côtière canadienne dans les Maritimes sera inscrit dans les dépenses du fédéral au Québec s'il est basé au Québec, ce qui fausse les paramètres.

Les données de base ayant servi à l'Institut de la statistique du Québec viennent en partie de Statistique Canada. Or, il faut savoir que l'organisme fédéral a lui-même cessé depuis quelques années de publier des tableaux sur les revenus et les dépenses de l'administration fédérale dans les provinces.

On leur faisait parfois dire ce qu'ils ne voulaient pas dire, a déploré Statistique Canada.

Dans une note datant de 2007, l'organisme y était allé d'une claire mise en garde à ce sujet. Il y faisait savoir «que ces données sont parfois utilisées superficiellement pour déterminer les provinces ou les territoires qui sont des "gagnants" ou des "perdants" nets au sein de la Confédération».

«Il est erroné de procéder à une analyse coûts-avantages de la Confédération à partir uniquement des estimations des revenus et dépenses de l'administration fédérale», ajoutait-il pour être sûr d'être bien compris.

Au bout du compte, à la lumière de ces éléments, la valeur de ce montant de 13,3 milliards $ paraît discutable. Ce chiffre finira par susciter un débat.

D'autant plus, pourrait-on ajouter, que le Parti québécois, lui, espère que l'Institut de recherche sur l'autodétermination des peuples et les indépendances nationales chiffrera d'ici les prochaines élections générales les «gains» d'un Québec indépendant.

Quand le passé percute le présent

Après l'arrestation de l'ex-vice-première ministre Nathalie Normandeau par l'Unité permanente anticorruption (UPAC), le 17 mars, les partis d'opposition ont fondu sur le gouvernement de Philippe Couillard.

Au gouvernement, certains s'inquiétaient d'un possible retour des «questions d'éthique». Des libéraux craignaient que le passé percute le présent.

D'autres ne s'en faisaient guère - ou faisaient mine de ne pas s'en faire. «Ils [les partis d'opposition] perdent leur temps. On a déjà été sanctionnés sur les questions d'éthique», confiait un libéral à ce moment-là.

Les débats sur l'éthique faisaient rage en 2009, en 2010 et en 2011 «et on a presque gagné en 2012», disait-il. Le gouvernement de Pauline Marois l'a emporté en 2012, mais de façon minoritaire.

«Et en 2014, on a gagné!» avait ajouté ce libéral pour signifier que l'arrestation de Mme Normandeau ne causerait certainement pas de dommages irréparables.

Inutile de dire que le gouvernement de Philippe Couillard n'avait pas besoin d'un reportage comme celui de l'émission Enquête sur les accointances entre le ministre Sam Hamad et l'ancien ministre Marc-Yvan Côté, cet homme qui a été banni à vie du Parti libéral du Canada après le scandale des commandites.

Le gouvernement Couillard n'avait évidemment pas besoin de cela alors qu'il a glissé au troisième rang dans le coeur des électeurs francophones, selon un sondage CROP, et qu'il caressait de sérieux espoirs, en début de campagne, d'arracher la circonscription de Chicoutimi des mains du Parti québécois; et alors, aussi, qu'on soulignera jeudi, 7 avril, le deuxième anniversaire de son arrivée au pouvoir.

Pour ce jour-là, selon certaines confidences, le gouvernement prévoit dévoiler sa très attendue politique énergétique.

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