Le reportage d'Enquête, un «pétard mouillé», dit Hamad

Selon l'émission Enquête de Radio-Canada, Sam Hamad était une source d'information... (Photo Jacques Boissinot, archives La Presse Canadienne)

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Selon l'émission Enquête de Radio-Canada, Sam Hamad était une source d'information importante et faisait avancer les dossiers de Marc-Yvan Côté, accusé de fraude et de corruption.

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<p>Ian Bussières</p>

(Québec) Qualifiant le reportage de l'émission Enquête de pétard mouillé, le président du Conseil du trésor, Sam Hamad, jure qu'il n'a rien à se reprocher et qu'il n'a fait que son travail de ministre et de député dans le dossier de Premier Tech.

«C'est un autre pétard mouillé, c'est parti de courriels que je n'ai jamais écrits», a déclaré Sam Hamad au Soleil en faisant référence à l'échange de courriers électroniques entre Marc-Yvan Côté et d'autres dirigeants de Premier Tech qui constituait la ligne directrice du reportage. «On vient de démontrer avec ce reportage que je connaissais Marc-Yvan Côté, ce qui n'est rien de nouveau!» a-t-il ensuite ironisé.

Radio-Canada a dévoilé une série de courriers électroniques qui laissent entendre que Sam Hamad aurait travaillé afin de convaincre le Trésor de verser une subvention à Premier Tech, une entreprise de Rivière-du-Loup dont Marc-Yvan Côté était vice-président du conseil d'administration. Il aurait aussi donné de l'information sur les délibérations du Conseil du trésor, qui sont confidentielles généralement.

«Sam a offert son aide pour convaincre le Trésor», «J'attends le retour de Sam», «Mon ami vient de me faire rapport» et «Je ne l'envoie qu'à toi afin de protéger notre ami» sont quelques-unes des formules qui auraient été utilisées par Marc-Yvan Côté dans sa correspondance avec d'autres dirigeants de Premier Tech.

L'entreprise a finalement reçu un prêt de 11 millions $ et une subvention de 8 millions $ en mai 2012 après que des membres de sa direction, de son conseil d'administration et des membres de leurs familles aient fait des dons de plus de 20 000 $ au Parti libéral sur une période de quatre ans. Durant la même période, Marc-Yvan Côté et sa famille auraient versé 17 000 $ au parti.

Rien d'illégal

Pour ce qui est de son rôle dans le dossier du prêt et de la subvention à Premier Tech, il dit n'avoir fait que son travail. «Comme avec Bombardier et d'autres entreprises, je fais mon travail pour être mis au courant de l'évolution d'un dossier. D'ailleurs, l'opposition nous interpelle souvent pour qu'on le fasse», poursuit-il, insistant sur le fait qu'il ne s'est pas ingéré dans le travail des fonctionnaires.

«Est-ce que mon intervention a changé la décision des fonctionnaires d'Investissement Québec? Non. J'ai fait mon suivi, comme dans n'importe quel dossier», reprend celui qui siège depuis plus de 13 ans à l'Assemblée nationale.

Il ajoute qu'il n'a jamais rien révélé des délibérations confidentielles du Conseil du trésor. «C'est la journaliste qui insinue ça, moi je n'ai jamais révélé ce qui se passait au Conseil du trésor.»

M. Hamad jure aussi que le financement du parti s'est toujours fait de façon légale. «Même dans les courriels présentés à la télévision, le vice-président de Premier Tech dit qu'il a été surpris de n'avoir jamais reçu d'appel pour faire un don! Les liens entre le financement du parti et le suivi du dossier ne sont encore que des insinuations.»

Pas de démission

Il n'a pas non plus l'intention de se rendre aux demandes de l'opposition, qui réclame son départ du conseil des ministres. « L'opposition, c'est leur job de demander la démission de tous les élus du gouvernement. Mais moi, je n'ai rien à me reprocher, j'ai fait mon travail comme il faut. Premier Tech est un dossier important pour Rivière-du-Loup et l'investissement fédéral y a été encore plus important que celui du gouvernement du Québec.»

Finalement, le député de Louis-Hébert a refusé de dire qu'il était fâché contre Marc-Yvan Côté pour les affirmations faites dans certains courriers électroniques. «Ce sont ses courriels à lui. Moi, si je suis fâché, c'est contre les insinuations faites par la journaliste sur ma réputation.»

L'opposition veut une suspension

Le Parti québécois (PQ), la Coalition avenir Québec (CAQ) et Québec solidaire demandent que Sam Hamad soit suspendu de ses fonctions à la suite des révélations de l'émission Enquête.

«Les allégations d'Enquête semblent assez solides et exigeraient au minimum une enquête du commissaire à l'éthique et du commissaire au lobbyisme. En attendant, la seule chose à faire pour Philippe Couillard est de suspendre Sam Hamad», a déclaré au Soleil le député de La Peltrie, Éric Caire, porte-parole de la CAQ pour le Conseil du trésor.

«Non seulement Sam Hamad doit démissionner immédiatement, mais M. Couillard doit déposer rapidement un plan d'assainissement, rembourser l'argent sale et remercier de leurs services ceux qui ont été impliqués dans ce financement», a pour sa part affirmé le député solidaire Amir Khadir, qui considère les allégations aussi graves que celles qui ont amené l'ex-premier ministre Jean Charest à mettre à l'écart l'ancien ministre de la Famille Tony Tomassi.

UPAC en renfort

Du côté du PQ, c'est par l'intermédiaire du site de microblogage Twitter que le député Bernard Drainville s'est exprimé. «Vu le sérieux des révélations, nous demandons une enquête de l'UPAC et du commissaire à l'éthique sur Sam Hamad. Jusqu'à la fin de ces enquêtes, Sam Hamad doit être exclu du conseil des ministres et du caucus du Parti libéral du Québec», a-t-il écrit, ajoutant que son parti tiendrait un point de presse vendredi matin à l'Assemblée nationale.

«Ce sont des subventions qui avaient été refusées avant que Sam Hamad arrive en poste», insiste Éric Caire. «De plus, on parle d'allégations très graves. Marc-Yvan Côté, ce n'est pas Blanche-Neige. Il est accusé de fraude et de corruption de fonctionnaires, a été cité plus d'une fois à la Commission Charbonneau et est banni à vie du Parti libéral du Canada.»

Amir Khadir a pour sa part dit trouver paradoxal que le président du Conseil du trésor «ne soit même pas à la hauteur que ce que son ministère demande à ses fonctionnaires depuis plus de 10 ans» via son code d'éthique en matière de conflits d'intérêts.

«Et combien d'autres "ministres à 100 000 $" y a-t-il? Premier Tech n'est pas une entreprise de construction ni une firme de génie-conseil. Combien de cas du genre y a-t-il en informatique, un domaine qui coûte très cher au gouvernement du Québec? Et dans le domaine de la santé, où des milliards de dollars sont en jeu? Les gestes de privatisation dans la santé ont-ils été faits dans le meilleur intérêt du Québec ou pour favoriser des amis du parti?» se demande le député solidaire.

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